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lundi 11 mai 2015

"Tandis que l’intelligence se divise aisément, la bêtise, malheureusement, a tendance à se multiplier..."

J'essaie de lire un maximum de titres destinés à la tranche "8-12 ans" parce que c'est vrai que dans tout ce marasme éditorial, il est parfois difficile de reconnaître les bonnes histoires des torchons commerciaux. Et voici le lauréat de la moisson du mois d'avril, un coup de cœur drôle et intelligent dont je vais vous parler tout de suite!

Caprices? C'est fini! fut d'abord pour moi un jeu de mots un peu maladroit. Je doute que le public cible soit familier de la chanson d'Hervé Vilard. Et puis je n'adhérais pas beaucoup à la couverture criarde. Mais bon, parfois il faut plonger dans une oeuvre pour en saisir l'essence.

Et pour plonger, j'ai plongé! Il est ici question d'une princesse qui n'a que ses caprices à la bouche, d'un roi paresseux et colérique qui lui cède sans cesse pour avoir la paix, d'un concours impossible pour essayer de marier la donzelle et s'en débarrasser, et d'un jeune bûcheron d'abord un peu simplet qui se révélera malin, drôle et plein de ressources.

Le récit a donc la forme du conte traditionnel (épreuves, morales, personnages types, rebondissements, rythme ternaire), mais pour mieux la détourner et servir des principes on ne peut plus contemporains : un jeune bûcheron sorti de sa forêt demande à un roi de lui embrasser les fesses, une princesse colérique et pourrie-gâtée finit par devoir prouver sa valeur, un homme mystérieux dissimule ses pouvoirs magiques dans les poils gras de sa barbe... Pierre Delye joue avec nous, nous prépare à voir débarquer une bonne fée et nous livre à sa place un ermite/clochard/foldingue, on s'attend à ce que la princesse soit une récompense quand, en fait, ses soucis ne font que commencer... C'est fin et bien mené, j'ai adoré! J'ai également beaucoup aimé voir s'affairer toutes les petites gens qui font tourner un château, une capitale ou une auberge, tous les cuisiniers, gouvernantes, soldats et autres petites souris discrètes souvent évincés de la scène principale et sans qui pourtant tout ce beau monde ne pourrait mener la belle vie.

Et puis, le texte est un délice. Emprunt de modernité et d'oralité, il donne envie de lire le livre à voix haute. Les paragraphes sont complétés de notes de bas de page qui ajoutent du piment au récit, le narrateur intervenant sans cesse pour faire des clins d’œil au lecteur. C'est rafraîchissant et donne à ce conte qui pourrait avoir tout de classique un air de spectacle littéraire qu'on suit avec plaisir.

Je n'ai d'ailleurs capté qu'après-coup que l'auteur de ce chouette roman était l'auteur d'un tas d'albums devenus des classiques du genre, des incontournables tels que Le Petit Bonhomme des Bois, Sssi j'te mords, t'es mort! ou encore La grosse faim de P'tit Bonhomme. Belle petite claque.

Premier roman de Pierre Delye, Caprices? C'est fini! est une réussite qui revisite avec brio les clichés du conte traditionnel, portée par un texte où s'exprime tout le talent du conteur. Entre fable sociale et farce merveilleuse, un fantastique petit roman à mettre entre toutes les mains.

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