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"C'est trop jeunesse" ou comment les adultes expriment malgré eux leur mépris pour l'enfance.

mercredi 20 août 2025

Cela fait longtemps que je veux aborder un petit sujet qui me cause de gros soucis. Rien de grave, rien de terrible, vraiment, on peut tout à fait vivre sa vie avec honnêteté et bienveillance sans jamais avoir à se préoccuper de cette question.

Par contre si vous êtes quelqu’un qui lit et qu’il vous arrive de lire de la littérature de jeunesse, lisez-moi bien attentivement.

Dans ce domaine-là, je commence à m’y connaître : dix ans de librairie spécialisée, des centaines d’albums, de cartonnés et de petits romans dévorés, bref vous devriez déjà le savoir, c’est ma came et mon cheval de bataille. Et il y a une phrase qui me donne envie de prendre des gens en otage pour leur faire un petit cours particulier bien musclé.

Une phrase que je lis et entends partout. Dans la bouche de mes client·e·s, dans les avis de lecture sur les réseaux sociaux, dans les commentaires des parents, dans les pitchs que font mes représentant·e·s, et même parfois quand mes proches me parlent des derniers livres qu’ils ont lus. Ça me chatouille la veine de la tempe façon personnage de manga et je dois faire chaque fois preuve de beaucoup de patience pour que ça ne finisse pas en bras de fer de vocabulaire.

Alors à la place j’écris sur mon petit blog, franchement ça pourrait être bien plus violent cette histoire, je prends vachement sur moi.

Mais Jeanne, quelle est cette phrase, me demanderez-vous?

C’est ce petit commentaire à l’allure innocente, celui que l’on fait quand on ferme un roman jeunesse et qu’on hausse les épaules (parfois avec un peu de dédain) :

“C’est trop jeunesse.”

Parfois, pour certain·e·s de mes client·e·s, c’est une question:

“Vous êtes sûre Madame la Libraire? Ce n’est pas un peu trop ‘jeunesse’?


"C’est trop jeunesse" Mais qu’est-ce que ça veut dire?!

On inspiiiire, on expiiiire…

Ce n’est qu’une petite phrase de rien du tout, prononcée sans penser à mal, mais il faut que cela cesse.

Je sais ce que vous voulez dire. Vous voulez dire : “Je me suis ennuyé·e”, “C’était trop cliché”, “L’écriture est vraiment pas ouf”, “C’était très commercial”, “L’intrigue est trop facile”, “Je ne m’identifie pas aux personnages”, “…

…”Ce n’est pas de la vraie Littérature”.

Si, si, au fond, c’est un petit mélange de tout ça, que ça signifie. Je le sais, parce qu’il suffit qu’un roman jeunesse soit particulièrement aimé par les adultes pour qu’on entende très facilement une autre phrase:

C’est tellement bien que ça pourrait être de la littérature pour adultes.”

Ou bien sa sœur jumelle : “Je n’aurais jamais cru que c’était de la jeunesse.

Surprise! Dès qu’un roman jeunesse rencontre à la fois un succès d’estime et un succès populaire, c’est simple : on essaie de l’extraire de son rayon et on l’habille de bandeaux et de compliments pour le faire passer pour un roman “vieillesse” qu’on a gentiment prêté un temps aux enfants.

Quand “jeunesse” est utilisé comme un adjectif en littérature, c’est pour désigner les livres qui sont pensés, écrits, édités, produits et promotionnés pour les enfants. “La littérature jeunesse”, c’est un terme relativement très récent qui désigne une catégorie de productions littéraires pour la jeunesse, dont les contours sont flous et évoluent en même temps que les “jeunes” eux-mêmes. A chaque époque le rapport de la société à sa jeunesse change et la catégorie même des “jeunes” ne signifie pas la même chose dans l’Amérique des années 50 et dans la France de 2025.

Ma première vidéo sur Youtube, c'était pour définir la littérature jeunesse!
Si ça vous dit, la voilà!

MAIS quand “jeunesse” est utilisé comme un adjectif pour définir la qualité d’un texte et bah désolée, ça ne veut rien dire.

C’est un mot fourre-tout dans lequel, sans le savoir, on véhicule finalement une méconnaissance et un mépris pour la (littérature) jeunesse.

Mais qu’est-ce que je peux dire alors?!

Pas de panique, je ne vais pas vous laisser comme ça. Voici une petite liste de conseils pour convenablement critiquer votre texte jeunesse.

Au lieu de dire “C’est trop jeunesse”:

  • quand ça signifie “J’ai l’habitude de lire des textes différents” (intrigues plus complexes, écriture plus exigeante, sujets plus sombres ou plus matures, scènes plus difficiles…) → “C’est trop différent de ce que je lis d’habitude” ou si vous n’avez pas accroché, “Ce n’est pas pour moi”. Vous avez le droit de vous dire que ce n’est pas votre came, mais ne mettez pas tout sur le fait que c’est un livre pour enfants. Quelqu’un qui n’aime pas lire de thrillers et qui essaie un roman bien glauque avec des gens coupés en tous petits morceaux qu’on retrouve aux quatre coins d’une ferme abandonnée, je peux vous dire qu’iel va penser la même chose : “Ce n’est sans doute pas mauvais, mais ce n’est vraiment pas pour moi” (et iel ne dira jamais “c’est trop thriller”).
  • quand ça signifie “J’ai lu ça cent fois” (motifs qui reviennent souvent, dynamiques de personnages qu’on a beaucoup vues, manque d’originalité dans l’univers créé…) → Critiquez le genre. Surprise, en littérature jeunesse, il y a quasiment tous les genres représentés en littérature vieillesse. Et si vous trouvez que vous lisez trop d’histoires à base de “iel-est-l’élu·e-mais-ne-l’a-pas-décidé-et-iel-doit-sauver-le-monde-d’une-menace-magique-à-l’aide-de-ses-deux-ami·e·s”, questionnez la surabondance de clichés dans la fantasy.
  • quand ça signifie “Tous les livres jeunesse que j’ai lus se ressemblent je n’en peux plus” → Critiquez la surproduction littéraire. Il n’y a jamais eu autant de livres publiés, je peux vous dire que les libraires n’en peuvent plus non plus, que naviguer dans les programmes de nouveautés donne le tournis. Il y a trop de livres, et beaucoup n’existent que parce qu’il faut surfer sur des tendances sans avoir de véritable qualité littéraire. Ça peut être étouffant et c’est légitime!
  • quand ça signifie “C’était nul” (incohérences, écriture mauvaise, personnages qui font des choix absurdes, aucune surprise…) → “C’était nul”. Beh oui, comme en littérature vieillesse, des fois les livres sont nuls. Alors ne soyez pas vaches, n’allez pas étaler votre déception sur les réseaux sociaux, pensez aux cœurs des auteur·rice·s. Et avec vos proches, argumentez votre propos : qu’est-ce qui était nul à vos yeux, exactement?
  • et quand ça signifie “Je n’ose pas dire que j’aime lire de la littérature jeunesse parce que je suis un·e adulte respectable qui lit de vrais livres” → effectivement, vous n’étiez pas le public cible pour ce bouquin, il n’empêche que vous avez le droit de l’apprécier et de passer un bon moment. Il n’y a pas plus puéril que d’avoir peur d’avoir l’air puéril, non? Essayez plutôt : “C’était vachement chouette j’ai passé un bon moment” 😀

Et dernier point, au lieu de dire “C’était super pour de la jeunesse”, dites: “C’était super”. Enlevez le jugement de valeur, admettez que vous avez juste aimé votre lecture, même si vous faites partie d’un public accidentel pour ce titre. Et si vous devez argumenter auprès d’un·e proche qui hausse les sourcils quand il comprend que le livre dont vous parlez s’achète au rayon enfants, n’hésitez pas à vous inspirer de mon article pour le sortir de ses a priori.


Ce que ça dit de notre rapport à l’enfance

Je n’ai pas fait de recherches théoriques mais il me semble qu’être sans cesse surpris de trouver des œuvres de qualité quand elles sont adressées à la jeunesse, ça montre que notre société a beaucoup de mépris pour l’enfance. Qu’on ne l’écoute pas, qu’on ne la regarde pas, qu’on ne la prend pas en considération, qu’on estime qu’elle ne mérite pas d’avoir de belles œuvres parce qu’elle ne saura pas les apprécier.

C’est Clémentine Beauvais qui écrivait sur son blog : “Les adultes doivent apprendre à accepter l’existence d’une littérature d’excellence dont ils ne sont pas les destinataires privilégiés.” Il n’y a pas à se sentir exclu·e parce que le livre que vous avez aimé se trouve dans un rayon qui ne vous est pas dédié. Les enfants s’emparent de la littérature vieillesse tout le temps, vous avez le droit de faire des incursions en littérature jeunesse et d’aimer ça, même si ça n’a pas été écrit pour vous.

J'ai fait il y a quelques années une vidéo sur l'intérêt de lire de la littérature jeunesse
quand on n'est plus un enfant, je l'aime encore beaucoup!

Et vous avez peut-être dévoré La Passe-Miroir en vous demandant bien ce que ça faisait au rayon ado, n’empêche que ça a été écrit, édité, publié et promotionné pour des ados. Ça ne veut pas dire que vous devez vous excuser ou vous expliquer sur le plaisir que vous avez eu à lire cette série.

Je conclurai en disant que “C’est trop vieillesse de mépriser la littérature jeunesse”.

Et bim.

Il y a encore plein de choses à dire et je ferai sans doute un second article sur ce sujet, mais je suis curieuse d'avoir vos ressentis, n'hésitez pas à me laisser quelques commentaires pour me dire ce que vous pensez de tout ça!



Manifeste pour la littérature jeunesse de demain

lundi 21 avril 2025

Cet article a été écrit pour le n°100 de Citrouille, la revue des librairies Sorcières (spécialisées en littérature jeunesse). On y fête bien sûr le numéro 100 du magazine, et j'ai voulu écrire un petit quelque chose pour imaginer la littérature jeunesse de demain!

Vous pouvez retrouver Citrouille en consultation gratuite sur le site Citrouille Hebdo, et feuilleter ce numéro en cliquant ici ou en le réclamant dans votre librairie sorcière préférée (il est gratuit!).

La littérature jeunesse a toujours été une éclaireuse. Elle est la marmite magique où bouillonnent les idées nouvelles, les utopies ensoleillées et les lendemains qui chantent.

Ces dernières décennies, on a vu déferler dans les rayons des livres un peu moins roses et bleus, blancs, neurotypiques, validistes. Quelle bouffée d’air frais! Enfin, les livres que nous mettions à disposition de la jeunesse représentaient un peu mieux la vraie vie, riche et pétillante. Ces tendances suivaient les mouvements sociaux : les soulèvements lors de #MeToo ou de #BlackLivesMatter, de meilleures compréhensions des troubles neuroatypiques, un climat propice à une plus grande expression des identités LGBTQIA+, une prise de conscience croissante de l’urgence climatique…

Mais il y a encore du chemin à faire, et à l’heure où les fascismes montent en puissance partout dans le monde et les discours de haine décomplexés pullulent dans la sphère publique, les auteur·ices, éditeur·ices et illustrateur·ices ont un rôle à jouer. Et les libraires, médiathécaires, professionel·les du livre et de l’enfance se doivent d’accompagner les efforts éditoriaux pour encourager la jeunesse à cultiver l’espoir, l’empathie et la joie d’être soi-même.

Alors profitons de ce centième numéro de Citrouille pour imaginer de nouvelles recettes. Coiffons nos chapeaux pointus et penchons-nous sur notre chaudron : essayons d’y mettre ensemble, professionnel·les du livre, lecteur·ices curieux·ses et rêveur·ses de demain, les ingrédients pour une littérature jeunesse plus savoureuse.

D’abord, laisser la parole aux personnes concernées. La plupart des récits ownvoice* que nous avons en littérature jeunesse en francophonie sont des traductions de l’anglais. L’édition française est encore frileuse à l’idée de publier des livres écrits par des auteur·ices minorisé·es, prétextant parfois que cela rendra le texte “communautaire” ou “trop niche” et qu’il n’aura pas de succès commercial. Les maisons d’édition préfèrent miser sur des succès qui ont fait leurs preuves en anglophonie pour diversifier leur catalogue plutôt que de défendre des textes francophones. Il y a donc très peu de textes qui représentent la spécificité francophone de certaines expériences minorisées. Par exemple, nous avons des dizaines de romans young adult, dans la veine de The Hate U Give d’Angie Thomas, qui dépeignent le racisme systémique américain : nous avons encore trop peu de récits qui mettent en scène ce que c’est d’être noir·e en France, pays qui a une histoire coloniale et un rapport à la race très différents des Etats-Unis.

*ownvoice : ”sa propre voix” en anglais : terme créé par Corinne Duyvis, il signifie que le livre, s’il parle d’une personne ou d’un groupe marginalisé, a été écrit par quelqu’un qui fait partie de ce même groupe marginalisé.

Attention, il n’est pas question d’interdire aux auteur·ices d’écrire sur des sujets qui ne les concernent pas directement! Tout le monde peut s’emparer de tous les sujets! Mais il serait peut-être judicieux de systématiser le recours à des spécialistes de la relecture sensible. La relecture sensible consiste à faire appel à un·e spécialiste du sujet dont il est question dans le livre, qui est généralement concerné·e par la question, pour qu’il ou elle apporte un éclairage sur le texte et indique les problématiques liées à certaines expressions ou façon d’écrire les personnages. Par exemple, il ou elle peut suggérer l’utilisation d’une autre expression à la place de celle employée initialement pour décrire le physique d’un personnage, en expliquant que le texte original est porteur de biais discriminants. Libre à l’auteur·ice de prendre ces suggestions en compte : le tout est de prévenir que “cette phrase tournée de cette façon peut faire du mal à quelqu’un” (Kanelle Valton, relectrice sensible). Cette pratique est systématique dans les pays anglo-saxons, et de plus en plus de spécialistes proposent leurs services en France.

On aimerait beaucoup que les personnes marginalisées puissent vivre des aventures entre les pages qui ne soient pas en rapport avec leur marginalisation. On veut plus de petites héroïnes grosses qui vivent autre chose qu’une histoire de régime, des petits héros malentendants qui explorent des mondes magiques, des adolescents neuroatypiques qui vivent une grande histoire d’amour, des jeunes gens non-blancs qui vivent autre chose que des violences policières! La réalité est bien plus inventive que la fiction, il faut s’en inspirer! Il pourrait être aussi intéressant de développer l’accessibilité à la lecture pour les publics empêchés : à l’heure où les diagnostics de troubles dyslexiques et de troubles de l’attention se multiplient, s’assurer que les catalogues soient les plus accessibles possibles permet à certains publics éloignés de la lecture de s’en emparer. On aimerait plus de livres dys, de livres en FALC*, de livres audios dès la sortie des titres, et pas des adaptations dix ans plus tard!

*FALC = Facile à Lire et à Comprendre. C'est une méthode qui a pour but de traduire un langage classique en langage compréhensible par tous. Le texte ainsi simplifié peut être compris par les personnes en situation de déficience intellectuelle, mais aussi par d’autres comme les personnes dyslexiques, malvoyantes, les personnes âgées, les personnes qui maîtrisent mal le français.

Enfin, il conviendrait peut-être que chaque maison d’édition questionne son catalogue, que chaque librairie interroge son assortiment, que chaque médiathèque étudie son fonds, afin de vérifier que toutes et tous peuvent se sentir visibles. L'invisibilisation est la grande ennemie de l'altruisme et de l'ouverture d'esprit, alors rendre visible est un acte politique et humaniste. Rendre visible, c'est valider le droit à toutes les expériences humaines d'exister et de prendre de la place. Il existe des tas de ressources pour diversifier sa bibliothèque, il faut s’en emparer.

Nous avons donc déjà à notre portée tous les ingrédients qu’il nous faut : à nous de trouver une recette épatante pour qu’au numéro deux cents de Citrouille, nous soyons fières du chemin parcouru!

Je suis curieuse de connaître votre avis sur ces questions! N'hésitez pas à me laisser des commentaires pour me dire ce que vous, vous espérez voir dans la littérature jeunesse de demain!

10 romans pour découvrir le Young Adult

lundi 20 avril 2020

Le young adult est probablement la catégorie, en littérature de jeunesse, qui séduit le plus les adultes. Ces romans trop matures pour les petits, mais qui mettent en scène des personnages et des questionnements propres au passage à l'âge adulte, ont le vent en poupe depuis près de vingt ans et ce n'est pas près de s'arrêter. Pour ceux d'entre vous qui aimeraient découvrir les incontournables de cette catégorie de lectures, pour les curieux qui veulent lire des choses nouvelles, ou pour les sceptiques qui ont du mal à trouver des textes de qualité, j'ai concocté cette sélection des 10 meilleurs romans young adult que j'ai pu lire. Profitez de vos bibliothèques, empruntez-les à des proches ou réservez-les dans votre librairie indépendante préférée!


Aristote et Dante découvrent les secrets de l'univers - Benjamin Alire Saenz


Ari, quinze ans, est un adolescent en colère, silencieux, dont le frère est en prison. Dante, lui, est un garçon expansif, drôle, sûr de lui. Ils n'ont a priori rien en commun. Pourtant ils nouent une profonde amitié, une de ces relations qui changent la vie à jamais... C'est donc l'un avec l'autre, et l'un pour l'autre, que les deux garçons vont partir en quête de leur identité et découvrir les secrets de l'univers.

Désormais un classique de la littérature young adult contemporaine, ce récit fait gonfler le cœur et donne envie de partir à la conquête du monde en dépassant ses angoisses. Un texte intelligent, plein d'émotions et de bienveillance, avec des personnages solaires inoubliables. C'est un roman important qui véhicule des idées positives et inclusives et qui, je trouve, représente bien ce moment étrange de l'adolescence où l'on se sent au bord d'un précipice et qu'on n'a que deux choix : s'envoler ou tomber.
Il y a des réflexions philosophiques sur les façons de conduire sa vie (les héros ne s'appellent pas Aristote et Dante pour rien), et si les questionnements restent parfois trop en surface, cela suffit à interroger suffisamment les lecteur.ice.s pour les marquer et les inviter à prendre du recul sur leurs propres vies.
Rien que d'écrire cette mini-chronique j'ai envie de le relire.


Les Petites Reines - Clémentine Beauvais



À cause de leur physique ingrat, Mireille, Astrid et Hakima ont gagné le « concours de boudins » de leur collège de Bourg-en-Bresse. Les trois découvrent alors que leurs destins s’entrecroisent en une date et un lieu précis : Paris, l’Élysée, le 14 juillet. L’été des « trois Boudins » est donc tout tracé : destination la fameuse garden-party de l’Élysée! Et tant qu’à monter à Paris, autant le faire à vélo – comme vendeuses ambulantes de boudin, tiens ! Ce qu’elles n’avaient pas prévu, c’est que leur périple attire l’attention des médias… jusqu’à ce qu’elles deviennent célèbres! Entre galères, disputes, rigolades et remises en question, les trois filles dévalent les routes de France, dévorent ses fromages, s’invitent dans ses châteaux et ses bals au fil de leur odyssée. En vie, vraiment.

Le roman qui a véritablement révélé le talent de Clémentine Beauvais au grand public. Les trois boudins des Petites Reines sont des personnages hauts en couleurs, vivants, pétillants et drôles. J'ai un énorme crush pour Mireille Laplanche, narratrice cynique et insolente qui n'a pas sa langue dans sa poche et qui n'a pas son égale pour créer des métaphores éclatantes de malice et d'intelligence. Un regard détaché et rebelle sur les réseaux sociaux et les injonctions à la minceur, en plus d'un road-trip burlesque tendre et plein de vie. Un trésor qui donne la pêche! Si vous voulez en savoir plus, j'avais fait une chronique plus détaillée ici!


Nous les filles de nulle part - Amy Reed


À : destinataires cachés
De : LesFillesdeNullePart
Chères amies,
Vous en avez marre ? Vous avez peur ?
Vous en avez marre d'avoir peur ?
Vous êtes en colère ?
On sait ce qu'ils ont fait. Spencer Klimpt, Eric Jordan et Ennis Calhoun. On sait qu'ils ont violé Lucy. On sait qu'ils ont fait du mal à d'autres, probablement beaucoup d'entre nous. On sait qu'ils recommenceront.
Vous êtes prêtes à agir ? À ne plus vous taire ?
Rejoignez-nous. Ensemble nous sommes plus fortes qu'eux.
Nous ne nous tairons plus.
Nous les Filles de Nulle Part.

On s'attaque dans ce roman au sexisme, et plus particulièrement à la culture du viol. Dans ce lycée d'une petite ville américaine, on laisse tout faire aux membres de l'équipe de football. Les victimes de leurs soirées malsaines sont méprisées, insultées et sont poussées à changer de lycée ou pire, à se suicider. Ce texte invite les jeunes filles et les garçons à se serrer les coudes pour faire éclater la justice et faire que la honte change de camp. Un roman puissant, important, un cri d'amour à la sororité, qui devrait se trouver dans tous les établissements scolaires pour aider à faire éclater des vérités qui dérangent.


Vango - Timothée de Fombelle


Paris, 1934. Devant Notre-Dame une poursuite s'engage au milieu de la foule. Le jeune Vango doit fuir. Fuir la police qui l'accuse, fuir les forces mystérieuses qui le traquent. Vango ne sait pas qui il est. Son passé cache de lourds secrets. Des îles siciliennes aux brouillards de l'Ecosse, tandis qu'enfle le bruit de la guerre, Vango cherche sa vérité. Un héros inoubliable et romantique, une aventure haletante, envoûtante, empreinte d'humour et de poésie.

Vango est une aventure inclassable, qui a séduit tant les adolescent.e.s que les adultes, et qui transcende les genres pour nous offrir une expérience de lecture poétique et romantique. La grande force de ce texte, c'est la plume de l'auteur, qui nous aide à nous envoler à travers une Europe belle de ses différences, malade de ses intolérances.

Un jeune garçon en quête de la vérité sur ses origines, un capitaine de dirigeable, une aristocrate qui n'a pas froid aux yeux, des orphelins et des géants, des montagnes et des océans... On voyage, on enquête, on admire, on tremble. Vango est un grand récit d'initiation où l'on apprend à observer, mûrir et éclore pour devenir le meilleur de soi-même. Un classique instantané.


Les Optimistes meurent en premier - Susin Nielsen


Depuis la tragédie qui a anéanti sa famille, Petula a de nombreuses phobies, et prétend qu'une prudence et un hygiène extrêmes lui permettront de parer à la moindre catastrophe. Mais est-ce bien réaliste ? ... Au lycée, contrainte et forcée, elle fait partie d'un atelier d'art-thérapie. Les adolescents "à problèmes" qui y assistent se supportent tout juste. Arrive Jacob, "l'homme bionique. Appareillé depuis qu'il a perdu son avant-bras, le jeune homme, grand cinéphile, est aussi moqueur qu'attentif aux autres...

Susin Nielsen est l'une de ces autrices qui maîtrise à la perfection cette période floue, intense et maladroite qu'est la fin de l'adolescence. Les premiers amours, les histoires de famille compliquées, la réalité d'un monde sans concession, les petits moments magiques qui illuminent la vie... Elle sait tout ça et plus encore, car elle n'hésite pas à faire de ses romans le miroir de notre société. Ses familles sont rarement composées d'un papa, d'une maman et d'une ribambelle d'enfants heureux. Il y a du chômage, des maladies, des tragédies, des traumatismes, et pourtant la vie continue, pleine de surprises et de chaleur. Il y a des personnages de toutes les couleurs, de tous les milieux, de tous les genres et attirés par toutes sortes d'amours. C'est ce que j'adore dans ses textes, et dans celui-ci en particulier, où toute une bande de personnages brisés apprennent à se soutenir les uns les autres pour avancer dans la vie, quitte à boiter. 


Hunger Games - Susan Collins


Les Jeux de la Faim ; 24 candidats pour un seul survivant, le tout sous le feu des caméras ?
Dans chaque district de Panem, une société reconstruite sur les ruines des États-Unis, deux adolescents sont choisis pour participer au Jeu de la Faim. La règle est simple : tuer ou se faire tuer. Celui qui remporte l'épreuve, le dernier survivant, assure la prospérité à son district pendant un an.
Katniss et Peeta sont les « élus » du district numéro douze. Les voilà catapultés dans un décor violent, semé de pièges, où la nourriture est rationnée et, en plus, ils doivent remporter les votes de ceux qui les observent derrière leur télé...

Je ne vais pas vous faire l'affront de présenter d'avantage cette trilogie, mais je vais insister sur le fait que son succès est mérité. Cette dystopie a lancé une mode où ses successeurs étaient de qualités fluctuantes, c'est vrai : mais dans la trilogie originale, il y a tout ce qu'il faut pour plaire. Il y a d'abord un excellent divertissement : suspense, personnages charismatiques, rebondissements haletants, questions de vie ou de mort. Il y a aussi une héroïne devenue, malgré elle, le symbole d'une véritable révolution, et des enjeux politiques qui nous ramènent à notre société. On peut dire ce que l'on veut, Hunger Games a le mérite d'être un page-turner addictif en plus d'un titre qui a permis à des tas d'autres de voir le jour pour inviter les ados à se questionner sur les injustices de notre monde. 


Dans le désordre - Marion Brunet


Ils sont sept. Sept qui se rencontrent en manif, dans la révolte, dans le désordre, refusant la vie qu'on leur impose. Ils décident de vivre ensemble, en squat et en meute.

Et au cœur de la meute, il y a Jeanne et Basile, qui découvrent l'amour, celui qui brûle et transporte.

En parlant de textes qui politisent, celui-ci est sans doute mon préféré. A l'issue d'une manifestation qui tourne à l'affrontement, sept jeunes gens vont se mettre à vivre ensemble dans un squat. Leur point commun? S'interroger et se révolter face à une société qui n'est pas si belle qu'il n'y paraît. Refus de rentrer dans le moule, donner un sens à sa vie et connaître la valeur des combats, c'est tout l'intérêt de ce roman puissant, cru, qui aborde des questions rarement présentes en Young Adult et qui va loin dans l'invitation à prendre du recul sur les choses. C'est un texte qui donne envie de lire des essais, de comprendre comment fonctionnent l'économie ou la politique, parce qu'il professe une curiosité permanente et un refus systématique de laisser les choses faire sans les accepter. J'en avais parlé plus en détails par ici, si cela vous dit!



The Hate U Give - Angie Thomas


Starr a seize ans, elle est noire et vit dans un quartier difficile, rythmé par les guerres entre gangs, la drogue et les descentes de police. Tous les jours, elle rejoint son lycée blanc situé dans une banlieue chic ; tous les jours, elle fait le grand écart entre ses deux vies, ses deux mondes.
Mais tout vole en éclats le soir où son ami d'enfance Khalil est tué. Sous ses yeux, de trois balles dans le dos. Par un policier trop nerveux. Starr est la seule témoin. Et tandis que son quartier s'embrase, tandis que la police cherche à enterrer l'affaire, tandis que les gangs font pression sur elle pour qu'elle se taise, Starr va apprendre à surmonter son deuil et sa colère ; et à redresser la tête.

Ce roman a eu l'effet d'une bombe en littérature young adult quand il est sorti en 2017. Largement inspiré et se déroulant pendant les événements du mouvement Black Lives Matter, il met une scène une jeune femme qui doit faire un choix drastique : se taire et se fondre dans la masse pour ne pas faire de vagues, ou parler et assumer ses origines de femme noire née dans un quartier où rien n'est fait pour les aider. Angie Thomas réussit la prouesse de ne pas créer de clivages et d'embrasser toute la complexité d'un problème social qui embrase régulièrement les Etats-Unis, sans oublier que Starr est une adolescente qui cherche aussi à trouver sa place. Un problem novel intelligent et qui mérite largement son succès!


Le Faiseur de Rêves - Laini Taylor


C'est le rêve qui choisit le rêveur, et non l'inverse...
Il est une ville, au centre du désert, où nul n'a le droit de se rendre sous peine de mort. De ses entrailles sortaient autrefois d'interminables caravanes chargées de trésors mais, depuis deux cents ans, la cité est coupée du reste du monde... Pire encore, un soir d'hiver, le nom de ce lieu de légende s'évanouit en un clin d'œil de la mémoire de tous – Lazlo Lestrange, orphelin de cinq ans à peine, ne fait pas exception à la règle. Frappé au cœur, le petit garçon restera irrémédiablement fasciné par cette énigme.
Quinze ans plus tard, il travaille dans la plus grande bibliothèque du monde, à Zosma, en rêvant de fabuleuses découvertes quand, de la Cité oubliée, émerge tout à coup une curieuse expédition venue recruter les meilleurs scientifiques du continent. Pourquoi diable s'obstiner à réunir ces esprits éminents ? Mystère... Et pourquoi Lazlo voit-il donc ses songes se peupler de visions étranges – à commencer par une déesse à la peau bleue pourtant assassinée, des années plus tôt, par les habitants de la ville interdite ? Qui est-elle vraiment ? Comment le jeune homme, qui ignore tout de sa légende, peut-il bien la voir en rêve ?

Je saoule tout le monde avec ce roman. Mais quand on aime on ne compte pas. Du coup je vous en parle encore! C'est le seul roman de fantasy de ma sélection, parce que j'ai malheureusement été dégoûtée par la période Twilight en young adult et j'ai du mal à découvrir de nouvelles choses. Et bien ce roman m'a réconciliée. Il m'a emportée, il m'a fait rêver, il a fait battre mon petit cœur tout en m'emmenant dans une aventure incroyable. C'est beau, c'est bien écrit, c'est intelligent, ça ressemble à un conte entre les Mille et Une Nuits et Jules Verne, ça sort bientôt en poche, vite vite lisez-le.


Sirius - Stéphane Servant


Alors que le monde se meurt, Avril, une jeune fille, tente tant bien que mal d'élever son petit frère, Kid. Réfugiés au cœur d'une forêt, ils se tiennent à l'écart des villes et de la folie des hommes... jusqu'au jour où le mystérieux passé d'Avril les jette brutalement sur la route. Pourchassés, il leur faut maintenant survivre dans cet univers livré au chaos et à la sauvagerie. Mais sur leur chemin, une rencontre va tout bouleverser : Sirius.

Si vous me suivez depuis quelques temps, vous devez savoir que j'aime énormément les romans de Stéphane Servant. J'ai beaucoup aimé Le Coeur des Louves, et La langue des bêtes est l'un de mes romans préférés. Dans Sirius, il s'agit à la fois d'une dystopie où les excès de notre civilisation ont détruit la planète, mais aussi d'un récit d'initiation, de voyage et d'ouverture d'esprit. C'est aussi (et surtout) très bien écrit, avec cet amour qu'a Stéphane Servant pour la capacité des enfants à s'émerveiller, ses questionnements sur le langage qui cloisonne autant qu'il libère. Il parle de l'importance d'avoir un objectif, non pas pour le réaliser, mais pour découvrir en chemin d'autres voies possibles. Le mouvement, l'espoir irriguent tout ce roman pourtant difficile, qui met notre humanité en face de ses horreurs. Un chef d'oeuvre réalisé à la perfection, à la rencontre entre le social et l'intime, l'aventure et la philosophie, la peur et l'espoir.



Voilà, c'était ma petite sélection! Je suis loin d'être une experte en young adult, mais j'ai beaucoup aimé faire cette sélection qui m'a permis de revisiter mes lectures passées et de me souvenir de magnifiques lectures. Et vous, quels sont les meilleurs romans YA que vous avez lus?


10 romans jeunesse à découvrir absolument!

lundi 16 mars 2020

Il est plus sain et responsable pour tout le monde, au moment où j'écris ces lignes, de rester chez soi, bien cocooning sous un plaid. Quelle meilleure opportunité de vous plonger dans des romans? Et si jamais vous avez envie de découvrir la littérature de jeunesse, je vous propose une sélection de dix romans étiquetés "à partir de 10 ans" qui m'ont bouleversée, accompagnée, profondément marquée. Il n'y a pas d'âge pour les bonnes histoires, et un excellent roman l'est pour tout le monde!


Quatre sœurs, de Malika Ferdjoukh. Ed. Ecole des Loisirs

Enid doit faire dix-sept pas de l'abribus jusqu'à l'impasse de l'Atlantique qui mène à sa maison, la Vill'Hervé. Un de moins que l'été dernier. La preuve que ses jambes allongent, donc qu'elle a grandi. N'empêche qu'elle est toujours la plus petite des cinq sœurs Verdelaine.
Personne ne la croit quand elle dit qu'elle a entendu un fantôme hurler dans le parc et faire de la musique. Ni Charlie, trop occupée à réparer Madame Chaudière pour l'hiver et à arrêter de fumer pour faire des économies. Ni Bettina et ses copines Denise et Béhotéguy, dites DBB (la Division Bête et Bouchée), concentrées sur leur nombril. Ni Geneviève, mobilisée par son propre secret très difficile à préserver. Ni Hortense, plongée dans la rédaction de son journal intime. Ni Tante Lucrèce qui n'écoute qu'Engelbert Humperdinck, son crooner préféré. Ses parents la croiraient peut-être, mais ils sont morts depuis dix-neuf mois et vingt-deux jours. Swift, sa chauve-souris, l'écouterait sûrement mais elle a disparu dans la tempête, la nuit où le vieux sycomore du parc s'est mis à faire le poirier au fond du puits. Il faut qu'Enid se résigne : «Convaincre les grands, c'est comme vouloir qu'un chewing-gum mâchouillé une heure conserve son goût du début.»

J'adore cette jolie fresque familiale, dont je vous ai déjà parlé plusieurs fois! C'est beau, c'est bien écrit, c'est tendre et drôle, ça parle de tout ce qui fait que l'on grandit, ça pétille et ça gronde, si vous voulez en savoir plus allez voir mes autres chroniques dessus, je le conseille tout le temps, cette phrase est beaucoup trop longue, allez suivant!


Journal d'une sorcière, Celia Rees. Ed. du Seuil

Mars 1659. Après l’exécution publique de sa grand-mère, condamnée pour sorcellerie, Mary s’embarque pour le Nouveau Monde – l’Amérique – sur l’Annabel afin d’échapper au même destin.
Promiscuité, superstition, regards méfiants des colons puritains mais aussi amitiés et amours naissantes font le quotidien de la jeune fille, qu’elle raconte à son journal.
Dans un XVIIe siècle ou fièvre religieuse et barbarie se croisent, où tout reste à découvrir, cette adolescente décidée, en recherche permanente de sa propre identité, dépassera ses craintes et les conventions sociales pour aller à la rencontre du monde, de l’autre et de la connaissance.

C'est l'un des premiers romans jeunesse que j'ai lus une fois adulte et j'ai adoré plonger dans la période sombre et difficile des premiers colons en Amérique, la relation avec les Natifs Américains, le puritanisme, la difficulté d'être une femme indépendante dans des communautés soudées par la peur de mourir. Il y a une suite, Vies de sorcières, qui n'est malheureusement plus éditée mais que vous trouverez facilement d'occasion! Si vous voulez en savoir plus sur ce roman, découvrez ma chronique faite il y a quelques années!



Tobie Lolness, Timothée de Fombelle. Ed. Gallimard

Courant parmi les branches, épuisé, les pieds en sang, Tobie fuit, traqué par les siens... Tobie Lolness ne mesure pas plus d'un millimètre et demi. Son peuple habite le grand chêne depuis la nuit des temps. Parce que son père a refusé de livrer le secret d'une invention révolutionnaire, sa famille a été exilée, emprisonnée. Seul Tobie a pu s'échapper. Mais pour combien de temps?

Au cœur d'un inoubliable monde miniature, un grand roman d'aventure, d'amitié et d'amour. Le premier tome de l'histoire de Tobie.

C'est un roman que j'ai lu très, très récemment et je regrette tellement de ne pas l'avoir lu plus tôt! Timothée de Fombelle est ici le grand conteur d'une aventure écologique où de tout petits êtres humains accomplissent de grandes choses. Ce monsieur écrit merveilleusement bien et nous propose un récit contre l'obscurantisme, la peur de l'autre, le capitalisme effréné et la solitude. Ce texte est un grand roman qui est d'ores et déjà devenu un classique de la littérature de jeunesse française.


Pax et le petit soldat, Sara Pennypacker. Ed. Gallimard

La guerre est imminente. Lorsque le père de Peter s'engage dans l'armée, il oblige son fils à abandonner Pax, le renard qu'il a élevé depuis le plus jeune âge et envoie le garçon vivre chez son grand-père à cinq cents kilomètres de là. Mais Peter s'enfuit à la recherche de son renard.

Pendant ce temps, Pax affronte seul les dangers d'une nature sauvage et se trouve confronté à ceux de son espèce.

Les romans pour les plus jeunes lecteurs et lectrices traitent plus souvent qu'on ne le croit de sujets difficiles. Ici, j'ai particulièrement aimé l'alternance des points de vue entre celui de Peter, le jeune garçon, et Pax, son renard. Le magnifique récit d'une relation hors du commun, d'un retour à la nature, d'un monde qui change. Une jolie prouesse stylistique pour tous les âges qui vous fera verser quelques larmes!




Quelques minutes après minuit, Patrick Ness. Ed. Gallimard


Depuis que sa mère a commencé son traitement, Conor, treize ans, redoute la nuit et ses cauchemars. A minuit sept, un monstre vient le voir, qui a l'apparence d'un if gigantesque, quelque chose de très ancien et de sauvage. Mais pour Conor, le vrai cauchemar recommence chaque jour: sa mère lutte en vain contre un cancer, son père est devenu un étranger, et il est harcelé à l’école. Au fil des visites du monstre, l’adolescent comprend que son vrai démon est la vérité, une vérité qui se cache au plus profond de lui, terrifiante.

Un autre classique instantané, puissant et profond, qui parlera à tous de façon universelle. Le deuil, l'adolescence, la séparation, les cauchemars sont les thèmes de ce conte moderne emprunt de folklore et de fantastique. J'ai vidé tout un paquet de mouchoirs en le lisant, mais j'y repense très souvent depuis, et il s'agit pour moi d'un livre qui accompagne durablement celui ou celle qui l'a lu. Un petit trésor.



De Cape et de Mots, Flore Vesco. Ed. Didier Jeunesse


Serine, en dépit de la volonté de sa mère, refuse de se marier. Mais pour sortir ses frères de la pauvreté, elle doit agir. Sa décision est prise : elle sera demoiselle de compagnie ! La tâche s’annonce difficile : la reine est capricieuse, antipathique, et renvoie ses demoiselles aussi souvent qu’elle change de perruque. Mais Serine ne manque pas d’audace et, tour à tour, par maladresse ou génie, se fait une place. Elle découvre alors la face cachée de la cour : les manigances, l’hypocrisie et les intrigues… et tente de déjouer un complot.

Les livres peuvent aussi faire rire! Et avec celui-ci, on est servi. Flore Vesco nous entraîne dans un conte savoureux, à la croisée du conte de fée et du récit de capes et d'épées, avec une héroïne haute en couleurs à la langue bien pendue! On se délecte de la plume de l'autrice autant que des critiques qu'elle adresse au monde fastueux et vide des puissants de ce monde. Un ravissement, un grand pied de nez, une jolie farce hors du commun!


Du haut de mon cerisier, Paola Peretti. Ed. Gallimard

Mafalda aime jouer au foot, s'occuper de son chat, lire et regarder les étoiles. C'est une petite fille de neuf ans comme les autres, enfin presque... sa vue se dégrade rapidement et d'ici quelques semaines elle sera dans le noir. Pour apprivoiser cette obscurité elle doit affronter ses peurs, établir de nouveaux repères, et surtout, surtout, ne jamais baisser les bras. Mais pour cela, il faut apprendre à faire confiance aux autres... et à soi-même.

Ce roman illustre très bien ce qu'un bon livre pour les plus jeunes peut être. Le style est simple, la narration est celle d'une petite fille de neuf ans, mais de sa parole et ses aventures émerge de la poésie. C'est un roman qui se veut emprunt du même ton nostalgique et doux-amer que Le baron perché d'Italo Calvino ou Mon bel oranger de Vasconcelos, et qui y arrive à merveille. Le destin de cette enfant qui devient aveugle nous apparaît chargé de soleil et on le referme avec un sourire aux lèvres et du baume au cœur.



Coraline, Neil Gaiman. Ed. Albin Michel

Coraline vient d’emménager dans une étrange maison et, comme ses parents n’ont pas le temps de s’occuper d’elle, elle décide d’explorer ce nouveau lieu. Ouvrant une porte condamnée, elle pénètre dans un appartement pratiquement identique au sien, où vivent ses « autres parents », copie conforme de ses vrais parents, mais qui ont des boutons cousus à la place des yeux. Aimables, séducteurs, ils veulent convaincre Coraline de rester pour toujours avec eux. La petite fille réussit à s’enfuir et à rentrer chez elle, mais découvre que ses vrais parents ont disparu. Elle retourne alors les sauver des griffes de ses « autres parents », aidée par un chat noir…

L'un des livres qui m'a le plus fait frissonner! Neil Gaiman est un excellent conteur, et ce roman fait remonter toutes vos peurs d'enfant. La peur du noir, de se retrouver seul.e, de se perdre... le tout dans un univers merveilleux d'inventivité, porté par une plume qui ménage le suspense aux moments parfaits. Frisson, aventure, héroïne intrépide et chat qui parle, c'est à mes yeux le meilleur livre de Neil Gaiman! Un conte fantastique moderne et parfaitement équilibré qui devrait faire l'unanimité!


Le meilleur pour la fin!

Les royaumes du nord, Philip Pullman. Ed. Gallimard

Pourquoi la jeune Lyra, élevée dans l'atmosphère confinée du prestigieux Jordan College, est-elle l'objet de tant d'attentions ? De quelle mystérieuse mission est-elle investie ? Lorsque son meilleur ami disparaît, victime des ravisseurs d'enfants qui opèrent dans tout le pays, elle se lance sur ses traces.
Un périlleux voyage vers le Grand Nord, qui lui révèlera ses extraordinaires pouvoirs et la conduira à la frontière d'un autre monde.

Si vous suivez mon blog depuis longtemps, vous savez que je chéris tendrement cette trilogie que je relis régulièrement depuis quinze ans. Un univers extraordinaire, des niveaux de lecture qui en font une aventure universelle, des idées intelligentes et des ours qui parlent. Que vous faut-il de plus? Lisez ici une chronique un peu plus complète que j'avais faite il y a quelques années!

Peter Pan, de James M. Barrie. Ed. Gallimard

C'était un vendredi soir. Les parents de Wendy, Michael et John étaient absents, et la nurse Nana, une chienne terre-neuve, était attachée dans la cour. La voie était donc libre pour que Peter Pan, le garçon qui refusait de grandir, vienne rechercher son ombre, et entraîne les enfants vers le Pays de Nulle Part. Une île enchantée habitée par des Peaux-Rouges, des fées et des pirates commandés par le sinistre capitaine Crochet, qui cherche à se venger de Peter Pan...

Vous là, qui me suivez depuis un moment! Oui, vous! Je vous ai vu lever les yeux au ciel! C'est mon livre préféré, je vous en ai parlé en long, en large et en travers:
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Cliquez sur tout ça pour en savoir plus. Moi, je ne sais plus sur quel ton vous le dire! Après, chaque lecteur.ice est unique et ce qui résonne en moi ne vous parlera peut-être pas. Mais c'est le roman qui m'a fait m'intéresser à la littérature de jeunesse et qui m'a permis de voir au-delà des clichés qui lui sont liés. Mon livre doudou!

Prêts? Lisez!

Cette liste est loin de recenser tous les romans pour la jeunesse que je conseille aux adultes de lire, mais c'est une bonne base pour commencer, et il y en a pour tous les goûts! En lisez-vous vous-même? Quels sont ceux qui vous ont marqués, dans votre enfance ou depuis que vous êtes grand.e? Parlez-moi de votre rapport aux romans jeunesse en commentaire!


"Observe. Décris. Note. Analyse."

mercredi 26 juillet 2017

Je vous avais parlé de mon gros coup de cœur il y a trois ans maintenant dans cet article, et plus récemment dans cette vidéo, pour le roman Calpurnia de Jacqueline Kelly. J'ai vu, en 2015, qu'une suite était sortie aux Etats-Unis, et je croisais les doigts pour que l'école des loisirs le publie en France. Mon vœu a été exaucé, et je me suis replongée avec délice dans les aventures de cette jeune Texane du début du vingtième siècle, dans Calpurnia et Travis.

Le monde Calpurnia Tate ne dépasse pas les limites du comté de Caldwell. Mais, pour qui sait regarder avec étonnement et curiosité, il y a là mille choses à découvrir.

Son frère Travis rapporte à la maison un tatou, des geais bleus et un coyote - toutes sortes d'animaux sauvages qu'il veut apprivoiser en cachette. Et son grand-père initie Calpurnia aux mystères des sciences naturelles.

Un jour, un terrible ouragan ravage la côte du Texas, faisant de nombreux ans-abri. La famille de Calpurnia accueille sa cousine Aggie, et, surtout, un vétérinaire vient s'installer près de chez eux. Pour Calpurnia, c'est l'occasion rêvée de donner enfin corps à ses ambitions...

Mais on est en 1900, et il est parfois plus simple de changer de siècle que de mentalités.

S'il s'est fait attendre, ce roman est la suite directe des aventures du premier tome, où Calpurnia, alors âgée de 11 ans, se découvrait une passion pour les sciences naturelles, encouragée par son grand-père. Calpurnia a deux ans de plus et sa curiosité pour le monde qui l'entoure ne fait que grandir avec elle. Elle en veut plus toujours plus, et mène des expériences sous l’œil bienveillant de son grand-père passionnant. Ensemble, ils construisent un astrolabe, un baromètre, et mènent les premières dissections de la petite fille. Intriguée par le vivant et les phénomènes naturels, la jeune fille se révèle dotée d'un estomac solide, et elle s'extasie sur les petits organes des lombrics autant que devant la coïncidence qui a voulu qu'une étoile soit placée juste au-dessus du Pôle Nord. Son cadet, Travis, qui s'attache à tout un tas de bestioles, l'aidera dans son exploration du vivant et lui permettra de différencier l'attachement que l'on peut avoir pour un animal à l'intérêt scientifique qu'on peut lui porter. L'évolution des deux jeunes gens, parallèle et complémentaire, permet un joli renouvellement dans la narration.

Dans ce tome-ci, Calpurnia va également apprendre à cohabiter avec sa cousine Aggie, de quatre ans son aînée. La confrontation avec cette jeune fille qu'un ouragan a dépossédée de tous ses biens va remuer des non-dits dans la famille Tate ; Calpurnia va découvrir qu'aux yeux de ses parents, de ses frères, et de la société toute entière, elle est un humain de seconde zone, car elle est une fille. Moins d'argent de poche, peu de rêves accessibles et aucun avenir prestigieux en vue, l'amertume de l'adolescence ouvre les yeux de la jeune fille qui commence à se battre contre cette injustice. Son caractère se développe également, et l'on assiste avec fierté à l'éclosion d'une jeune femme combative, courageuse, audacieuse et pleine de répartie, ce qui ravit son aïeul et terrifie ses parents. Il n'y a qu'une façon dont Calpurnia pourra vivre la vie qu'elle souhaite: en la gagnant, en se battant, et au terme de ce second tome, on l'a très bien compris.

J'ai eu un peu de mal à rentrer dans le récit, je ne sais pas si le changement de traducteur a changé quelque chose dans le ton du texte, mais au bout de trente pages j'avais retrouvé la grande maison perdue au bord de la rivière, les criquets, les lucioles, la chaleur et la famille nombreuse pleine de claquements de portes et de rebondissements. Ce roman est véritablement dans la lignée du premier, et se déguste avec la même lenteur paresseuse, nous ouvrant les yeux sur les petits miracles de la nature et nous poussant à regarder de plus près le monde qui nous entoure. 

Une suite à la hauteur, que je vous recommande chaudement. Plus qu'à croiser les doigts pour un troisième tome...!


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"Désolé, impossible, je suis en route pour Mars."

mercredi 5 avril 2017

J'adore le travail des éditions des éléphants, qui, notamment, importent en France des albums riches, intéressants et audacieux. Ici, je vais vous parler de l'album Le Noir de la Nuit, écrit par Chris Hadfield et illustré par The Fan Brothers.


Chris n'a qu'un rêve : devenir astronaute. Mais il y a un problème : il a une peur terrible du noir. Dans l'obscurité, des extraterrestres rôdent, inquiétants, menaçants. Impossible de passer une nuit sans réveiller papa ou maman. C'est terrible, cette peur de la nuit, quand on rêve d'explorer l'espace!


Heureusement, un événement extraordinaire va bouleverser la vie de Chris, et lui permettre de voir les choses différemment : nous sommes en 1969, et il voit avec tous ses voisins les premiers hommes marcher sur la lune. C'est alors qu'il remarque qu'il fait terriblement noir dans l'espace, et qu'il faudra qu'il réussisse à vaincre sa peur pour pouvoir accéder à ses rêves.


Le texte est rédigé par l'astronaute Chris Hadfield, qui a déjà fait le buzz avec sa reprise de Space Oddity de David Bowie en direct de la station spatiale internationale. J'adore la façon dont il transforme un album sur la peur du noir en chronique historique, comment le ton rassurant se mêle à un souvenir. C'est un album à double emploi : il rassure et enseigne, donne envie de s'intéresser à l'espace et à l'astronaute qui, petit, avait peur du noir.

Tout cela est merveilleusement bien servi par les illustrations des Fan Brothers, mêlant crayon et techniques digitales, rappelant l'ambiance de Max et les Maximonstres de Maurice Sendak. Ils mettent en scène une nuit rassurante, sombre, certes, mais illuminée d'ors et de bleus, promesse de mille rêves fabuleux.

Un très joli album que je vous recommande fortement, surtout pour les amoureux de l'espace!




"C'est qui qui veut des petits bouts d'arc-en-ciel!"

lundi 3 avril 2017

Benoît Charlat est un prolifique auteur d'albums pour les tous-petits. A l'école des loisirs, il a publié pas moins d'une quarantaine d'ouvrages! Le petit dernier met en scène Dodo, un petit dauphin dynamique et super sympathique!


Dodo était déjà le héros de plusieurs petits albums. Celui-ci est le quatrième! Dodo est un petit dauphin qui a beaucoup d'imagination. A travers ses yeux, les nuages deviennent des créatures incroyables, l'attente pour le goûter est interminable et les arcs-en-ciel poussent dans le jardin. Dans Le bouquet d'arc-en-ciel, paru la semaine dernière, Dodo se sent l'âme généreuse. Il décide de distribuer de petits bouts de son arc-en-ciel à sa famille et à sa copine. Et si Papa et Maman sont ravis, il faut quelques secondes à son amie pour comprendre que c'est pour du semblant. Dès que ça fait tilt, c'est merveilleux : les deux enfants s'offrent des cadeaux extraordinaires dans un crescendo de rires et de joie.


J'ai une profonde sympathie pour ces albums cartonnés qui ont cette qualité d'être très faciles à lire à voix haute, avec des phrases et des expressions directement tirées de la vie réelle des enfants, avec ce ton d'émerveillement feint, de jeu et d'une petite maladresse qui rend la narration très réaliste. 

Ici Dodo, en partageant son arc-en-ciel imaginaire, partage surtout sa joie de vivre et son imagination. Il illumine le quotidien par des inventions farfelues et poétiques qui rendent la vie plus douce. Et j'ai trouvé ça très joli, d'autant que les pages s'enrichissent elles aussi de toutes les créations des enfants jusqu'à un feu d'artifice de couleurs!

Petit bonus, un Papa en tablier rose qui fait la cuisine et une Maman à lunettes, habillée de bleu, qui lit son journal dans son fauteuil. Ça ne fait pas de mal ;)


 
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