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"Quand le cœur est rempli, ça déborde par les yeux."

mardi 27 octobre 2015

Susie Morgenstern est sans doute l'une des auteures les plus positives que j'ai lues, et lorsque j'ai acheté Comment tomber amoureux... sans tomber sur le stand de l'Ecole des Loisirs au Salon du Livre Jeunesse de Montreuil l'an dernier, je savais que j'allais passer un bon moment. Jugez plutôt.

Annabelle a décidé que son cœur était hors-service et sous les ordres exclusifs de son cerveau. En terminale S, rien n'existe en dehors de son travail. Et pas question pour elle de se limiter à l'obtention du bac, il faut qu'elle soit la meilleure. Les garçons ? De simples copains. Et ce n'est pas Samuel, le fils de l'ambassadeur des États-Unis parachuté dans sa classe, qui y changera quelque chose. Annabelle est d'accord pour consacrer deux heures par jour à parler français avec lui, à condition qu'il ne la ralentisse pas dans sa course vers l'excellence. Annabelle est ambitieuse et passionnée, comme les autres femmes de la famille. Sa mère, Lulu, est obsédée par ses recherches universitaires. Sa grand-mère, Marguerite, ne lâchera pas ses fourneaux avant d'avoir obtenu la deuxième étoile pour son restaurant. Elles risquent toutes trois de tomber de haut, de très haut. De tomber... amoureuses !

Nous avons donc trois femmes d'une même famille, Annabelle l'ado, Lulu la mère et Marguerite la grand-mère, qui se retrouvent toutes les trois à un moment charnière de leurs vies. Annabelle prépare son bac et désire entrer dans une prépa prestigieuse ; Lulu n'arrive plus à conjuguer son amour de la recherche et l'amour qu'elle porte à son mari, au risque de le perdre ; et Marguerite, veuve, est à deux doigts de sa retraite et refuse de partir sans avoir gagné une étoile de plus pour son restaurant. Et ces trois femmes font la rencontre de trois hommes, Samuel, Sydney et Charles, eux aussi issus de la même famille, de classieux mecs américains habitués des ambassades et qui tutoient Barack Obama (enfin, on ne tutoie pas en anglais mais vous saisissez l'image, hein, z'êtes pas crétins).

Ces rencontres vont changer leurs vies, mais pas dans le sens épique du terme. Non, aller vers l'autre va changer de petites choses dans leurs quotidiens, leur faire comprendre ce qu'il y a de plus important, recadrer leurs vies un peu trop mono-centrées pour en faire des histoires riches et pleines d'amour. 

D'autres personnages ce greffent à ce triple duo : Léonard le mari délaissé, Anatole le frère qui cueille le jour, les grands-parents juifs détruits par la Shoah, les petits vieux que Samuel et Annabelle essaient de sortir de leur solitude, Julie la jolie copine un peu collante, Dounia la jeune fille qui sent bon le miel... Les histoires se croisent et se mêlent dans une sympathique fresque colorée et très humaine qui, si certains la trouveront mièvre, m'a surtout donné l'impression de vouloir sortir le lecteur du marasme morose dans lequel il patauge la plupart du temps.

On sourit, on sent son cœur battre plus vite, on se prend d'amitié pour ces personnages un peu trop bons qui nous poussent à devenir meilleurs. On pardonne la rapidité du récit et l'intensité de sentiments très récents, les retournements de situations un peu romanesques et les happy endings à répétition. Car Susie Morgenstern nous offre un panorama de l'amour, dans sa diversité et sa complexité, pour nous faire comprendre que rien n'a plus d'importance. C'est joli, c'est frais, et on regrette presque d'avaler si vite ces 302 pages.

"Ceux qui pensent que les sorciers sont des super-héros n'y connaissent rien."

jeudi 12 mars 2015

Mauve de Marie Desplechin
Ce livre est la suite de Verte et de Pome, tous trois parus à l'Ecole des Loisirs.
Présentation: Mais… mais qu’est-ce qui se passe, en ce moment ? Pome est d’une humeur terrible, Verte va s’enfermer dans sa chambre. On les connaît pourtant, cela ne leur ressemble pas du tout. Une crise d’adolescence ? Ce serait trop facile. La fatigue ? Certainement pas. Lorsque Pome revient des cours avec un bleu au visage, le doute n’est plus permis : quelque chose ne va pas. Depuis l’arrivée d’une nouvelle au collège, tout semble détraqué. Une nouvelle… quelle nouvelle ? Verte et Pome ne veulent absolument pas en parler. Dès que l’on prononce son nom, une scolopendre surgit ! Et que fait la police dans ces cas-là ? Et que font les sorcières ?
Les petites héroïnes Verte et Pome ont grandi. Dans ce troisième tome de leurs aventures, on les retrouve adolescentes, et le moins que l'on puisse dire, c'est que tout ne tourne pas rond. Une nouvelle, à l'école, semble les avoir désignées comme victimes. Les deux demoiselles, et surtout Pome, deviennent la cible des moqueries, des injures et parfois même de coups dans la cour du collège... Mais que se passe-t-il?

Comme dans les deux précédents livres, le récit est mené à plusieurs voix. La grand-mère Anastabotte, le grand-père Ray, les mères Ursule et Clorinda, le jeune Soufi, tous se retrouvent à un moment narrateur d'une histoire dont ils sont tous les victimes. En s'entraidant, avec humour et courage, ils parviendront sans doute à surmonter les obstacles et à régler cette situation cauchemardesque!

Dans Mauve, Marie Desplechin semble d'abord nous parler de la crise d'adolescence. Très vite, elle nous mène sur la voie du harcèlement scolaire, pour finir par nous pointer du doigt le vrai Mal, celui qui ronge une société et qui pourrit les hommes de l'intérieur : ce sont les idées faciles, dont il faut toujours se méfier, car ce sont elles qui créent les boucs émissaires et qui masquent la réalité. L'auteur nous entraîne donc avec délicatesse d'un simple récit de gamines embêtées à l'école vers une fable fantastique où tout un chacun peut voir une critique juste et franche de notre société actuelle.

En revisitant le thème de la chasse aux sorcières, c'est un roman intelligent et vif que signe cette fois-ci Marie Desplechin. Les lecteurs de tout âge y trouveront leur compte, même si j'ai trouvé qu'il y avait trop de clins d'oeil aux adultes pour que le roman soit complètement accessible aux plus jeunes. En effet, Gérard et Ursule, anciens amants et parents de Verte, semblent avoir énormément de mal à communiquer et à se comprendre ; Anastabotte vit dans le souvenir de son défunt mari tout en essayant de profiter de la vie en côtoyant Ray ; Clorinda pète un plomb en croisant chaque jour des voisins bien-pensants qui la jugent du regard... Fort heureusement, tous trouveront des solutions à leurs problèmes grâce au courage et aux talents de Pome, Verte et Soufi. 

Un très chouette instant de lecture qui passe à une vitesse folle, mené avec un style dynamique et drôle, sans jamais verser dans le dramatique malgré les thèmes abordés. En bref, je vous le conseille fortement, surtout si vous êtes nostalgiques des petites héroïnes rencontrées quand vous étiez plus jeunes!
 
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