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"Nom d'un ectoplasme, qu'est-ce que c'est que ça?"

jeudi 23 février 2017

Si vous fréquentez ce blog depuis un moment, vous avez dû vous rendre compte que je suis une fan inconditionnelle des éditions Sarbacane. En librairie, je conseille autant la collection Exprim' pour les ados que les géniaux Pépix pour les plus jeunes lecteurs. Celui-ci, Super Vanessa et la Crique aux Fantômes, ne fait pas exception!

La petite ville de Cygne-sur mer est perturbée par des événements inquiétants : une lueur dans la maison vide sur la falaise, des esprits frappeurs qui exigent qu’on se brosse les dents, un tout petit monstre qui pousse des hurlements terrifiants, des parents aux allures d’ogres, et maintenant des fantômes d’affreux pirates morts ! Brrrr…

Vanessa, la fille la plus super des terres du sud-est, mobilise sa petite bande de copains pour faire face à ces épreuves. Rejoignez avec elle (Super-)Louis, Gustave-Brutus, Marius-la-ficelle et Adam-le-roux, pour une aventure effrayante… mais aussi très tendre et drôle !

La merveilleuse Florence Hinckel nous avait entraînés, avec Super Louis et l'Île aux 40 crânes, dans une aventure de pirates sanguinaires : ici, on retrouve la même petite troupe de joyeux lurons, mais le personnage principal, c'est cette-fois Vanessa! La demoiselle la plus aventureuse du sud se retrouve avec ses copains au cœur d'une sombre histoire de fantômes, de maison hantée, et de zombies. Rien que ça!
Un film d'horreur vient se tourner dans la petite ville de Cygne-sur-Mer, et son célébrissime réalisateur nanardesque, Marc Oreille, recherche des figurants. La bande de zouaves de Vanessa se retrouve embarquée dans cette aventure cinématographique. Mais tout bascule lorsque de véritables fantômes envahissent les plateaux de tournage. Le fait que de la vieille et ténébreuse maison sur la falaise s'échappent d'étranges bruits n'arrange rien à l'affaire. Les fantômes existent-ils? Vanessa, très terre-à-terre, en doute fortement, et décide de mener l'enquête avec ses supers-amis.

J'ai a-do-ré ce roman tout en rebondissements, plein d'humour et de subtilités. C'est encore une fois un livre très intelligent, qui ne prend pas le jeune lecteur pour un imbécile et qui pourra lui donner autant la chair de poule que des crampes aux zygomatiques. Le texte est accompagné des illustrations pétillantes, cartoony et dynamiques de Caroline Ayrault, dont je ne connaissais pas le travail mais que je vais suivre avec soin!

Et puis Florence Hinckel n'a pas hésité à y saupoudrer subtilement une critique des stéréotypes filles-garçons, en mettant en scène un personnage vraiment venimeux, une maman qui impose à sa fille des robes en dentelle et des jouets roses sans la laisser devenir qui elle veut. Ce petit twist sympathique m'a donné envie de prendre le livre dans mes bras et de lui faire des bisous. Ne me jugez pas!


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Là où le présent caresse, plus tard le passé pince.

mardi 6 septembre 2016

Quand Tatiana rencontre Eugène, elle a 14 ans, il en a 17 ; c’est l’été, et il n’a rien d’autre à faire que de lui parler. Il est sûr de lui, charmant, et plein d’ennui, et elle timide, idéaliste et romantique. Inévitablement, elle tombe amoureuse de lui, et lui, semblerait-il… aussi. Alors elle lui écrit une lettre ; il la rejette, pour de mauvaises raisons peut-être. Et puis un drame les sépare pour de bon. Dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard. Tatiana s’est affirmée, elle est mûre et confiante ; Eugène s’aperçoit, maintenant, qu’il la lui faut absolument. Mais est-ce qu’elle veut encore de lui ? 

Songe à la douceur est le nouveau roman de Clémentine Beauvais, la merveilleuse auteure du roman Les petites reines dont je vous avais fait un éloge dithyrambique. Elle nous revient cette fois-ci avec un roman audacieux en forme d'ovni, une réécriture du roman d'Alexandre Pouchkine Eugène Onéguine, réécriture également fortement inspirée de l'opéra que Tchaïkovski en a tiré. Le roman original étant lui-même écrit en vers, Clémentine Beauvais a choisi le vers libre pour relater une version moderne de l'histoire.

Je ne connaissais ni le roman original, ni l'opéra, et j'ai donc plongé dans ma lecture avec naïveté et curiosité. Et encore une fois, Clémentine Beauvais a su s'adresser à l'adolescente romantique et complexée qui demeure quelque part au fond de moi. Eugène et Tatiana, ces deux adolescents qui se côtoient le temps d'un été, sont plein de certitudes et de sentiments trop grands pour eux, et la narration, qui fait sans cesse un va-et-vient du passé au présent, aide à comprendre comment ce que l'on vit dans notre jeunesse peut ou non influencer l'adulte que l'on devient. C'est un roman certes qui parle d'une histoire d'amour à la fois banale et grandiose, mais c'est aussi un roman sur le fait de devenir adulte, sur les choix que l'on peut faire dans sa vie, sur ce qu'on décide de faire de notre existence. J'ai particulièrement été touchée par la naïveté de l'adolescente Tatiana face à la rigueur et la persévérance de l'adulte Tatiana.

Encore une fois, l'auteure semble particulièrement attirée par les histoires que relatent nos historiques de messagerie instantanée, les SMS et les e-mails. Dans Les petites reines, elle s'intéressait surtout aux réseaux sociaux. Dans Songe à la douceur, on replonge en 2006 à l'heure de MSN et des textos hors de prix. C'est délicieusement désuet tout en évoquant les souvenirs de toute une génération. Aujourd'hui, les histoires d'amour ne sont pas moins vraies parce qu'elles se construisent à coups de poke et de discussions sur Skype : en tous cas, c'est une des choses que l'on peut retenir de ce livre.

Quant au style, il est vrai que si le choix d'un roman en vers est inattendu, il est au final plutôt bien vu, car la musicalité du vers rend à la fois compte de la poésie des instants narrés tout en imitant la musicalité d'un opéra. Clémentine Beauvais compare volontiers Tatiana à la flûte et Eugène au basson, et sans connaître la musique de Tchaïkovski, on se surprend à entendre les timbales gronder ou les violons vous arracher une larme. C'est bien vu, bien exécuté, même si j'ai trouvé que ce choix autorisait parfois le récit à traîner en longueur là où les choses auraient pu être plus brèves.

Est-ce que Songe à la douceur est bien le phénomène tant primé sur les réseaux sociaux? D'un côté, le récit amer et passionné d'une histoire d'amour à côté de laquelle les personnages n'arrêtent pas de passer est un thème fort peu abordé en littérature jeunesse. Ce roman, en modernisant une tragédie classique, en lui donnant les accents de la modernité, permet de faire entrer les erreurs et les errances dans le paysage parfois trop codifié de la littérature pour adolescents et jeunes adultes. La narration en vers est originale, pas trop lourde et terriblement agréable, donnant de la musique et du rythme au récit. D'un autre côté, difficile de savoir à qui se roman se destine, et j'ai personnellement trouvé qu'Eugène est un personnage tête-à-claques à qui j'aurais volontiers filé quelques baffes. En tous cas, on passe un beau moment et on referme le livre avec un goût doux-amer dans la bouche en rêvant de belles et grandes choses, et c'est en partie, je pense, ce que souhaitait l'auteure.


N'hésitez pas à lire ce qu'en pensent Bob et Jean-Michel!

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"Dans la nuit, leur cœur à chacun a pensé aux trois autres."

mercredi 15 juin 2016


Si les thèmes de la timidité, de l'ouverture aux autres et du pouvoir magique de la nourriture ont été mille fois traités en littérature jeunesse, il est un album, paru en janvier dernier, qui a su beaucoup me toucher et que je garde désormais dans ma bibliothèque tel un petit trésor. Il s'agit du joli Le festin de Citronnette, écrit par Angélique Villeneuve et illustré par Delphine Renon, et c'est paru (quelle surprise!) aux merveilleuses éditions Sarbacane. 

Citronnette, timide et proprette, quitte rarement sa cuisine pour s'aventurer dans son jardin sauvage. Mais ce matin, elle a vu des ombres... S'approchant à petits pas, elle distingue un grand chapeau noir qui avance par bonds, un long nez pointu caché derrière un arbre, un rocher gris râpeux qui grogne et qui marmonne... Vite, Citronnette se réfugie dans sa cuisine ! Et si elle les amadouait avec des mets chauds et savoureux, elle qui aime tant cuisiner ? Elle prépare alors un véritable festin... qui va lui changer la vie !

Nous suivons une héroïne timide et discrète qui préfère faire des tartes aux prunes plutôt que partir à l'aventure. Citronnette, d'abord inquiète en découvrant les nouveaux venus qui ont débarqué au fond de son jardin sauvage, décide d'aller jeter un œil, bravant sa peur. Et au lieu de tout faire pour que ces drôles d'énergumènes déguerpissent rapidement de sa propriété, elle choisit le partage et l'amitié.


C'est joli, c'est tendre, c'est beau, c'est sucré comme le miel et doux comme une madeleine. L'album se réchauffe en même temps que les cœurs des personnages, on tombe les manteaux et on libère les cheveux, le petit citronnier sur le chapeau de Citronnette grandit et donne des fruits. L'épanouissement et le bonheur fonctionnent ici comme des engrais pour des images plus foisonnantes et colorées au fur et à mesure que l'on tourne les pages. Les illustrations de Delphine Renon, tout au crayon de couleur, sont pétillantes, acidulées, et regorgent de détails qui font sens. 

Cet album illustre parfaitement l'adage anglophone: "When life gives you lemon, make lemonade!", un appel pour transformer les surprises acides et désagréables en douceurs et friandises. Voilà un petit livre qui ne paie pas de mine, comme ça, mais qui est une invitation à voir chaque nouveauté dans nos vies comme une occasion de l'enrichir et de nous faire de beaux souvenirs. 


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"Je blague, c'est ma fourche qu'a langué."

dimanche 28 février 2016

Quelle ne fut pas ma surprise - et mon indignation! - en découvrant que je ne vous avais encore jamais parlé de la superbe collection des Editions Sarbacane, nommée Pépix, qui comme son nom l'indique recèle de petites pépites qui piquent! Alors ni une, ni deux, on s'embarque dans une aventure mouvementée, drôle et intelligente avec La classe de mer de Monsieur Ganèche!

Lorsque Monsieur Ganèche se retrouve abandonné sur un îlot breton avec les six "cas sociaux" qui composent sa classe de mer, il s'attend au pire. Bêtises, disputes : ils ne lui épargnent rien. Mais lui, il sait qui ils sont vraiment ! Il explique aux "cancres" qu'ils possèdent tous un talent et peuvent réaliser des choses extraordinaires. C'est alors que l'îlot se révèle être le repaire de cruels trafiquants d'animaux...

On suit Monsieur Ganèche, instituteur franchement cool mais qui peu aussi être franchement effrayant, qui se demande ce qu'il va faire de sa bande d'énergumènes ramassés au hasard des groupes formés pour la classe de mer... Et quelle tribu! Zlatan, Lucas, Tho, Maïtiti, Fatima et Céline ont décidément tous de sacrés caractères: entre la pile électrique, l'hypersensible, le grand benêt et la nyctalope, il y a vraiment de quoi se faire des cheveux blancs!

Ils se retrouvent dans une aventure à laquelle ne manque pas grand chose pour qu'elle se transforme en histoire de pirates, et chacun finit par se révéler à la hauteur des obstacles qui se dressent un à un devant eux. Avec une plume drôle, acidulée et précise, Jérôme Bourgine donne à ses personnages et à son récit des accents terriblement efficaces de vraie vie, les rendant très attachants. A contre-courant des enfants trop parfaits parfois érigés en modèles, on a ici une galerie de bras cassés que la société a très vite étiquetés. Mais Monsieur Ganèche et son talent pour l'à-propos va réussir à transformer cette bande d'anomalies en véritables héros. Et en plus, on apprend plein de choses! Zoologie, navigation, survie, vocabulaire, mine de rien, le savoir, au lieu d'être une corvée, devient un jeu auxquels les "cancres" finissent par succomber avec délectation.

Le texte est admirablement bien servi par les illustrations effrontés, riantes et dynamiques de Maurèen Poignonec, qui non seulement sont nombreuses, mais regorgent également de petits détails qui rendent la lecture attrayante. Il y a même de petits poissons qui clapotent autour des numéros de page! 

Une belle aventure pleine d'humanité et d'humour qui plaira aux grands et aux moins grands, à coups sûr! Parole de Tricéphale!


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"La vie ainsi tournait rond, de saison en saison..."

lundi 12 octobre 2015

C'est la semaine des albums on dirait. Celui-là est une nouveauté, une jolie découverte et un livre que je feuillette presque tous les jours. Aujourd'hui, je vous présente Le Meunier Amoureux d'Alice Brière-Haquet et Amélie Videlo, paru en août dernier aux éditions Sarbacane.

Au moulin, les saisons se suivent et la vie tourne rond. Le meunier sème, récolte, mouline, pétrit et retourne semer. Mais un matin, des chardons bleus ont poussé dans son beau champ de blé blond ! Et le jour suivant, du liseron blanc, puis des pissenlits, des marguerites… Le meunier se poste à sa fenêtre et dans les rayons de lune, il découvre le pot aux roses : une fille profite de son sommeil pour semer des mauvaises graines… Vite, un plan ! Le meunier tend un piège à la fille : sauf que tel est pris qui croyait prendre !

Cet album est un livre dont l'apparente simplicité regorge de trésors de significations et de niveaux de compréhension. Alice Brière-Haquet nous livre un texte plein de poésie, tout en rimes et finesses, pour nous parler d'un brave travailleur acharné dont le quotidien est peu à peu chamboulé par une douce rêveuse et ses grains de folie. Au-delà d'un message conseillant un peu de fantaisie dans un train-train parfois envahissant et aliénant, c'est également une jolie métaphore de l'amour naissant, qui sème ses petits grains partout dans le cœur avant de fleurir et d'envahir la poitrine.

Mais les illustrations d'Amélie Videlo vont encore plus loin. Le plan est toujours le même : le champ, le moulin et en arrière plan, la forêt. Page après page, on voit le meunier s'occuper de son champ parfait, qu'il pleuve, qu'il neige ou qu'il vente, le visage dur et concentré. Et plus les pages se tournent, plus le temps passe et plus le paysage change...


Le temps passe, les saisons se succèdent, le crépuscule, le jour, la nuit. Tous les petits détails (les animaux, les feuilles des arbres, les étoiles) donnent à chacune des doubles pages une atmosphère bien particulière que l'on reconnaît pourtant au premier coup d’œil, car nous nous sommes tous un jour promené dans la nature en fleurs ou extasié devant un coucher de soleil. Le temps passe aussi sûrement que les ailes du moulin tournent, amenant avec lui petits changements et grandes révélations, intrus discrets et jolie jardinière.

C'est un superbe album sur le temps qui passe, le monde qui change petit à petit, l'amour qui naît graine par graine, les jours qui se répètent à l'identique tout en apportant chaque matin une petite surprise, les jolies choses simples du quotidien qu'il faut apprendre à voir et apprécier.
 
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