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“I feel as if I’m waiting for something dreadful to happen, and then I realize it already has.”

jeudi 16 mars 2017

Lors de mon séjour à Édimbourg l'an dernier, j'étais revenue avec une sacrée pile de livres, que je m'attelle doucement à faire descendre. Et parmi ces ouvrages se trouvait le superbe Life after life de Kate Atkinson, paru ici chez Black Swan mais disponible en français sous le titre Une vie après l'autre d'abord chez Grasset puis au Livre de poche.

11 février 1910 : Ursula Todd naît – et meurt aussitôt.
11 février 1910 : Ursula Todd naît – et meurt, quelques minutes plus tard, le cordon ombilical enroulé autour du cou.
11 février 1910 : Ursula Todd naît – le cordon ombilical menace de l’étouffer, mais cette fois le médecin est là pour le couper, et Ursula survit…
Ursula naîtra et mourra de nombreuses fois encore – à cinq ans, noyée ; à douze ans dans un accident domestique ; ou encore à vingt ans, dans un café de Munich, juste après avoir tiré sur Adolf Hitler et changé ainsi, peut-être, la face du monde…
Établis dans un manoir bucolique du nom de Fox Corner, les Todd portent sur leur environnement le regard distancié, ironique et magnanime de ceux que les tragédies de l’Histoire épargnent. Hugh, le père, travaille à la City, tandis que Sylvie, la mère, reste à la maison et élève ses enfants à l’ancienne. Mais le temps, en la personne d’Ursula, va bientôt se détraquer, se décomposer en une myriade de destins possibles qui vont, chacun à sa manière, bouleverser celui de la famille…
Si l’on avait la possibilité de changer le cours de l’histoire, souhaiterions-nous vraiment le faire ?

Nous voilà face à un texte qui reprend le concept du "et si?" en le transposant au début du vingtième siècle dans une famille bourgeoise britannique. Ursula, le personnage que nous suivons au cours de ses innombrables vies, est une petite fille et une jeune femme brillante, un peu perdue dans les destins qui s'ouvrent à elle, et qui subit régulièrement l'assaut de déjà-vus si vivaces qu'on dirait des souvenirs.

Au fil des pages, des années et des différentes vies, on la suivra de sa chambre d'enfant jusqu'aux montagnes bavaroises, en passant par les décombres d'un Londres bombardé, une maison triste aux abords d'une école, des cafés chics et des trains brinquebalants. Kate Atkinson profite de son personnage aux mille vies pour nous dresser un portrait complet de la Grande-Bretagne et plus largement de l'Europe de la première moitié du vingtième siècle ; la montée des nationalismes, l'évolution des mœurs, les progrès technologiques, l'envie et la peur de tendre la main vers l'autre, les langues qui sont des barrières et des ponts, les amitiés et les amours qui sont toujours complexes et imparfaites...

L'auteur explique dans une postface enrichissante qu'elle a voulu faire un roman pour essayer de définir la britishness, sur les qualités, les défauts et les petites étrangetés qui font de la nation britannique ce qu'elle est, et j'ai personnellement trouvé que c'était très réussi. On y trouve l'humour pince-sans-rire, les rituels autour du thé, le flegme et la noblesse, la retenue qui dissimule la fragilité, le petit cheminot et le grand ministériel, les petites mains et les gros bonnets... Si vous êtes attirés par la culture britannique, je vous en prie, foncez, c'est un délice!

Le petit twist auquel je ne m'attendais pas et qui m'a beaucoup plu, c'est que l'on évoque à peine l'étrangeté de la condition d'Ursula. A-t-elle un pouvoir particulier qui lui permet de recommencer sa vie chaque fois qu'elle se termine? Ou bien est-ce le cas de tout le monde? Y a-t-il une explication surnaturelle ou plutôt philosophique? On ne vous donne pas la réponse, et l'on vous pose plutôt une question... Et vous, qu'auriez-vous fait différemment? Que pouvez-vous encore changer? La vie que vous vivez est-elle la meilleure qu'il vous était possible d'avoir?

Un très beau roman, dense et riche, que je vous conseille fortement si les sujets cités plus haut vous intéresse. Et en plus, c'est une très joli saga familiale, pour les amateurs du genre! Alors, qu'attendez-vous?


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"Mais combien serons-nous à voir la fin du cauchemar ?"

lundi 27 février 2017

Pour la première fois cette année, je me suis donné le challenge de lire en entier l'une des sélections du prix des Incos. Quoi, vous ne connaissez pas les Incos? Cliquez ici tout de suite! Ce prix, remis par des centaines de jeunes lecteurs et dont les titres sont sélectionnés avec soin par des dizaines de professionnels, est une institution de la littérature jeunesse. Cette année, j'ai voulu lire la sélection troisième/lycée! Et je vous parle aujourd'hui de Lever de rideau sur Terezin, publié chez Bayard et écrit par Christophe Lambert.

Novembre 1943. Après des mois à se terrer à Paris, dans une chambre de bonne, le célèbre dramaturge juif Victor Steiner est arrêté et déporté. Étant donné sa notoriété, on lui a promis « un traitement spécial » : on l’envoie en Tchécoslovaquie, à Terezín, un camp qui ressemble à une petite ville. À première vue. Car il y règne tout autant de violence que dans les autres camps nazis. Mais Steiner a la surprise de s’y découvrir un fan : un officier SS qui lui commande une pièce. Elle devra être jouée lors d’une visite de contrôle de la Croix-Rouge internationale, dans le grand théâtre de Prague. Écrire pour les nazis ? Steiner s’y refuse. Mais il n’a pas le choix, et la Résistance interne au camp finit de le décider : ce spectacle pourrait être l’occasion de faire évader des prisonniers…
Un hommage à l’art, la liberté et l’amitié.

Je vais vous avouer quelque chose... C'était le roman qui m'attirait le moins dans la sélection. Du coup, je l'ai lu en dernier... Et j'ai été agréablement surprise! En littérature de jeunesse, il est difficile de se renouveler sur le thème de la Seconde Guerre Mondiale, sujet mille fois traité pour coller au programme scolaire et parfois clairement téléguidé. 

Mais ici, non. On suit Steiner dans un camp un peu différent des autres (même si l'horreur s'y complaît à merveille) car c'est un camp qui accueillait les prisonniers "célèbres". Contraint à écrire pour jouer une mascarade lors d'une visite de la Croix Rouge, on le suit dans le dédale de l'écriture, et ce qui s'apparentait à un énième roman sur la Shoah devient une ode à l'inspiration, la liberté, l'écriture et la poésie. Le théâtre, souffle qui maintient le héros en vie, éclaire le roman d'une lumière d'espoir. On se surprend à vouloir relire des classiques de Molière où des pièces de Beckett, de revisiter les textes mille fois étudiés en classe et qui s'ornent soudain d'une aura salvatrice et nouvelle.

Et puis c'est aussi un très beau livre sur l'amitié, les liens qui se tissent dans l'adversité, la difficulté de faire confiance aveuglément et la délicate réalisation que le monde n'est ni tout blanc, ni tout noir. Une belle surprise!

Pour aller plus loin, vous pouvez nous rejoindre sur le groupe facebook dédié où Audrey et Nathan organisent des lectures communes et des activités autour des livres de cette sélection!


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