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“I feel as if I’m waiting for something dreadful to happen, and then I realize it already has.”

jeudi 16 mars 2017

Lors de mon séjour à Édimbourg l'an dernier, j'étais revenue avec une sacrée pile de livres, que je m'attelle doucement à faire descendre. Et parmi ces ouvrages se trouvait le superbe Life after life de Kate Atkinson, paru ici chez Black Swan mais disponible en français sous le titre Une vie après l'autre d'abord chez Grasset puis au Livre de poche.

11 février 1910 : Ursula Todd naît – et meurt aussitôt.
11 février 1910 : Ursula Todd naît – et meurt, quelques minutes plus tard, le cordon ombilical enroulé autour du cou.
11 février 1910 : Ursula Todd naît – le cordon ombilical menace de l’étouffer, mais cette fois le médecin est là pour le couper, et Ursula survit…
Ursula naîtra et mourra de nombreuses fois encore – à cinq ans, noyée ; à douze ans dans un accident domestique ; ou encore à vingt ans, dans un café de Munich, juste après avoir tiré sur Adolf Hitler et changé ainsi, peut-être, la face du monde…
Établis dans un manoir bucolique du nom de Fox Corner, les Todd portent sur leur environnement le regard distancié, ironique et magnanime de ceux que les tragédies de l’Histoire épargnent. Hugh, le père, travaille à la City, tandis que Sylvie, la mère, reste à la maison et élève ses enfants à l’ancienne. Mais le temps, en la personne d’Ursula, va bientôt se détraquer, se décomposer en une myriade de destins possibles qui vont, chacun à sa manière, bouleverser celui de la famille…
Si l’on avait la possibilité de changer le cours de l’histoire, souhaiterions-nous vraiment le faire ?

Nous voilà face à un texte qui reprend le concept du "et si?" en le transposant au début du vingtième siècle dans une famille bourgeoise britannique. Ursula, le personnage que nous suivons au cours de ses innombrables vies, est une petite fille et une jeune femme brillante, un peu perdue dans les destins qui s'ouvrent à elle, et qui subit régulièrement l'assaut de déjà-vus si vivaces qu'on dirait des souvenirs.

Au fil des pages, des années et des différentes vies, on la suivra de sa chambre d'enfant jusqu'aux montagnes bavaroises, en passant par les décombres d'un Londres bombardé, une maison triste aux abords d'une école, des cafés chics et des trains brinquebalants. Kate Atkinson profite de son personnage aux mille vies pour nous dresser un portrait complet de la Grande-Bretagne et plus largement de l'Europe de la première moitié du vingtième siècle ; la montée des nationalismes, l'évolution des mœurs, les progrès technologiques, l'envie et la peur de tendre la main vers l'autre, les langues qui sont des barrières et des ponts, les amitiés et les amours qui sont toujours complexes et imparfaites...

L'auteur explique dans une postface enrichissante qu'elle a voulu faire un roman pour essayer de définir la britishness, sur les qualités, les défauts et les petites étrangetés qui font de la nation britannique ce qu'elle est, et j'ai personnellement trouvé que c'était très réussi. On y trouve l'humour pince-sans-rire, les rituels autour du thé, le flegme et la noblesse, la retenue qui dissimule la fragilité, le petit cheminot et le grand ministériel, les petites mains et les gros bonnets... Si vous êtes attirés par la culture britannique, je vous en prie, foncez, c'est un délice!

Le petit twist auquel je ne m'attendais pas et qui m'a beaucoup plu, c'est que l'on évoque à peine l'étrangeté de la condition d'Ursula. A-t-elle un pouvoir particulier qui lui permet de recommencer sa vie chaque fois qu'elle se termine? Ou bien est-ce le cas de tout le monde? Y a-t-il une explication surnaturelle ou plutôt philosophique? On ne vous donne pas la réponse, et l'on vous pose plutôt une question... Et vous, qu'auriez-vous fait différemment? Que pouvez-vous encore changer? La vie que vous vivez est-elle la meilleure qu'il vous était possible d'avoir?

Un très beau roman, dense et riche, que je vous conseille fortement si les sujets cités plus haut vous intéresse. Et en plus, c'est une très joli saga familiale, pour les amateurs du genre! Alors, qu'attendez-vous?


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"Tout le bien que nous faisons peut se retourner contre nous."

mercredi 19 octobre 2016


Dorothe, fille de bonne famille, vient d'avoir seize ans. Elle est mariée à un homme bien plus âgé qu'elle. Son époux est nommé dans le comté du Finnmark, tout au nord de la Norvège, pour instruire les procès en sorcellerie. Après une longue et éprouvante traversée, Dorothe arrive dans une petite ville où personne ne parle sa langue.

Elen a le même âge, fille d'une guérisseuse qui a choisi de vivre sans homme et enchaîne les aventures et les enfants. La jeune fille sauvera Dorothe gravement malade, grâce au savoir que sa mère lui a transmis avant d'être emprisonnée. Mais ne signe-t-elle pas ainsi son appartenance à la confrérie des sorcières?


De la part du diable de Aina Basso est un roman paru en 2015 chez Thierry Magnier, et le moins que l'on puisse dire, c'est que ça faisait des mois qu'il me faisait de l’œil (la couverture de Nicolas Galkowski est sublime!). Je l'ai lu d'une traite, j'en suis restée toute chamboulée, et je profite de l'ambiance Halloweenesque pour vous parler de cette histoire de sorcières.

Si la quatrième de couverture (que vous pouvez lire ci-dessus) vous résume malheureusement la quasi-totalité du récit, ce qui fait la force de ce roman, en revanche, c'est l'ambiance envoûtante, fantastique et terriblement ancrée dans le réel dans laquelle il vous fait plonger. Nous alternons les points de vue entre Dorothe, (très) jeune mariée à un juge chargé d'instruire les procès pour sorcellerie dans la Norvège du dix-septième siècle, et Elen, qui grandit comme une fleur sauvage dans une contrée difficile et hostile, élevée par une mère différente des autres, libre et caractérielle.

Chacune des deux héroïnes voit sa vie changer lors de l'arrivée d'un homme dans leurs vies : Dorothe se retrouve mariée à un homme bien plus âgé qu'elle qu'elle trouve sobre et très grave, tandis qu'Elen se voit affublée d'un petit frère terriblement laid, si laid qu'elle est persuadée qu'il a été échangé à la naissance avec une créature démoniaque. S'ensuivent alors une série d'événements qui vont les faire se rencontrer en dépit de tout ce qui les sépare. Et c'est haletant : on se surprend à tourner les pages sans pouvoir s'arrêter, pris au piège d'une écriture grave, dure et mystérieuse, tandis que l'angoisse gonfle dans la gorge en même temps que les nœuds du récit se tissent jusqu'à une fin terrible qui finit de vous ensorceler tout à fait. 

Grâce aux regards croisés de ses deux héroïnes, l'auteure s'interroge sur la condition féminine, la liberté, la différence, l'ignorance qui mène à l'intolérance, le mystique et le sacré. On finit par se demander si la plus puissante forme de sortilège n'est pas uniquement la rumeur publique, accompagnée des puissantes malédictions que sont les préjugés et le besoin de trouver des boucs émissaires. Et en cela, De la part du diable est non seulement un roman inspiré de faits réels, mais c'est également un récit qui trouve de terribles résonances avec l'actualité.

On appréciera les notes et explications supplémentaires données en fin de roman par l'auteure, ainsi qu'une bibliographie complète pour en apprendre plus sur ces événements. Un très bon roman d'angoisse et de fantastique teinté d'histoire que je vous recommande pour vos soirées de Samain!


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"Car le diable ne peut arriver à ses fins sans votre aide. Il ne triomphe que si vous lui ouvrez la porte."

jeudi 25 février 2016

Amateurs de frissons, de secrets de famille et de jouets ensorcelés, vous allez adorer Le Passage du Diable d'Anne Fine, paru en 2014 à l'Ecole des Loisirs.

Depuis son plus jeune âge, Daniel Cunningham a vécu enfermé, avec pour seule compagnie les livres et sa mère - qui l'a gardé reclus, à l'écart du monde extérieur, et qui n'a cessé de lui répéter qu'il était malade. Un jour, des coups frappés à la porte vont tout changer. Des voisins ont découvert son existence, et résolu de libérer Daniel de l'emprise de sa mère. Pris en charge par le Dr Marlow et sa famille, il va découvrir peu à peu que tout ce qu'il tenait pour vrai jusque-là n'était qu'un tissu d'histoires racontées pour le protéger. Mais le protéger de quoi ? De sa vie d'avant, Daniel n'a gardé qu'une maison de poupée. Et pas n'importe quelle maison de poupée : c'est la réplique exacte de la maison natale de sa mère, une maison qui recèle de nombreux et sombres secrets. Jusqu'à quels vertiges ces secrets conduiront-ils Daniel ?

Dans ce roman flirtant entre fantastique et enquête, Anne Fine se joue de nos nerfs et de nos attentes. Le jeune héros, Daniel, nous raconte comment sa vie a basculé du jour au lendemain : d'enfant malade couvé par sa mère, sans aucun contact avec le monde extérieur, il se découvre en réalité en parfaite santé, victime d'une mère folle et héritier de nœuds de secrets familiaux difficiles à dépêtrer. Ajoutez dans ce chaudron de mystères désagréables une maison de poupée unique entourée d'une aura maléfique, et vous obtenez un superbe roman d'angoisse situé en pleine Angleterre victorienne.

C'est surtout la touche fantastique, distillée tout le long du roman, qui m'a conquise et ensorcelée. Nous voyons tout du point de vue de Daniel, qui, comme nous, oscille entre plusieurs versions des faits : sa mère était-elle vraiment folle? Avait-elle une raison valable de craindre pour la vie de son fils? La maison de poupée qu'elle lui a léguée est-elle ensorcelée? Est-ce une coïncidence si sa mère finit tragiquement comme la poupée accrochée à un fil? Quelle était cette poupée inquiétante aux deux visages enfermée dans un petit coffre dissimulé sous une fenêtre? Est-ce un hasard si au même moment un oncle inconnu et bipolaire refait surface dans sa vie?

C'est avec beaucoup de talent qu'Anne Fine tisse des fils de mystères et de magie dans une toile pourtant très réaliste et logique. Et la fin, même si elle manque peut-être de surprises, a tout pour ravir le lecteur et lui rendre enfin le souffle après trois cents pages d'angoisse. Une belle réussite, un fantastique véritable, genre trop peu mis en avant dans la production pour la jeunesse. Un régal!

"Certaines vérités s'expriment mieux sous la forme de conte."

jeudi 23 juillet 2015

Je vous avais parlé de Miss Peregrine et les enfants particuliers en janvier dernier, et je m'étais promis de lire sa suite cet été. C'est maintenant chose faite, et sans vouloir exagérer... Je l'ai dévorée! Avertissement donc ; si vous n'avez pas lu le premier tome, passez votre chemin!

Jacob et les enfants particuliers sont désemparés : Miss Peregrine, changée en oiseau, est prisonnière de son état, suite à l’attaque des Estres, des âmes damnées, sur l’île Cainholm. Les voilà donc livrés à eux-mêmes ! Après avoir essuyé une tempête entre Cainholm et le continent, Jacob et ses amis s’échouent sur une rive de Grande-Bretagne, en 1940, alors que la Seconde Guerre Mondiale fait rage. Entre fuir des Estres déguisés en soldats, des rencontres avec des animaux singuliers, et la recherche de la dernière Ombrune en liberté afin de redonner à la directrice de l’orphelinat sa forme humaine, cette deuxième aventure de la série s’annonce palpitante et pleine de frissons !

Si le premier tome m'avait paru long à démarrer, si j'avais eu du mal à entrer dans le récit, ce ne fut absolument pas le cas ici! J'ai plongé au cœur de l'action tout de suite... En même temps, le roman se déroule sur trois ou quatre jours et on retrouve notre bande d'enfants spéciaux exactement là où on les avait laissés à la fin du premier opus, autant dire qu'on n'a pas le temps de souffler!

C'est une véritable course contre la montre pour Jacob, Emma et leurs amis, car il faut que Miss Peregrine reprenne forme humaine le plus vite possible au risque de se transformer définitivement en simple oiseau. Avec les Estres et les Sépulcreux qui sont à leurs trousses dans une Angleterre en pleine Seconde Guerre Mondiale, c'est une aventure paliptante et effrayante que nous propose Ransom Riggs dans ce second tome.

On croise au cours de notre lecture des gitans, des enfants enterrés dans des décombres, des animaux qui parlent, des morts congelés dans la glace... L'univers des particuliers s'offre à nous malgré son agonie, et on peut enfin en saisir toute la complexité. J'ai adoré voir foisonner cette galerie de personnages improbables mais parfaitement brossés, découvrir ce fabuleux bestiaire ingénieux et original, en apprendre plus sur les particuliers et leur histoire...

Tout cela sans oublier que nous avons affaire à une bande d'adolescents issus d'époques différentes, aux caractères bien trempés, en proie à leurs premiers émois comme à leurs instincts les plus primaires... Cela ne fait qu'ajouter du piquant à un récit déjà très savoureux.

Un second tome meilleur que le premier - chose suffisamment rare pour être soulignée! - qui ravira les amoureux comme les sceptiques de Miss Peregrine. Je ressors de ma lecture avec le souvenir d'un thriller fantastique haletant qu'on ne peut lâcher qu'à une heure avancée de la nuit. Vivement le troisième tome!

"Nous appelons réel ce que beaucoup voient et rêve ce qui n'est vu que par un seul."

mardi 23 juin 2015

Cela fait longtemps que je ne vous ai pas parlé d'un livre "pour les grands", et je n'ai pas choisi le plus simple pour m'y remettre! Un visage pour l'éternité est un roman de C.S.Lewis, le papa de Narnia. C'est mon amie Elora qui me l'a offert à Noël dernier, je n'avais jamais rien lu de Lewis, et j'ai été ravie de commencer à découvrir son univers grâce à ce roman qu'il qualifiait lui-même comme l'une des grandes œuvres de sa vie.

"Le roi de Glome a trois filles. L'aînée, Orual, est fort laide, et porte une affection démesurée à Istra, la benjamine, la plus belle et la plus douce créature de ce royaume barbare. Mais, victime de l'obscurantisme religieux, cette dernière est sacrifiée au dieu de la Montagne grise.
Des années plus tard, Orual est devenue reine, une souveraine crainte et respectée. Meurtrie par les regrets et la solitude, elle se souvient de l'enseignement d'un vieil esclave grec ramené par son père lors d'une campagne, et entreprend le récit de son combat contre les dieux."

C.S.Lewis se propose donc de revisiter le mythe de Psyché (cliquez ici pour un rappel mythologique!), mais du point de vue de la sœur aînée de la fratrie. L'action se situe dans le royaume barbare fictif de Glome, où les balbutiements de l'Antiquité commencent à prendre le pas sur une société et des coutumes encore profondément primitives. Le paganisme ambiant est omniprésent, parfois lourd et pesant. Les superstitions et la crainte des dieux sont partout. Cependant la Grèce, la magnifique, merveilleuse et étincelante Grèce, n'est jamais loin ; sa philosophie et son rationalisme sont incarnés dans le personnage du Renard, un esclave grec très instruit qui éduquera les filles du roi comme les siennes.

Orual, narratrice et personnage principal, est pleine d'esprit, intelligente et vive, mais très laide. Sa plus jeune sœur, Istra (alias Psyché), est d'une beauté sans pareille, douce, tendre, joyeuse, proche de la nature et des gens. C'est la perfection d'Istra qui mènera le peuple à réclamer son sacrifice afin d'apaiser les divers maux dont les dieux semblent l'avoir accablé. Folle de désespoir de voir cette sœur qu'elle adore comme sa propre enfant sacrifiée au caprice des dieux, Orual entreprend de braver la volonté des dieux, tiraillée par la curiosité, désireuse de savoir s'ils existent bel et bien ou si Istra est simplement condamnée à se faire dévorer par des bêtes sauvages au sommet de la montagne, pour récupérer sa sœur et la reprendre aux dieux.

A ceux qui s'attendent à un roman de pure fantasy, je vous préviens : il n'en est rien. Un visage pour l'éternité est avant tout une plongée dans le mythe pour en extraire l'essence et le moderniser, tout en absolvant le personnage de la sœur de Psyché, victime de sa curiosité. En effet, nous sommes moins dans une aventure magique que dans une réflexion mystique. Orual, c'est l'Homme face à l'incompréhensible, c'est l'humanité en quête de savoir, c'est la part de scepticisme qui existe en chacun de nous. Istra, elle, est au contraire l'innocente qui accepte et qui trouve le bonheur dans ce qu'elle ne peut pas comprendre, assurée de la bienveillance et de la justice des puissances supérieures. Ajoutons à cela le duo que forment le Renard, l'esclave grec adepte de Socrate, et Barda, le chef de la garde croyant, humble et superstitieux, et nous assistons tout le long du roman à un duel entre rationalité et foi. 

Lewis fait beaucoup de choses dans cette réécriture, mais il s'attelle en premier lieu à racheter la sœur de Psyché, une personne jalouse et malveillante dans le mythe original (un peu comme les belles-sœurs de Cendrillon), pour en faire une femme débordante d'un amour passionné pour sa jeune sœur, un amour dévastateur et possessif qui, elle finira par s'en rendre compte, fut la cause de toutes ses mésaventures.

Ce roman vous happe et vous fascine. Le côté très primitif de l'univers dans lequel tout se déroule a quelque chose d'universel et de profondément ancré en nous ; les tiraillements de la narratrice sont ceux qui habitent tout le monde un moment ou l'autre... La seconde partie du roman - soit les 60 dernières pages - sont un peu plus lourdes à lire, la résolution de l'histoire ne se faisant qu'au prix d'une expérience mystique dense, où chaque lecteur y verra la fin qu'il comprend.

Pourquoi devriez-vous lire Un visage pour l'éternité? Pour vivre une expérience de lecture riche, qui vous fait mûrir et réfléchir, pour redécouvrir les mythes sous un autre œil, pour découvrir autre chose que Narnia... Un texte fort dont vous ressortirez changés!

Je vous encourage fortement à lire la chronique d'Alexandra du blog La bouteille à la mer, qui est excellente, beaucoup plus complète et très juste.

"It's cold where I am and so lonely..."

vendredi 29 mai 2015


Cela faisait longtemps que je n'avais pas flippé comme une folle après avoir lu un livre au milieu de la nuit. Mes insomnies remercient donc Emily Carroll, une artiste accomplie dans les thèmes de l'horreur et du fantastique, méconnue dans nos contrées mais très prisée des anglophones. Je vous parle aujourd'hui de Through the woods, le recueil de cinq contes macabres que j'ai acheté lorsque j'étais à Londres, et qui fout les miquettes.

Les cinq récits qui composent ce roman graphique ont plusieurs points communs : la mort y est omniprésente, les personnages principaux sont toujours aux prises avec des situations qui leur échappent, l'histoire a toujours lieu en huis clos... Thèmes et motifs certes récurrents du récit fantastique, mais toujours terriblement efficaces!

L'angoisse qui monte en vous au fur et à mesure que vous avancez dans votre lecture est aussi le résultat d'un savant dosage entre mots, images et couleurs. Le texte oscille entre voix off, dialogues réalistes et comptines enfantines telles que les chérissent les anglophones, si bien que l'on finit par avoir envie, presque, de lire à voix haute pour saisir tous les effets sonores. 

"I married my love in the springtime
But by Summer he'd locked me away
He'd murdered me dead by the Autumn
And by Winter I was naught but decay."

Le dessin quant à lui, très clair tout en donnant un petit effet brouillon, est d'une justesse effrayante. Un regard, un gros plan sur des doigts, un pincement de lèvres et on saisit tout d'un changement de situation ou de l'apparition d'une tension. Les couleurs sont volontairement soit fades, soit très vives, et le contraste entre les deux est saisissant, servant efficacement le propos de l'auteur. Si j'ai d'abord été un peu rebutée par le côté très "photoshop" des aplats de couleurs, j'ai fini par me laisser séduire.


Le découpage fluide, très cinématographique, aide beaucoup à créer une ambiance angoissante. Je ne connaissais pas Emily Carroll avant de lire ce livre, mais après quelques recherches, j'ai découvert que ses récits avaient pour la plupart d'abord été publiés sous forme de webcomics, dans un format différent, tout en longueur. Cela ne se ressent pas du tout dans la mise en page classique du livre, au contraire, cela confère à l'ensemble un dynamisme qui aide à susciter chez le lecteur des émotions intenses.


En résumé, une excellente découverte qui ravira tous les amateurs de frissons et de paranormal. Fantômes, cadavres, mystères, planchers qui craquent, ombres dans la nuit, tout y est pour vous effrayer et vous fasciner. Je ne sais pas si une sortie française est prévue, mais je vous tiens au courant si c'est le cas.

Je vous laisse avec le portrait d'un des personnages les plus choupis du recueil.

De rien. C'est gratuit. <3

"London was a template of childhood reading."

vendredi 20 février 2015

Je ne sais toujours pas mettre le doigt dessus, mais il y a quelque chose dans les livres de Gregory Maguire qui me fascine. Je suis toujours happée par ses livres, je les termine à cinq heures du matin alors que je me lève à sept heures, et une fois le bouquin terminé, j'ai beaucoup de mal à dire ce qui m'a plu. Mais une fois de plus, je vais essayer! Voilà Lost, de Gregory Maguire, qui a été publié en France sous le titre Les fantômes de Winnie (malheureusement uniquement disponible en occasion désormais).
Présentation : Écrivain pour la jeunesse, Winifred Rudge se rend à Londres dans la demeure de son cousin John, où elle a passé une partie de son enfance. Elle espère trouver là l'inspiration d'un nouveau roman, nourri du mythe de Jack l'Éventreur et de l'univers de Dickens, dont le personnage de Scrooge, le vieil avare du Conte de Noël, aurait pris pour modèle un de ses ancêtres.
Étonnée par l'absence de John - mais ce dernier ne la fuit-il pas pour une raison cachée ? -, Winnie s'installe chez lui, mais prend bientôt conscience d'étranges bruits provenant d'une ancienne cheminée condamnée. Une atmosphère de plus en plus pesante l'oppresse alors, d'autant qu'elle va se lier avec d'étranges personnages au gré de ses pérégrinations londoniennes : un médiéviste américain, spécialiste de sorcellerie, un voyant à l'accent germanique douteux, une vieille voisine à moitié folle qui ne cesse de perdre ses chats...
Lorsque la cheminée livrera enfin ses secrets, Winnie entamera un voyage fantastique à travers le temps, à la rencontre d'une âme en peine en qui elle trouvera un écho à ses propres blessures...
Un mystère surnaturel, à Londres, avec des références à des tas d'écrits britanniques qui ont bercé l'enfance d'une grande partie d'entre nous : ce roman avait tout pour me séduire. Il m'attendait sagement sur l'une de mes étagères depuis pas moins de six ans, et le jeu en valait la chandelle. Contrairement à Wicked (dont je vous avais parlé ici), Maguire a fait le choix de situer cette réécriture au tout début du vingt-et-unième siècle. L'héroïne est une femme d'âge mûr, un peu antipathique, complètement paumée, qui tente, suite à un drame dont on ignore d'abord tout, de se reconstruire et de reprendre le contrôle de sa vie. On est loin des univers fantastiques du royaume d'Oz, ici, c'est la vraie vie qui est polluée par l'imaginaire.

La première partie du roman nous pose les bases de la trame, et c'est avec parcimonie que l'auteur distille de petites informations sur le passé de Winnie, sa relation aux hommes, à son travail et aux enfants. Lorsque du conduit de la cheminée de la maison familiale s'élèvent des coups, c'est tout l'imaginaire des fantômes de Dickens qui remonte à l'esprit de Winnie. Et jusqu'au bout, le mystère tient bon : est-elle devenue folle, ou bien est-elle le témoin d'événements surnaturels?

Le doute est maintenu jusqu'au bout, et les nombreux rebondissements mettent le lecteur dans un brouillard épais. L'atmosphère s'alourdit, les non-dits se révèlent, et c'est dans une spirale angoissante, quasi-infernale, que l'on suit Winnie dans sa quête d'elle-même. La narration fait des va-et-vient entre le présent de Winnie et des morceaux du roman sur lequel elle travaille, créant une habile mise en abyme destinée à perdre le lecteur avant de tout lui révéler. 

Les personnages qui entourent Winnie apparaissent d'abord tous assez banals et presque caricaturaux, pour petit à petit se révéler comme des moteurs de l'action, ainsi que des vecteurs de salvation pour notre héroïne. De la petite-amie de John, pincée et jalouse, au compatriote américain curieux et instruit, en passant par l'improbable antiquaire-voyant, chacun se fait l'avatar des fantômes de Dickens pour mettre Winnie face à elle-même, à ses blessures et à ses angoisses.

Maguire nous livre un roman somme toute assez subtil sur la dépression et le traumatisme, qui montre que l'imagination peut à la fois être un abîme sans fonds dans lequel on peut perdre la raison tout comme un support pour se sauver soi-même. L'ambiance angoissante a tout du film d'épouvante, et vous procure d'exquis frissons lorsque, à trois heures du matin, vous interrompez votre lecture à cause d'un bruit suspect.

Un excellent roman psychologique sur fonds de récits classiques, Lost ravira les amateurs de littérature et d'intrigues rondement menées.

"La maladie m'avait laissé une dégaine de recharge de stylo à bille."

dimanche 3 août 2014

La libraire chez qui j'ai fait mon stage m'a offert une pile de livres dont je rêvais depuis des lustres quand je suis partie. Outre le fait que ce geste m'a profondément touchée et a fait grimper ma pilalire de plusieurs mètres, il m'a également permis de me plonger à corps perdu dans les productions actuelles pour la jeunesse - moi qui ai souvent ce problème de découvrir des pépites qui sont sorties il y a des siècles. Je suis donc en train de la faire descendre à un rythme assez impressionnant, et je découvre de petits trésors. Voilà le premier.

Le Manoir, tome 1 : Liam et la Carte d'éternité, Evelyne Brisou-Pellen
Publié chez Bayard jeunesse

Résumé:

Après une longue maladie, Liam est envoyé en convalescence au manoir. Mais tout, dans cette vieille demeure, l’inquiète, à commencer par les autres pensionnaires, plus étranges les uns que les autres. Il ne voit qu’une chose à faire : s’enfuir. C’est alors qu’arrive Cléa, une jeune fille de son âge, qui semble avoir de graves problèmes. En cherchant à lui venir en aide, Liam va découvrir la vraie nature du manoir. Et celui-ci recèle des dangers dont il n’a pas la moindre idée.
Ce roman nous plonge dans une ambiance mystérieuse en quasi huis clos, dans une grande bâtisse inquiétante hors du temps : pas d'électricité, pas d'Internet, pas de téléphone, les pensionnaires sont coupés du monde et ne reçoivent pas de nouvelles de leurs proches. Liam, qui est venu dans cette maison de repos pour se requinquer après un cancer, est d'abord légèrement exaspéré. On ne répond à ses questions que de façon évasive, certains des autres pensionnaires lui font l'effet d'avoir de graves troubles psychiatriques (comme ce grand taré qui se prend pour Léonidas) et tout porte à croire que des individus dangereux sont enfermés à l'étage inférieur. Rien n'est fait pour l'apaiser et plus le temps passe, plus l'atmosphère étrange, les non-dits et les mystères lui tapent sur le système.

Si un lecteur aguerri pourra très vite découvrir la véritable nature de cet établissement (plusieurs indices sont disséminés dès le début et on se prend d'affection pour ce héros qui fait l'autruche), il ne pourra pas résister à l'enquête que mène Liam dans le manoir. Les aventures et les mystères qui donnent au roman un goût de fantastique entre Edgar Poe et Sherlock Holmes nous tiennent en haleine du début à la fin. Les révélations finales, enfin, vous empêchent de lâcher le livre une fois qu'il est terminé et vous pincent le coeur, ne vous donnant qu'une envie : dévorer les tomes suivants.

Les personnages hauts en couleurs, aux caractères bien trempés et aux secrets bien cachés sont tous très attachants à leur manière et créent une atmosphère à mi-chemin entre le roman familial et la colonie de vacances. Mais ils sont tous abîmés. Liam sort d'un cancer, une ancienne tuberculeuse habite le manoir, il y a également un obsédé des jeux d'argent et une jeune fille en plein choc post-traumatique suite à un enlèvement. Tous ces personnages brisés sont réunis au même endroit pour tenter de se réparer. 

Mais en plus de tous ces mystères, le style de Brisou-Pellen est comme toujours emprunt d'humour et d'ironie, ce qui ne gâche rien au plaisir de lecture. 

C'est un très joli livre sur la vie en général, ce qui compte et ce qui compte moins, sur la maladie aussi. Une jolie fable fantastique sur l'humanité et sur la vie.

Et puis j'ai dévoré le premier tome en quelques heures, fait suffisamment rare pour être évoqué. Je conseille ce livre à tout le monde, surtout à ceux qui aiment les jolies histoires!

"Mais le temps, c'est la vie, et la vie réside dans le coeur des hommes."

mercredi 12 juin 2013

Momo de Michael Ende
Lu en français aux éditions Bayard, édition de 2009

Résumé sur Amazon:
Momo, une petite orpheline vagabonde, s'installe dans un amphithéâtre en ruine, à l'écart de la ville. Elle se fait vite plein d'amis : Momo séduit les enfants, avec lesquels elle invente des jeux merveilleux, mais aussi les adultes, parce qu'elle sait les écouter et leur redonner confiance. Ses deux meilleurs amis sont Beppo, un vieux balayeur de rues, et Gigi, un jeune homme à la langue bien pendue. Tous vivent heureux dans ce petit coin éloigné de l'agitation de la ville quand apparaissent d'étranges messieurs gris. A leur approche, un courant d'air froid, mêlé à une infecte odeur de cigare, se fait sentir. Qui sont-ils, que veulent-ils ? Momo découvrira leurs sinistres plans et la menace qui pèse sur tous ceux qu'elle aime. Un vrai petit chef-d'oeuvre qui célèbre les valeurs humaines et l'amitié, par l'auteur de L'histoire sans fin.
Lors du swap "Au pays des Merveilles" auquel j'ai participé l'an dernier, Pandagarou m'a envoyé parmi d'autres ouvrages ce petit livre vert dont je n'avais jusque là jamais entendu parler. Je n'ai fait le lien avec L'histoire sans fin que bien plus tard, et du coup, je fus encore plus intriguée par ce livre. Ayant énormément de choses dans ma pilalire, ce n'est qu'il y a quelques semaines que j'ai enfin pu déguster ce petit conte.

Momo a des allures de Fifi Brindacier, parce qu'on ne sait pas d'où elle vient ni ce qu'elle fait là, d'Alice, pour son côté imaginatif et sa manie de suivre des animaux aux capacités extraordinaires, et de Sarah, parce que c'est une vagabonde qui connaît des épreuves difficiles et garde toujours espoir. Elle est confrontée dans le roman à une bande d'êtres surnaturels, les "messieurs en gris", sont à l'opposé de tout ce qu'elle est. Ces messieurs prennent peu à peu le contrôle sur la ville en volant du temps aux gens, les parasitants pour survivre, se multipliant à l'infini. Momo vivra des aventures extraordinaires, voire un peu métaphysiques, pour aider ses amis à vaincre ce nuage de fumée grise qui s'est abattu sur la ville.

Le roman met un peu de temps à se mettre en place. Il y a notamment un long chapitre où l'auteur met en scène le jeu des enfants qui s'amusent avec Momo dans l'amphithéâtre, ce qui coupe un peu le récit selon moi et ralentit la mise en scène de l'histoire. Les personnages apparaissent petit à petit, lentement mais sûrement, ce qui au départ est un peu frustrant mais suit au final la logique du récit, avec ces messieurs en gris qui s'insinuent doucement dans la ville, presque imperceptiblement. Momo est un personnage pur et innocent, un peu difficile à cerner au début, mais que l'auteur nous amène à aimer presque instantanément. 

Ce qui m'a le plus accrochée dans Momo, c'est l'imagination de l'auteur, qui a créé cet univers chaud et foisonnant d'images pour nous dire qu'il est important de profiter de chaque instant qui passe. Les créatures, les aventures, les personnages qu'il invente sont originaux, hauts en couleurs et frais. J'ai notamment adoré la visite de Momo à Maître Hora, une espèce de grand dieu du temps, et les aventures qu'elle vit chez lui. 

Bref, je vous conseille Momo, parce qu'on ne connaît pas très bien ce petit bonbon en France et qu'il faut qu'il soit mieux apprécié! De mon côté j'ai fait une petite illustration rapide de Momo, c'est dire si j'ai aimé!


Pour la petite info, il y a eu en Allemagne un film adapté de Momo par Johannes Schaaf, qu'on peut regarder en intégralité sur Youtube en anglais (ou en allemand pour les courageux!). Je ne l'ai pas encore regardé, mais je vous met la vidéo de la première partie ici, si ça vous intéresse!


A très vite pour une nouvelle chronique!

"Octobre gronde à nos portes et fait trembler nos fenêtres..."

lundi 28 janvier 2013

Je ne vous parle pas beaucoup de bande dessinée, pourtant j'en lis pas mal depuis quelques années. Il y a une série qui m'a tapé dans l'oeil ces dernières années et qui continue de m'enchanter, c'est celle de Billy Brouillard, de Guillaume Bianco, publiée chez Soleil dans la collection Métamorphose.



Billy Brouillard, c'est un petit garçon qui a le don de trouble-vue, ce qui lui permet de voir le monde différemment du commun des mortels. Pour lui, les arbres, les flaques d'eau et les ruisseaux sont peuplés de petites créatures un peu effrayantes et follement attachantes. Le récit est composé de pages de bande dessinée en noir et blanc, de pages qui semblent tirées de journaux anciens racontant des légendes, et d'extraits de carnets de note et d'encyclopédies qui font des gros plans sur certaines créatures ou certaines légendes. Il y a aussi de temps en temps une petite histoire, un conte ou une légende aux tons sepia, qui fait une pause dans le récit et entretien le suspense.
Cliquez pour voir en plus grand!

Le ton de ces histoires est résolument drôle et tendre, mélancolique, macabre sans être morbide, onirique, fantastique, et un poil philosophique. Chacun des trois tomes sortis à ce jour traite d'un sujet propre à la fois au monde de l'enfance mais aussi à celui des adultes, car ce sont des thèmes universels sur lesquels nous n'aurons jamais fini d'écrire et de réfléchir.

Billy Brouillard ; le don de trouble vue
Paru en 2008

Tarzan, le chat de Billy, est mort. Et Billy se retrouve confronté au deuil, à la question du sens de la vie et au fait que quelque chose de mort finit par pourrir et disparaître. Où est son chat, maintenant? Dans un au-delà? Nulle part? 
Billy se pose des questions, comme n'importe quel enfant face à la mort. Mais Billy, grâce à son don, peut interroger beaucoup de monde sur l'au-delà, la vie et la mort. Des fantômes, des êtres de la forêt, des nymphes des flaques d'eau. Au travers d'un chemin initiatique plein d'humour noir, Billy apprendra que la mort est inéluctable et qu'elle fait partie de la vie. 

Ce premier tome est aussi un tome introductif, où l'on nous présente l'univers de Billy et les personnages qui le peuplent. C'est très bien, on est très vite embarqués dans ce monde un peu sombre, un peu drôle, un peu tendre et un peu vrai, où Guillaume Bianco nous entraîne pour mieux nous parler de choses essentielles. Gros coup de coeur pour moi. Je l'adore.


Billy Brouillard ; Le petit garçon qui ne croyait plus au Père Noël
Paru en 2010

Dans ce deuxième tome, Billy a toujours du mal à digérer la mort de son chat, il se tourne alors vers celui qui sait tout : le Père Noël. Il lui écrit une longue lettre pour lui demander le secret de la mort, en espérant qu'on lui répondra. Mais le Père Noël se fait attendre, et Billy n'a de réponse nulle part. Le Père Noël serait-il un coup monté? Comme le Croquemitaine? Des mensonges inventés pour que les enfants obéissent à leurs parents?
Billy est en plein questionnement philosophique. Et toutes ces histoires qu'il s'invente, lui aussi? Tout ce qu'il se raconte? Est-ce utile? A quoi ça sert? Est-ce que c'est vrai?
Si ce second tome traite encore de la mort et de questions existentielles, c'est également une histoire qui parle de l'importance des histoires. On peut penser ce que l'on veut du Père Noël-rouge-coca-cola, du mercantilisme des fêtes de fin d'année et de la nécessité de décorer sa maison avec un sapin... Mais ces traditions, ces histoires, ces petites doses de magie annuelles que l'on prend avec un peu de cannelle sont nécessaires au développement de l'imagination et donc de l'esprit humain. Tous les contes, toutes les légendes, toutes les fictions nous aident à mieux comprendre le fonctionnement du coeur humain et nous permettent de voir le monde d'un oeil neuf.

Billy Brouillard ; le chant des sirènes
Paru en 2012

Dans ce troisième opus, qui d'après les distributeurs, serait la fin du premier cycle des aventures de Billy, le jeune garçon porte ses lunettes, ce qui supprime son don de trouble vue. Il a renoncé à son monde imaginaire, réticent à l'idée de trop s'y perdre. Il est en vacances, et rencontre la jeune Prune, qui dit être une sirène. Billy a du mal à jouer le jeu de son amie, qui tente en vain de lui faire accepter son don. Alors évidemment, Billy se fait prendre au piège des premiers émois, des filles et de l'amour!
Petit à petit, Billy va se remettre à fréquenter les créatures étranges et merveilleuses qui peuplent son univers. Cette fois-ci, c'est dans l'océan, symbole féminin par excellence, qu'il va vivre de grandes aventures. La petite Prune tombe malade et lui demande d'aller la sauver, car elle est prisonnière de démons infernaux. Ni une, ni deux, le petit Billy partira à sa rescousse, tel un chevalier de conte. Il fréquentera les créatures aquatiques et traversera les sept niveaux de l'enfer pour retrouver sa sirène. 

Le fait de changer de décor et de s'attaquer à tout l'imaginaire marin est une excellente idée, et ça me plaît beaucoup ; s'il y a bien une créature qui me fascine, c'est la sirène, et tous les récits qui en parlent m'ont toujours envoûtée. Ce tome-ci est cependant légèrement différent des autres, une longue partie du livre, celle où Billy plonge dans les abîmes, n'est pas vraiment sous forme de bande dessinée mais sous forme de roman graphique ou d'album très travaillé ; les images et le textes se détachent en blanc sur une page noire. Le format "classique" de bande dessinée est réservé aux moments quotidien où Prune et Billy jouent, ce qui ne représente qu'une petite partie du recueil. Comme si Bianco s'éloignait de la bande dessinée avec ce troisième opus pour aller davantage vers un forme d'expression multiple, à plusieurs voix, synthétique et globale. J'adhère.

***
Ce qui ne gâche rien, c'est que la collection Métamorphose, dirigée par Barbara Canepa, met un point d'honneur à faire des ouvrages non seulement très bons, mais aussi très beaux! Grands formats, papier épais, couvertures très travaillées... Ce sont de magnifiques objets qu'en tant qu'acheteuse compulsive, j'ai envie de tous posséder uniquement parce qu'il sont superbes. Il est très agréable de voir qu'une collection - et une maison d'édition - commence à comprendre que le livre est plus qu'un support de texte, mais aussi un objet à part entière dont il faut soigner la finition et le look.

Il existe aussi un coffret d'histories courtes se passant dans le même univers, appelé Les Comptines malfaisantes, mais je n'ai pas encore eu la chance ou l'occasion de me les procurer. Bientôt, bientôt!


"Like stepping into a fairy tale under a curtain of stars."

lundi 7 janvier 2013

The Night Circus, par Erin Morgenstern
Lu en anglais, disponible depuis octobre en français sous le titre Le Cirque des Rêves.

Morceau de la quatrième de couverture (en français):

"Le cirque arrive sans crier gare. Aucune annonce ne précède sa venue, aucune affiche sur les réverbères, aucune publicité dans les journaux. Il est simplement là, alors qu’hier il ne l’était pas."
Sous les chapiteaux rayés de noir et de blanc, c’est une expérience unique, une fête pour les sens où chaque visiteur peut se perdre avec délice dans un dédale de nuages, flâner dans un luxuriant jardin de glace, s’émerveiller de la souplesse de la contorsionniste au tatouage et se laisser enivrer par les effluves de caramel et de cannelle qui flottent dans l’air. Bienvenue au Cirque des Rêves.
J'ai entendu parler de The Night Circus il y a plus d'un an, sur le site Buzzfeed, qui avait sélectionné les dix meilleurs romans steampunk de 2011. M'intéressant très peu au steampunk en tant que genre littéraire, la couverture m'avait tapé dans l'oeil, et je me le suis offert cet été lors de mes vacances en Angleterre. Ce n'est que durant ces vacances de Noël que j'ai eu le temps et l'envie de me plonger dans ce roman.

Le récit est composé d'une multitude de chapitres plus ou moins courts, où l'on change quasi-systématiquement de point de vue pour épouser l'ensemble des regards portés par les personnages sur le cirque, ainsi que les uns sur les autres. On suit chacun des personnages dans un ordre chronologique, mais les histoires se mêlent à différentes époques et forment une espèce de puzzle dont le lecteur réunit les morceaux au fur et à mesure de la lecture. Si cette façon de procéder désoriente un peu au début, elle entretient le mystère et le suspense tout au long de la lecture.

Le style est extrêmement visuel, ce qui permet au lecteur de plonger très facilement dans l'univers délicieusement coloré de l'auteur : les tentes rayées de noir et blanc, les robes brodées d'argent, les tentures lourdes, les voiles, les cartes, les horloges, jusqu'aux odeurs de pomme caramélisée ou de barbapapa, tout est décrit de façon légère et complète, faisant du roman non seulement une fiction réussie mais également un spectacle pour quiconque sait mettre en scène ce qu'il lit dans son esprit.

Le décor est planté ; mais ce qui s'y passe? On plonge dans un univers où la magie existe et le commun des mortels n'en sait strictement rien. Deux jeunes gens, Celia et Marco, chacun entraîné par un professeur lunatique, strict et peu loquace, se retrouvent contraints de s'affronter dans une démonstration de leurs pouvoirs respectifs, sans en connaître ni le but, ni l'issue. Ils rivalisent de créativité et de puissance pour être les meilleurs. Le Cirque des Rêves (en français dans le texte!) est leur terrain d'affrontement, tel un échiquier gigantesque où les personnages qui l'habitent se retrouvent impliqués malgré eux. 

On suit pas moins de quinze personnages différents, leurs destinées se mêlant jusqu'à créer une toile gigantesque d'actes et de conséquences, parfois funestes. Certains mystères restent communs aux personnages et au lecteur jusqu'à la fin du récit. La trame, complexe donc, est bâtie de sorte que l'on puisse en admirer toutes les facettes, ne comprenant qu'à la fin que le puzzle était complet dès le départ.

J'ai essayé de vous faire une longue intro objective, analytique et calme. Parce qu'en fait, au fond, j'ai juste envie de vous dire que c'est l'une des expériences de lecture les plus enchanteresses que j'ai pu avoir de ma vie et que tout le monde avec le goût de rêve devrait plonger dedans. Rien que ça.

Alors certes, certains passages (peu, je vous rassure) sont très cucul. Parfois, on est un peu paumés dans les noms et l'ordre dans lequel les évènements ont lieu. Mais ce premier roman d'Erin Morgenstern (très prometteur, vivement d'autres!) est un livre sur l'importance des histoires et du rêve. Elle met en scène un groupe de gens qui décident de monter un cirque pour faire rêver ses visiteurs, qui à leur tour se mettent à rêver d'ailleurs et pourchassent leurs rêves. Une belle métaphore de l'acte d'écriture ; chaque fiction n'est-elle pas un rêve sous forme de pages où l'on peut replonger à loisir? Ce texte, derrière l'histoire qu'il raconte, est donc un magnifique hommage à tous ceux qui rêvent, qui espèrent et qui créent. Ça me parle énormément, et j'espère que ça vous touchera aussi.

Détail qui ne gâche rien, les livres (version brochés) sont superbes : voilà quelques photos chipées sur le blog d'Erin Morgenstern (cet auteur est très branchée Internet, ce qui la rend très accessible!):

La première édition américaine (artwork par Helen Musselwhite)

La première édition britannique

Moi j'ai la version en "paperback" (que j'appelle "couverture molle :D") qui reprend le design du dessus. L'intérieur du livre est également très soigné, avec des étoiles, des rayures, de petits dessins cachés dans les pages... En plus d'être une très belle histoire, c'est un très bel objet! Je ne sais absolument pas ce que vaut la version française, sortie il y a seulement quelques mois, si quelqu'un l'a lu je serais ravie d'avoir son avis.

Alors du coup, vu que ce blog, à la base, je suis censée l'illustrer avec des dessins persos, et que ce bouquin m'a énormément inspirée, je vous ai fait un fanart plus élaboré que d'habitude aux crayons de couleur.


Bon, tout le monde sait que le scanner est un serial killer de couleurs, l'original est beaucoup plus doux, mais c'est déjà ça!

Vous l'aurez donc compris, The Night Circus est une lecture que je recommande à tous ceux d'entre vous qui se considèrent comme des rêveurs.

Une nouvelle pour ceux que ça intéresserait, les droits d'adaptation cinématographique ont été achetés par Summit Entertainment (oui, ils ont fait Twilight, mais ils ont aussi fait Vanilla Sky, Memento, Penelope, Les Frères Grimm, ou encore Le Monde de Charlie.) J'espère qu'ils feront du bon travail è_é

(Et ça, c'est ce qu'on appelle un pavé.)

"I woke up, a bag of bones. Literally."

lundi 27 août 2012

Quand je l'ai lu la première fois: Je vivais en Angleterre, et la couverture m'a tout de suite plu!
Pourquoi je l'ai lu: Il était soldé dans une grande librairie. Ni une, ni deux, je l'ai embarqué!

Skulduggery Pleasant, de Derek Landy
Lu en anglais, disponible en français sous le titre Skully Fourbery. 6 tomes publiés en anglais, dont 4 traduits en français.

Résumé made in Lesincos:
A la mort de son oncle, Stéphanie Edgley, 12 ans, hérite d'une vaste propriété. Lors de la lecture du testament chez le notaire, un curieux individu fait irruption. Emmitouflé dans un long manteau, le visage dissimulé par une écharpe, des lunettes noires et un chapeau, le détective Skully Fourbery se présente à elle. Il est le squelette vivant d'un magicien mort quelque 400 ans plus tôt. Skully va apprendre à Stéphanie que son oncle a été assassiné et qu'elle pourrait bien être la prochaine victime sur la liste... Notre héroïne se retrouve entraînée dans un monde de secrets ancestraux, de pouvoirs surnaturels, peuplé de créatures extraordinaires et terrifiantes. Entre Skully, roi des coups tordus, et Stéphanie, reine de l'improvisation, le courant passe à merveille et tous deux vont joindre leurs forces pour élucider le crime. Faites vite la connaissance de Skully Fourbery, personnage irrésistible, dans une histoire aussi sombre que palpitante, au ton caustique et aux excellents dialogues !
Et bien figurez-vous que, chose rare, je n'ai jamais fini le premier tome de la saga des Skulduggery Pleasant. Pourtant le pitch est sympa. Un détective squelette, une gamine aventurière qui se retrouve embringuée dans une quête fantastique, des batailles, des monstres, des complots, des secrets, bref, tout ce qu'il faut pour faire une bonne histoire. Comme ça, ça donne envie, non?

Pourtant je n'ai pas réussi à rentrer dans l'histoire, et ce n'est pas par la difficulté du style, non, il est simple, dynamique et clair, sans ambiguïté. [Valkyrie] Certains dialogues ont de vraies perles, et j'ai esquissé quelques sourires. Si si!

Si le détective squelette intrigue, celui de l'héroïne, Stéphanie, m'a laissée de marbre. Je ne me suis absolument pas attachée à elle et j'avais presque envie qu'elle sorte du récit pour pouvoir mieux en profiter. Dommage pour une héroïne, quand même! Les chapitres s'enchaînent trop vite à mon goût - et à l'inverse, certains paragraphes sont extrêmement longs! Beaucoup d'informations sont données au lecteur en peu de temps et j'ai eu du mal à m'y retrouver une fois arrivée au milieu du livre. 

Tout cela est-il vraiment brouillon? Suis-je trop dure avec Derek Landy? Je n'ai tenté de lire que le premier tome, peut-être devrais-je lui donner une seconde chance ; car après tout, l'idée est bonne, m'a séduite et me semble prometteuse, c'est d'ailleurs pour cela que je l'ai intégré à mon challenge de littérature jeunesse. Je serais ravie d'avoir les avis de ceux et celles qui l'ont lu!
 
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