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"J'ai déjà un nom, vous savez, et si vous voulez que je vienne quand on m'appelle, ce serait peut-être mieux de l'utiliser."

mercredi 13 juillet 2016



Ça faisait longtemps que je ne vous avais pas parlé d'un chouette petit roman à glisser entre les mains des jeunes lecteurs. Aujourd'hui, je vous parle de Crumble, écrit par Michael Rosen et illustré par Tony Ross, publié en français aux éditions Albin Michel dans la toute nouvelle collection Mes premiers Witty.

Quand Terri-Lee va à l’animalerie, elle pense naturellement pouvoir choisir le chien qui lui plaît et ne s’attend pas du tout à être choisie par celui-ci ! Mais Crumble n’est pas un chien ordinaire et il a quelques questions à poser à sa future maîtresse :
Combien de fois par jour comptes-tu m’emmener en promenade ?
Aimes-tu danser ?
As-tu l’intention de me chatouiller souvent ? J’adore ça !
Les réponses de Terri-Lee et ses pas de dance seront-ils suffisants pour convaincre Crumble d’être adopté ?

Quand deux pointures de la littérature jeunesse britannique se rencontrent et travaillent ensemble à un roman destiné aux jeunes lecteurs, ça donne un résultat largement au-dessus de nos espérances. Michael Rosen, poète et passionné de littérature jeunesse, est un grand monsieur à qui l'on doit, notamment, la merveilleuse Chasse à l'ours ou le très triste mais très beau Quand je suis triste, fait montre de son talent dans ce récit drôle et burlesque. C'est qu'un chien qui fait passer un entretien d'embauche à se future famille, c'est cocasse! 

Non seulement ce petit roman illustré rend compte de la responsabilité qui incombe à un enfant lorsqu'il réclame l'adoption d'un animal, mais il permet également de parler de respect envers les animaux et d'insister sur le fait que ce ne sont pas des jouets. Seulement, tout cela est fait avec humour et bienveillance, et l'entretien devient rapidement une joyeuse rencontre qui promet une belle amitié. C'est drôle, c'est frais, c'est surprenant et un peu barré, mais ça fonctionne!


Les illustrations dynamiques de Tony Ross, éminent illustrateur ayant collaboré avec presque toute la fine fleur de la littérature jeunesse britannique, permettent au récit de respirer et d'ajouter une dose de farce et de maladresse touchante.

En bref, un petit roman pétillant et renversant qui devrait séduire les lecteurs à partir de 7 ans!


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vendredi 18 septembre 2015



C'est un livre que j'avais dans mes étagères depuis 2010, c'est un livre qui raconte comment Peter Pan est devenu Peter Pan (et vous savez comme j'aime Peter Pan!), c'est un livre en anglais... Et pourtant, voilà ma chronique de Peter and the Starcatchers (Peter et la poussière d'étoiles chez Albin Michel) de David Barry et Ridley Pearson, ou le récit d'une déception.

Orphelin des rues de Londres, Peter est embarqué de force sur le Never Land, un navire miteux convoité par le cruel pirate Black Stache. À bord, la jolie Molly lui confie le secret du Never Land : dans un coffre gardé jour et nuit repose un merveilleux pouvoir, la poussière d'étoiles, qui permet de voler. Fasciné par ce mystère, Peter ne sait pas encore qu'il deviendra grâce à elle le plus grand héros du Pays imaginaire...

Bon, avant toute chose, passons sur le fait que l'auteur de Peter Pan avait déjà écrit l'origine du personnage dans la merveilleuse nouvelle mélancolique Peter Pan dans les jardins de Kensington, et que cela n'a absolument rien à voir avec ce que l'on trouve dans ce roman de 2008. Mais soit, la réappropriation d'un récit bien connu de tous est toujours intéressante, plongeons-nous donc dans ce récit qui sent bon les embruns, la poudre à canon et le manque d'imagination.

Le jeune Peter et ses copains de l'orphelinat sont embarqués sur le navire miteux qu'est le Never Land, destinés à être offerts comme serviteurs à un exotique prince au-delà des mers. A bord, une malle mystérieuse intrigue le jeune garçon, qui découvre rapidement qu'elle contient de la poussière d'étoile, une denrée rare et magique pour laquelle deux sociétés secrètes s'entretuent depuis la nuit des temps. Une représentante de l'une de ces sociétés, les Starcatchers (chasseurs d'étoiles, alias "les gentils") est à bord : c'est la jolie Molly, fille de l'ambassadeur, devant qui Peter ne reste pas indifférent. Seulement, cette malle aurait dû être à bord d'un autre navire, et en plus, il y a le terrible Black Stache, pirate sanguinaire à l'haleine putride, qui a entendu parler d'un trésor à la valeur incommensurable et a pris en chasse le Never Land. C'est alors une grande course-poursuite à travers les mers qui a lieu entre le Never Land, le Wasp (le navire où se trouve l'ambassadeur et où devrait se trouver la malle) et le Sea Devil, le bateau de Black Stache.

Et si au bout d'un moment les trois navires s'échouent sur une île habitée par un crocodile énorme et des autochtones dangereux, le schéma ne change pas. Le récit n'est qu'une longue course-poursuite où les trop nombreux rebondissements s'enchaînent à une vitesse indigeste, ne donnant qu'une envie au lecteur : poser le roman et ne plus jamais y jeter un œil. Car le problème d'une préquelle, c'est qu'on connaît la fin. On sait que Peter va finir par rester sur cette île et s'approprier d'une manière ou d'une autre la magie de la malle, lui conférant le pouvoir de voler et de rester éternellement jeune. Alors la multiplication des suspenses à deux ronds et des retournements de situations qui n'ont de spectaculaires que leur offensante simplicité rend la lecture ennuyeuse et donne le mal de mer.

Reprendre une histoire connue est difficile et délicat, notamment lorsqu'on se réapproprie des personnages au charisme si rayonnant qu'il est impossible de trop les changer. Du coup, Barry et Pearson se sont faits plaisir : la galerie de leurs personnages est fade, insipide, une bande de marionnettes suivant le fil de l'action sans réels motifs ni personnalités propres. Les seuls qui se détachent un peu du lot sont les personnages inventés pour servir l'intrigue, comme le second Slank et son homme de main Little Richard, ou encore le chef des Mollusks, la tribu qui vit sur l'île. Peter, Black Stache (le futur Crochet), Mouche, les autres orphelins, Molly (alias "l'autre Wendy"), tous ne sont que des coquilles vides sans âme. On ne s'attache aux personnages que parce qu'on y est déjà attachés. Très peu d'efforts de ce côté, donc.

Pourtant, il y a de bonnes idées dans Peter and the Starcatchers : on sent l'envie de donner une origine quasi-scientifique à la magie du Pays de Nulle Part avec cette histoire de poussière d'étoiles dotée de pouvoirs exceptionnels, on admire l'ingéniosité avec laquelle Peter s'allie avec les sirènes pour combattre les pirates, les thèmes de l'amour, de la jeunesse, de l'avarice sont en filigrane mais utilisés avec finesse... 

Dommage, donc, que cette expérience littéraire soit un tel échec. Je possède le second tome en français, et j'y jetterai un œil rapidement pour voir si les auteurs ont su donner plus de corps à leur travail, mais globalement, c'est une oeuvre dispensable, d'autant plus si vous connaissez déjà d'autres superbes travaux comme Les Terribles aventures du Capitaine Crochet ou la bande dessinée de Régis Loisel.
 
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