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vendredi 21 octobre 2016

"Celui qui sait lire peut comprendre le monde. Celui qui écrit peut le changer."


Il était une fois un vieux chapiteau de cirque à l'orée d'une forêt sombre et profonde : c'est là que vit la Petite avec sa famille, une ancienne troupe de saltimbanques. Depuis très longtemps ils ne donnent plus de spectacle, mais ils tissent autour de la gamine un cocon protecteur d'histoires et de légendes.

Un jour, un chantier gigantesque vient tout bouleverser: le campement va être rasé et la Petite est envoyée à l'école du village. Elle va alors faire appel aux forces obscures de la forêt pour tenter de sauver les siens.


La langue des bêtes de Stéphane Servant est paru en 2015 aux éditions du Rouergue. Outre une couverture superbe qui me paraissait pleine de promesses, je voulais absolument découvrir la plume de l'auteur du Cœur des louves. Rien de mieux que l'automne, les premières grandes pluies et les soupes aux champignons pour plonger dans ce récit enchanteur.

Nous nous retrouvons dans un cirque oublié entre une forêt et une décharge automobile. Là vivent une poignée de personnages improbables, rêveurs et ermites qui vivent des histoires qu'ils ont tissées pour tenir debout, tous ensemble. Petite, la jeune héroïne de notre roman, est un feu follet vêtu de robes à paillettes et de bottes en caoutchouc, qui traque les renards avec son ogre de père et tente d'attraper le regard fuyant de sa funambule de mère. Elle se nourrit littéralement de livres et de papier, ne sait pas forcément démêler le rêve de la réalité, vit de mysticisme, de contes et de croyances presque païennes. Les derniers habitants du cirque, un lion édenté, un marionnettiste désenchanté, un clown triste et un nain cynique constituent son unique et étrange famille. 

L'automne arrive, et avec lui, l'annonce de la fin du rêve. Petite, bien malgré elle, grandit. Le présent devient peu à peu le passé au fur et à mesure que les hommes en orange construisent une autoroute pour connecter le Village et la Ville. L'ogre redevient un homme, la mère un fantôme, les histoires des fadaises et la vie un mensonge. Nous accompagnons Petite sur un chemin initiatique où elle devra décider de ce qu'elle croit. Les histoires sont-elles vraies? Ont-elles un pouvoir? Quel est le devoir de celui qui raconte? Comment rallumer les cœurs éteints? Et puis, dans l'ombre de la forêt, rôde la Bête, créature de Frankenstein à laquelle Petite, sans le vouloir, a donné une vie triste et mélancolique.

Dans un récit emprunt sans cesse d'une poésie qui sert le cœur et fait mouiller les yeux, Stéphane Servant nous interroge sur le rôle de la fiction au sein de nos vies. Dans un monde où tout va plus vite, où être, c'est avoir, et où plus personne ne croit aux magiciens et aux funambules, que faire de nos rêves et de nos histoires? Le conte est présenté ici non seulement comme un lien entre les hommes, mais aussi comme un bien précieux et nécessaire dont on sous-estime le pouvoir. Il nous questionne également sur ce qui fait que l'on considère quelqu'un de fou : il est souvent plus facile de rejeter la différence et l'originalité pour ne pas remettre en question notre propre point de vue, n'est-ce pas?

Un énorme, gigantesque coup de coeur pour ce roman mélancolique et doux que je relirai encore, et encore, tant que les mots auront des pouvoirs magiques.


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2 commentaires :

  1. Ah il fait partie de mes prochaines lectures celui la ! Du coup je n'ai pas lu ta critique en entier, juste la fin, et ça me donne encore plus envie de le commencer hihi

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    1. Lis-le! C'est presque un ordre! C'est mon énorme coup de coeur de l'année, je suis sûre qu'il va te plaire!

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