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"La seule vie qui vaut la peine d'être vécue, c'est une vie qu'on a peur de perdre."

dimanche 22 octobre 2017

C'est reparti! On entame cette nouvelle série de chroniques avec l'un de mes premiers coups de cœur en fantasy depuis un bon moment. Ça s'appelle Shades of Magic, c'est écrit par V.E.Schwab et c'est publié en français chez Lumen. Mais de quoi ça parle donc?

Kell est le dernier des magiciens de sang, des sorciers capables de voyager d'un monde à l'autre. Des mondes, il y en a quatre, dont Londres est, à chaque fois, le cœur et l'âme. Le nôtre est gris, sans magie d'aucune sorte. Celui de Kell, rouge – on y respire le merveilleux à chaque bouffée d'air. Le troisième est blanc : là, les sortilèges se font si rares qu'on s'y tranche la gorge pour une simple incantation. Le dernier est noir, noir comme la mort qui l'a envahi quand la magie a dévoré tout ce qui s'y trouvait, obligeant les trois autres à couper tout lien avec lui. Depuis cette contagion, il est interdit de transporter le moindre objet entre les univers. C'est malgré tout ce que Kell va prendre le risque de faire ; mais à force de jouer avec le feu, il finit par commettre l'irréparable : il emporte jusque dans le Londres gris une pierre noire comme la nuit, qu'une jeune fille du nom de Lila décide de lui subtiliser. Pour elle comme pour lui – pour leurs deux mondes, à vrai dire – le compte à rebours est lancé.

J'attendais avec une impatience mal contenue la sortie du premier tome de cette trilogie en français, car j'en avais entendu énormément de bien sur la sphère booktube anglophone. Alors dès qu'il est sorti, il y a quelques semaines, j'ai plongé le nez dans ce pavé de 500 pages.

"J'ai tout vécu, j'ai mille ans et je le dois aux livres."

vendredi 28 juillet 2017

Je pense que je vais parler de plus en plus souvent de livres pour les grands à l'avenir par ici : j'essaie de diversifier un maximum mes lectures, et il y en a des tas dont je voudrais vous parler! La première fois que j'ai entendu parler de La grand-mère de Jade de Frédérique Deghelt, c'était lors de mon tout premier stage en librairie ; Sylvie, la libraire, m'avait certifié que c'était un très joli roman. Je l'ai vu conseillé des nombreuses fois avant d'enfin sauter le pas, et j'ai même organisé une lecture commune sur Livraddict pour en parler avec d'autres lectrices... Voici donc le résultat!

"Les livres furent mes amants et avec eux j'ai trompé ton grand-père qui n'en a jamais rien su pendant toute notre vie commune."

Quand Jade, une jeune femme moderne, "enlève" sa grand-mère pour lui éviter la maison de retraite et fait habiter à Paris celle qui n'a jamais quitté la campagne, beaucoup de choses en sont bouleversées. A commencer par l'image que Jade avait de sa Mamoune, si bonne, si discrète...

Une histoire d'amour entre deux femmes, deux générations, au dénouement troublant.

Le récit alterne entre le point de vue de Jade, journaliste free-lance qui frôle la crise de la trentaine en stagnant dans sa vie parisienne, et Jeanne, alias Mamoune, une vieille femme qui a toujours vécu dans la montagne, a aussi peur de finir dans un mouroir que d'encombrer sa petite-fille adorée. Très vite, la cohabitation s'organise et les deux femmes vont apprendre à se découvrir en dehors de leur tendre lien familial : elles vont révéler des secrets, découvrir des habitudes et nouer de nouvelles relations, tout en prenant du recul sur leurs vies pour décider du chemin à prendre.

Le plus grand choc, pour Jade, est de découvrir que sa grand-mère, qu'elle imaginait simple et peu cultivée, a lu plus de romans qu'elle ne pourrait l'imaginer, et ce, dans le secret le plus total ; quant à Mamoune, elle s'émeut d'apprendre que sa petite fille s'essaie à l'écriture. Tout ceci est révélé très tôt dans le roman, ne vous en faites pas, je ne vous gâche aucune surprise!

Le rapport à l'écriture et à la lecture est donc un thème central du récit : le pouvoir des mots, la parole énoncée et le secret enfoui deviennent des sujets de réflexion sur lesquels l'autrice penche ses deux personnages. C'est dans leurs échanges et leurs monologues intérieurs que Jade et Jeanne vont trouver la paix et la conduite à suivre pour le restant de leurs jours. De ce point de vue là, ce roman est un petit trésor qui parlera à tous ceux et toutes celles qui ont un jour eu l'impression qu'un livre avait été écrit exclusivement pour eux. Une véritable ode à la lecture, qui ne donne qu'une envie, s'enfermer avec ses livres fétiches et les relire en dégustant les passages qui nous sont les plus chers.

C'est évidemment aussi un roman qui traite de la vieillesse et de l'invisibilisation des personnes âgées dans une société de plus en plus atteinte de jeunisme. Le choix somme toute naturel de prendre soin de ses aînés en les accueillant chez soi n'est plus la norme, c'est un fait, et l'on sent que Frédérique Deghelt nous interroge sur le bien-fondé de ce changement de société. Elle n'y apporte aucune réponse, mais se permet de nous donner une belle gifle histoire de nous réveiller. Ceux qui ont lu le roman verront de quoi je parle!

En résumé, un très joli roman à glisser dans sa bibliothèque si l'on aime les livres qui parlent de l'amour des livres, les discussions inter-générationnelles et les histoires de femmes. 


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“I feel as if I’m waiting for something dreadful to happen, and then I realize it already has.”

jeudi 16 mars 2017

Lors de mon séjour à Édimbourg l'an dernier, j'étais revenue avec une sacrée pile de livres, que je m'attelle doucement à faire descendre. Et parmi ces ouvrages se trouvait le superbe Life after life de Kate Atkinson, paru ici chez Black Swan mais disponible en français sous le titre Une vie après l'autre d'abord chez Grasset puis au Livre de poche.

11 février 1910 : Ursula Todd naît – et meurt aussitôt.
11 février 1910 : Ursula Todd naît – et meurt, quelques minutes plus tard, le cordon ombilical enroulé autour du cou.
11 février 1910 : Ursula Todd naît – le cordon ombilical menace de l’étouffer, mais cette fois le médecin est là pour le couper, et Ursula survit…
Ursula naîtra et mourra de nombreuses fois encore – à cinq ans, noyée ; à douze ans dans un accident domestique ; ou encore à vingt ans, dans un café de Munich, juste après avoir tiré sur Adolf Hitler et changé ainsi, peut-être, la face du monde…
Établis dans un manoir bucolique du nom de Fox Corner, les Todd portent sur leur environnement le regard distancié, ironique et magnanime de ceux que les tragédies de l’Histoire épargnent. Hugh, le père, travaille à la City, tandis que Sylvie, la mère, reste à la maison et élève ses enfants à l’ancienne. Mais le temps, en la personne d’Ursula, va bientôt se détraquer, se décomposer en une myriade de destins possibles qui vont, chacun à sa manière, bouleverser celui de la famille…
Si l’on avait la possibilité de changer le cours de l’histoire, souhaiterions-nous vraiment le faire ?

Nous voilà face à un texte qui reprend le concept du "et si?" en le transposant au début du vingtième siècle dans une famille bourgeoise britannique. Ursula, le personnage que nous suivons au cours de ses innombrables vies, est une petite fille et une jeune femme brillante, un peu perdue dans les destins qui s'ouvrent à elle, et qui subit régulièrement l'assaut de déjà-vus si vivaces qu'on dirait des souvenirs.

Au fil des pages, des années et des différentes vies, on la suivra de sa chambre d'enfant jusqu'aux montagnes bavaroises, en passant par les décombres d'un Londres bombardé, une maison triste aux abords d'une école, des cafés chics et des trains brinquebalants. Kate Atkinson profite de son personnage aux mille vies pour nous dresser un portrait complet de la Grande-Bretagne et plus largement de l'Europe de la première moitié du vingtième siècle ; la montée des nationalismes, l'évolution des mœurs, les progrès technologiques, l'envie et la peur de tendre la main vers l'autre, les langues qui sont des barrières et des ponts, les amitiés et les amours qui sont toujours complexes et imparfaites...

L'auteur explique dans une postface enrichissante qu'elle a voulu faire un roman pour essayer de définir la britishness, sur les qualités, les défauts et les petites étrangetés qui font de la nation britannique ce qu'elle est, et j'ai personnellement trouvé que c'était très réussi. On y trouve l'humour pince-sans-rire, les rituels autour du thé, le flegme et la noblesse, la retenue qui dissimule la fragilité, le petit cheminot et le grand ministériel, les petites mains et les gros bonnets... Si vous êtes attirés par la culture britannique, je vous en prie, foncez, c'est un délice!

Le petit twist auquel je ne m'attendais pas et qui m'a beaucoup plu, c'est que l'on évoque à peine l'étrangeté de la condition d'Ursula. A-t-elle un pouvoir particulier qui lui permet de recommencer sa vie chaque fois qu'elle se termine? Ou bien est-ce le cas de tout le monde? Y a-t-il une explication surnaturelle ou plutôt philosophique? On ne vous donne pas la réponse, et l'on vous pose plutôt une question... Et vous, qu'auriez-vous fait différemment? Que pouvez-vous encore changer? La vie que vous vivez est-elle la meilleure qu'il vous était possible d'avoir?

Un très beau roman, dense et riche, que je vous conseille fortement si les sujets cités plus haut vous intéresse. Et en plus, c'est une très joli saga familiale, pour les amateurs du genre! Alors, qu'attendez-vous?


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"En une seule nuit, les mots peuvent traverser un siècle."

samedi 25 février 2017

Je suis enfin en train de découvrir les romans édités par les éditions du Rouergue. Et pour le moment, c'est vraiment un sans fautes. Deux romans lus, deux romans qui m'ont subjuguée. Après La langue des bêtes, mon énorme coup de cœur de 2016, je vous parle aujourd'hui du roman Le fils de l'ombre et de l'oiseau, écrit par Alex Cousseau et publié l'année dernière.

En 1916, au Chili, deux frères attendent le lever du jour pour tuer le célèbre bandit américain Butch Cassidy. Ils sont face à l'homme responsable de la mort de leur père. Sous l'arbre où ce dernier est né il y a des années. Quelle vengeance familiale sont-ils donc en train d'assouvir?

Pour le découvrir, il faut les écouter durant une nuit entière. Elie et Elias nous racontent l'histoire mouvementée de leurs ancêtres. De l'île de Pâques à Valparaiso, sur le fleuve Amazone et en Patagonie, nous partons avec eux à la découverte de paysages et de destins incroyables. Inventeurs, rêveurs, révolutionnaires... sans oublier une fille à huit doigts et une femme-oiseau.

Ce roman est un voyage, non seulement à travers l'Amérique du Sud, mais aussi à travers les rêves et les générations. Alex Cousseau a convoqué une myriade de personnages extraordinaires, poétiques et enchanteurs pour nous questionner sur ce qu'il reste de nos rêves une fois que nous partons. Se transmettent-ils à nos enfants? Faut-il les atteindre pour donner un sens à sa vie? Sont-ils une destination ou bien la raison pour laquelle on avance?

Ici, on suit d'abord les rêves de Poki, une jeune femme courageuse qui naît sur une Île de Pâques moribonde au tout début du dix-neuvième siècle, et décide de la quitter pour faire revenir la forêt sur son île. Elle parle aux oiseaux, les écoute, ils la guident, et elle embarque seule dans une aventure qui la fera rencontrer des gens merveilleux et improbables. Son rêve le plus cher : apprendre à voler. Ce rêve se transmet au fils qu'elle met au monde, Pawel, le fils qu'elle dit avoir eu avec une ombre, et ce rêve sera ensuite transmis aux deux enfants de Pawel. Difficile de trouver ses propres rêves lorsque ceux des générations précédentes vous hantent. D'une main de maître, l'auteur nous mêle des éléments d'histoire avec des personnages d'autres romans, si bien qu'au bout d'un moment, le texte tout entier devient un rêve où il est difficile de démêler la réalité de la fiction.

Je ne connaissais d'Alex Cousseau que sont merveilleux album en collaboration avec Nathalie Choux, Les mammouths, les ogres, les extraterrestres et ma petite sœur, et si j'avais déjà eu un aperçu de son goût pour la rêverie et les élucubrations, je suis véritablement tombée amoureuse de son style fantasmagorique, aérien, plein de poésie et de jolies métaphores. Si vous aimez les jolies phrases qui nourrissent votre âme, vous serez servis : j'ai presque défiguré mon exemplaire à force d'en corner des pages pour retrouver les plus belles phrases! En voici quelques-unes:
"Si je compare la magie à la tristesse, en expliquant que toutes deux font partie du monde, qu'elles font partie de nous, que c'est elles qui donnent leur épaisseur aux choses, mon frère m'oblige à me taire."
"Nous sommes les dépositaires de leur étrange histoire à tous, et si cela fait d'eux et de nous des personnages de roman, cela ne remet nullement en question notre existence."
"- Tous les jours se ressemblent, répète Cosmo [...]. De loin, ils se ressemblent. Ils durent vingt-quatre heures, ils comptent tous un matin, un midi et un soir. Même costume. Et pourtant ils sont différents. Ils sont différents dans les plis. Parce qu'en chacun d'eux il y a des choses cachées, des imprévus, des arrivées, des départs, des secrets. Comme en chacun de nous."
"Il existe une expression, simple comme bonjour, qui en sous-entend une autre, compliqué comme un au revoir."
Je ne saurai que trop vous conseiller de plonger dans ce merveilleux roman si vous avez soif d'aventure, de rêve trop grands pour vous, d'exotisme et de poésie. Un de ces textes qui vous changent à l'intérieur.


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"Nom d'un ectoplasme, qu'est-ce que c'est que ça?"

jeudi 23 février 2017

Si vous fréquentez ce blog depuis un moment, vous avez dû vous rendre compte que je suis une fan inconditionnelle des éditions Sarbacane. En librairie, je conseille autant la collection Exprim' pour les ados que les géniaux Pépix pour les plus jeunes lecteurs. Celui-ci, Super Vanessa et la Crique aux Fantômes, ne fait pas exception!

La petite ville de Cygne-sur mer est perturbée par des événements inquiétants : une lueur dans la maison vide sur la falaise, des esprits frappeurs qui exigent qu’on se brosse les dents, un tout petit monstre qui pousse des hurlements terrifiants, des parents aux allures d’ogres, et maintenant des fantômes d’affreux pirates morts ! Brrrr…

Vanessa, la fille la plus super des terres du sud-est, mobilise sa petite bande de copains pour faire face à ces épreuves. Rejoignez avec elle (Super-)Louis, Gustave-Brutus, Marius-la-ficelle et Adam-le-roux, pour une aventure effrayante… mais aussi très tendre et drôle !

La merveilleuse Florence Hinckel nous avait entraînés, avec Super Louis et l'Île aux 40 crânes, dans une aventure de pirates sanguinaires : ici, on retrouve la même petite troupe de joyeux lurons, mais le personnage principal, c'est cette-fois Vanessa! La demoiselle la plus aventureuse du sud se retrouve avec ses copains au cœur d'une sombre histoire de fantômes, de maison hantée, et de zombies. Rien que ça!
Un film d'horreur vient se tourner dans la petite ville de Cygne-sur-Mer, et son célébrissime réalisateur nanardesque, Marc Oreille, recherche des figurants. La bande de zouaves de Vanessa se retrouve embarquée dans cette aventure cinématographique. Mais tout bascule lorsque de véritables fantômes envahissent les plateaux de tournage. Le fait que de la vieille et ténébreuse maison sur la falaise s'échappent d'étranges bruits n'arrange rien à l'affaire. Les fantômes existent-ils? Vanessa, très terre-à-terre, en doute fortement, et décide de mener l'enquête avec ses supers-amis.

J'ai a-do-ré ce roman tout en rebondissements, plein d'humour et de subtilités. C'est encore une fois un livre très intelligent, qui ne prend pas le jeune lecteur pour un imbécile et qui pourra lui donner autant la chair de poule que des crampes aux zygomatiques. Le texte est accompagné des illustrations pétillantes, cartoony et dynamiques de Caroline Ayrault, dont je ne connaissais pas le travail mais que je vais suivre avec soin!

Et puis Florence Hinckel n'a pas hésité à y saupoudrer subtilement une critique des stéréotypes filles-garçons, en mettant en scène un personnage vraiment venimeux, une maman qui impose à sa fille des robes en dentelle et des jouets roses sans la laisser devenir qui elle veut. Ce petit twist sympathique m'a donné envie de prendre le livre dans mes bras et de lui faire des bisous. Ne me jugez pas!


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"J'ai déjà un nom, vous savez, et si vous voulez que je vienne quand on m'appelle, ce serait peut-être mieux de l'utiliser."

mercredi 13 juillet 2016



Ça faisait longtemps que je ne vous avais pas parlé d'un chouette petit roman à glisser entre les mains des jeunes lecteurs. Aujourd'hui, je vous parle de Crumble, écrit par Michael Rosen et illustré par Tony Ross, publié en français aux éditions Albin Michel dans la toute nouvelle collection Mes premiers Witty.

Quand Terri-Lee va à l’animalerie, elle pense naturellement pouvoir choisir le chien qui lui plaît et ne s’attend pas du tout à être choisie par celui-ci ! Mais Crumble n’est pas un chien ordinaire et il a quelques questions à poser à sa future maîtresse :
Combien de fois par jour comptes-tu m’emmener en promenade ?
Aimes-tu danser ?
As-tu l’intention de me chatouiller souvent ? J’adore ça !
Les réponses de Terri-Lee et ses pas de dance seront-ils suffisants pour convaincre Crumble d’être adopté ?

Quand deux pointures de la littérature jeunesse britannique se rencontrent et travaillent ensemble à un roman destiné aux jeunes lecteurs, ça donne un résultat largement au-dessus de nos espérances. Michael Rosen, poète et passionné de littérature jeunesse, est un grand monsieur à qui l'on doit, notamment, la merveilleuse Chasse à l'ours ou le très triste mais très beau Quand je suis triste, fait montre de son talent dans ce récit drôle et burlesque. C'est qu'un chien qui fait passer un entretien d'embauche à se future famille, c'est cocasse! 

Non seulement ce petit roman illustré rend compte de la responsabilité qui incombe à un enfant lorsqu'il réclame l'adoption d'un animal, mais il permet également de parler de respect envers les animaux et d'insister sur le fait que ce ne sont pas des jouets. Seulement, tout cela est fait avec humour et bienveillance, et l'entretien devient rapidement une joyeuse rencontre qui promet une belle amitié. C'est drôle, c'est frais, c'est surprenant et un peu barré, mais ça fonctionne!


Les illustrations dynamiques de Tony Ross, éminent illustrateur ayant collaboré avec presque toute la fine fleur de la littérature jeunesse britannique, permettent au récit de respirer et d'ajouter une dose de farce et de maladresse touchante.

En bref, un petit roman pétillant et renversant qui devrait séduire les lecteurs à partir de 7 ans!


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"Si les dieux ont jamais existé, ils nous ont abandonnés depuis longtemps!"

mercredi 6 juillet 2016

Selon de vieilles légendes, il existerait un monde au-delà de la matière. Un monde constitué d’êtres lumineux, sans lesquels cette matière resterait inerte. Ainsi, quand les territoires du Nord, jadis fertiles et florissants, se muent en terres arides où plus rien ne pousse, ces légendes resurgissent et les regards se tournent vers les dieux anciens... Jeune garçon dans la fleur de l’âge, Nils, accompagné de son père, tente d’élucider ce mystère. Il rencontre ainsi ces êtres lumineux, les âmes de la nature qui le guident jusqu’à un royaume voisin à la technologie avancée... Une quête qui bouleversera son existence.

zzzzzzzzLa collection Métamorphose de chez Soleil regorge souvent de petits trésors, et Nils ne déroge pas à la règle. Nous voilà plongés dans un univers mi-heroic fantasy, mi-merveilleux, mi-science-fiction (oui, ça fait trois demies, bravo Hermione, cinq points pour Gryffondor), où nous suivons les aventures du jeune Nils et de son père. Le monde dans lequel ils vivent est frappé d'un malheur : plus rien ne pousse, plus rien ne naît, la nature s'éteint petit à petit. Le père de Nils, le savant du village, a décidé de partir explorer les territoires alentours pour essayer de trouver la cause de ce fléau. Il promet à son fils qu'ils en profiteront pour lui trouver un faucon, animal de compagnie fidèle et chasseur hors paire dont rêve Nils depuis longtemps.


Ce voyage initiatique prend évidemment des allures très classiques au premier regard : le jeune héros insouciant se retrouve malgré lui embarqué dans des aventures qui le dépassent, à devoir affronter des ennemis et surmonter des obstacles auxquels rien ne le préparait. Mais toute la force de ce récit mené par Jérôme Hamon réside dans l'univers qu'il a bâti et dans les personnages qu'il a construits. De l'espiègle Nils, Alba l'effrontée ou Ruben le clairvoyant, ils sont tous très attachants. Leurs personnalités les rend tout à fait crédibles et on s'étonne de découvrir que la bande dessinée ne fait que 52 pages, tant on a l'impression de bien les connaître.


On ne s'étonnera pas d'apprendre qu'un tel récit s'attaque au thème de la nature face à la technologie, sujet ô combien traité dans la littérature, mais qui prend ici un petit air à la Myiazaki (décidemment, il est partout, celui-là!) rafraîchissant, teinté d'épique. Antoine Carrion illustre avec talent le récit. Vous connaissez mon amour des belles images ; je suis tombée sous le charme de ce récit aux teintes froides et dures, au dessin ciselé et au découpage précis et dynamique.


Certes, ce tome est avant tout un tome d'introduction qui a pour mission de poser les bases de cet univers et de lancer les aventures de Nils et ses compagnons, mais il promet de belles choses pour la suite. Une superbe découverte que je ne saurais trop vous conseiller!


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"Tout le monde mérite une ovation au moins une fois dans sa vie, parce que nous triomphons tous du monde."

vendredi 27 novembre 2015

Petite lecture qui a bouclé mon cycle de "romans pour ados à sujets difficiles", Wonder fut une jolie découverte ensoleillée.

Je m'appelle August. 

Je ne me décrirai pas. 

Quoi que vous imaginiez, c'est sans doute pire.

Né avec une malformation faciale, Auggie n'est jamais allé à l'école. 

A présent, pour la première fois, il va être envoyé dans un vrai collège... 

Pourra-t-il convaincre les élèves qu'il est comme eux, malgré tout?

Nous rencontrons August, qui rentre en sixième. C'est la première fois qu'il va à l'école. Jusqu'ici, ses multiples opérations l'avaient conduit à être scolarisé à la maison. Mais là, c'est le grand bouleversement. Il se retrouve dans un grand collège prestigieux, et même s'il a l'habitude qu'on le dévisage et qu'on le pointe du doigt, ça reste une expérience désagréable. Dans son voisinage, tout le monde le connaît et s'est habitué à son visage particulier ; à l'école, il doit repartir de zéro et encaisser les blagues cruelles et les regards effrayés. Heureusement, il peut compter sur une famille aimante, un principal compatissant et ses deux nouveaux amis, Summer et Jack, pour essayer de s'intégrer.

Le petit plus de ce roman, c'est qu'il est à plusieurs voix : le visage d'August a attiré autour de lui des gens aux passés et personnalités très différentes. Chacun des narrateurs - sa sœur, le copain de sa sœur, ses amis à l'école - a eu une approche différente de la bizarrerie d'August, avec leurs failles et leurs défauts, ce qui rend la narration très humaine et réaliste. Si l'on aimerait tous penser, en lisant, que nous serions le type de personnes qui iraient spontanément vers quelqu'un affublé d'un tel handicap, il faut être réaliste et se dire qu'une bonne partie d'entre nous réagirait d'abord avec répulsion. C'est de cela que parle Wonder, de notre rapport à la différence, de l'empathie, de la générosité, de l'injustice.

J'ai notamment beaucoup apprécié les différents tons qu'adopte Palacio lorsqu'elle prend le point de vue de chacun des personnages différents. Lorsqu'on est avec August, il a réellement les réflexions d'un enfant de dix ans un peu capricieux. Lorsqu'on est avec Miranda, l'amie de sa sœur à la famille explosée, on a le discours d'une ado de quinze ans un peu paumée. On se glisse dans la peau des différents personnages avec une facilité étonnante. C'est vraiment très agréable!

Wonder est un charmant petit roman solaire qui met du baume au cœur et nous pousse à l'altruisme. A mettre entre toutes les mains!

"Quand le cœur est rempli, ça déborde par les yeux."

mardi 27 octobre 2015

Susie Morgenstern est sans doute l'une des auteures les plus positives que j'ai lues, et lorsque j'ai acheté Comment tomber amoureux... sans tomber sur le stand de l'Ecole des Loisirs au Salon du Livre Jeunesse de Montreuil l'an dernier, je savais que j'allais passer un bon moment. Jugez plutôt.

Annabelle a décidé que son cœur était hors-service et sous les ordres exclusifs de son cerveau. En terminale S, rien n'existe en dehors de son travail. Et pas question pour elle de se limiter à l'obtention du bac, il faut qu'elle soit la meilleure. Les garçons ? De simples copains. Et ce n'est pas Samuel, le fils de l'ambassadeur des États-Unis parachuté dans sa classe, qui y changera quelque chose. Annabelle est d'accord pour consacrer deux heures par jour à parler français avec lui, à condition qu'il ne la ralentisse pas dans sa course vers l'excellence. Annabelle est ambitieuse et passionnée, comme les autres femmes de la famille. Sa mère, Lulu, est obsédée par ses recherches universitaires. Sa grand-mère, Marguerite, ne lâchera pas ses fourneaux avant d'avoir obtenu la deuxième étoile pour son restaurant. Elles risquent toutes trois de tomber de haut, de très haut. De tomber... amoureuses !

Nous avons donc trois femmes d'une même famille, Annabelle l'ado, Lulu la mère et Marguerite la grand-mère, qui se retrouvent toutes les trois à un moment charnière de leurs vies. Annabelle prépare son bac et désire entrer dans une prépa prestigieuse ; Lulu n'arrive plus à conjuguer son amour de la recherche et l'amour qu'elle porte à son mari, au risque de le perdre ; et Marguerite, veuve, est à deux doigts de sa retraite et refuse de partir sans avoir gagné une étoile de plus pour son restaurant. Et ces trois femmes font la rencontre de trois hommes, Samuel, Sydney et Charles, eux aussi issus de la même famille, de classieux mecs américains habitués des ambassades et qui tutoient Barack Obama (enfin, on ne tutoie pas en anglais mais vous saisissez l'image, hein, z'êtes pas crétins).

Ces rencontres vont changer leurs vies, mais pas dans le sens épique du terme. Non, aller vers l'autre va changer de petites choses dans leurs quotidiens, leur faire comprendre ce qu'il y a de plus important, recadrer leurs vies un peu trop mono-centrées pour en faire des histoires riches et pleines d'amour. 

D'autres personnages ce greffent à ce triple duo : Léonard le mari délaissé, Anatole le frère qui cueille le jour, les grands-parents juifs détruits par la Shoah, les petits vieux que Samuel et Annabelle essaient de sortir de leur solitude, Julie la jolie copine un peu collante, Dounia la jeune fille qui sent bon le miel... Les histoires se croisent et se mêlent dans une sympathique fresque colorée et très humaine qui, si certains la trouveront mièvre, m'a surtout donné l'impression de vouloir sortir le lecteur du marasme morose dans lequel il patauge la plupart du temps.

On sourit, on sent son cœur battre plus vite, on se prend d'amitié pour ces personnages un peu trop bons qui nous poussent à devenir meilleurs. On pardonne la rapidité du récit et l'intensité de sentiments très récents, les retournements de situations un peu romanesques et les happy endings à répétition. Car Susie Morgenstern nous offre un panorama de l'amour, dans sa diversité et sa complexité, pour nous faire comprendre que rien n'a plus d'importance. C'est joli, c'est frais, et on regrette presque d'avaler si vite ces 302 pages.
 
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