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"Je perds tout, mes mots, mes clés, mon portefeuille, ma vie."

mardi 1 décembre 2015

J'avais adoré Les Petites Reines de Clémentine Beauvais, alors j'ai voulu découvrir un autre roman de la collection Exprim' de chez Sarbacane, Quelqu'un qu'on aime de Séverine Vidal, sorti quelques mois plus tard. 

Matt a un projet fou : refaire avec son grand-père Gary la tournée d’un crooner mythique des années 50, Pat Boone. Un road-trip pour rattraper au vol les souvenirs qui s’échappent…

Mais rien ne se passera comme prévu ! Peu avant le départ, Matt apprend qu’il est le père d’une petite Amber de 18 mois – et qu’il doit s’en occuper pour quelques semaines. À l’aéroport, une tornade s’annonce : les avions ne décollent plus. Matt, Gary et le bébé grimpent à bord d’un van de location… et, ultime surprise, deux personnes les rejoignent : Luke, ado en fugue, et Antonia, trentenaire prête à changer de vie.

Tous ensemble, ils font cap vers l’Ouest du pays. Arizona, Californie, Nevada, sur la piste du passé, des souvenirs et autres histoires bien vivantes. On les suit, d’étape en étape, tandis qu’ils commencent à former une tribu bancale, une petite famille folle et joyeuse, réunie autour de Gary.

J'embarquais avec plaisir en compagnie de cette tribu hétéroclite pour un road-trip loin des clichés, avec des heurs, des drames, des mauvaises surprises et de belles rencontres. On s'attache vite à chacun de ces personnages un peu brisés, un peu perdus, qui se retrouvent ensemble par hasard et qui finissent par former une vraie famille. C'est joli, c'est touchant, c'est tour à tour drôle et larmoyant.

Parce qu'entre un vieux atteint d'Alzheimer, un jeune à qui on a arraché sa vie, une trentenaire qui sort d'une relation violente, et une aventure qui ne se passe pas du tout comme prévu, Séverine Vidal nous fait voyager du rire aux larmes. Le cœur tressaute, on s'attend à ce que tout se passe comme sur des roulettes et on finit par se prendre de belles raclées...

Je regrette juste un peu le cadre de l'Amérique profonde qui, s'il permet aux personnages de revenir sur la mythique tournée de Pat Boone, n'est à mon sens pas suffisamment exploité. J'aurais aimé que le décor accompagne davantage l'histoire, mais après tout, ce sont les personnages la vraie force de ce roman. Cela se passerait en Europe qu'il n'en serait pas moins touchant.

Un très joli roman sur les surprises que nous réserve la vie, sur le pouvoir de l'optimisme et sur le bonheur qui naît du fait d'être ensemble. 

"Tout le monde mérite une ovation au moins une fois dans sa vie, parce que nous triomphons tous du monde."

vendredi 27 novembre 2015

Petite lecture qui a bouclé mon cycle de "romans pour ados à sujets difficiles", Wonder fut une jolie découverte ensoleillée.

Je m'appelle August. 

Je ne me décrirai pas. 

Quoi que vous imaginiez, c'est sans doute pire.

Né avec une malformation faciale, Auggie n'est jamais allé à l'école. 

A présent, pour la première fois, il va être envoyé dans un vrai collège... 

Pourra-t-il convaincre les élèves qu'il est comme eux, malgré tout?

Nous rencontrons August, qui rentre en sixième. C'est la première fois qu'il va à l'école. Jusqu'ici, ses multiples opérations l'avaient conduit à être scolarisé à la maison. Mais là, c'est le grand bouleversement. Il se retrouve dans un grand collège prestigieux, et même s'il a l'habitude qu'on le dévisage et qu'on le pointe du doigt, ça reste une expérience désagréable. Dans son voisinage, tout le monde le connaît et s'est habitué à son visage particulier ; à l'école, il doit repartir de zéro et encaisser les blagues cruelles et les regards effrayés. Heureusement, il peut compter sur une famille aimante, un principal compatissant et ses deux nouveaux amis, Summer et Jack, pour essayer de s'intégrer.

Le petit plus de ce roman, c'est qu'il est à plusieurs voix : le visage d'August a attiré autour de lui des gens aux passés et personnalités très différentes. Chacun des narrateurs - sa sœur, le copain de sa sœur, ses amis à l'école - a eu une approche différente de la bizarrerie d'August, avec leurs failles et leurs défauts, ce qui rend la narration très humaine et réaliste. Si l'on aimerait tous penser, en lisant, que nous serions le type de personnes qui iraient spontanément vers quelqu'un affublé d'un tel handicap, il faut être réaliste et se dire qu'une bonne partie d'entre nous réagirait d'abord avec répulsion. C'est de cela que parle Wonder, de notre rapport à la différence, de l'empathie, de la générosité, de l'injustice.

J'ai notamment beaucoup apprécié les différents tons qu'adopte Palacio lorsqu'elle prend le point de vue de chacun des personnages différents. Lorsqu'on est avec August, il a réellement les réflexions d'un enfant de dix ans un peu capricieux. Lorsqu'on est avec Miranda, l'amie de sa sœur à la famille explosée, on a le discours d'une ado de quinze ans un peu paumée. On se glisse dans la peau des différents personnages avec une facilité étonnante. C'est vraiment très agréable!

Wonder est un charmant petit roman solaire qui met du baume au cœur et nous pousse à l'altruisme. A mettre entre toutes les mains!

Dessin du mois - Снежная королева

samedi 1 août 2015

AHEM. J'avais lancé les Dessins du mois en mai, et je n'en ai pas refait depuis. J'essaie, j'essaie! Promis! Et vu que nous sommes désormais en août, que c'est l'été, les vacances, qu'il y a un grand soleil et des gens bronzés partout, c'est tout naturellement que je vous ai fait le portrait de la Reine des Neiges.

NON JE VOUS ARRÊTE TOUT DE SUITE, pas celle qui se dandine en robe moulante au sommet de la montagne pour se libérer des interdits, la vraie, celle qui fout la trouille et qui kidnappe des enfants.


"Le soir, le petit Kay, à moitié déshabillé, grimpa sur une chaise près de la fenêtre et regarda par le trou d'observation. Quelques flocons de neige tombaient au-dehors et l'un de ceux-ci, le plus grand, atterrit sur le rebord d'une des caisses de fleurs. Ce flocon grandit peu à peu et finit par devenir une dame vêtue du plus fin voile blanc fait de millions de flocons en forme d'étoiles. Elle était belle, si belle, faite de glace aveuglante et scintillante et cependant vivante. Ses yeux étincelaient comme deux étoiles, mais il n'y avait en eux ni calme ni repos. Elle fit vers la fenêtre un signe de la tête et de la main. Le petit garçon, tout effrayé, sauta à bas de la chaise, il lui sembla alors qu'un grand oiseau, au- dehors, passait en plein vol devant la fenêtre. 
[...] Les flocons de neige devenaient de plus en plus grands, à la fin on eût dit de véritables maisons blanches ; le grand traîneau fit un écart puis s'arrêta et la personne qui le conduisait se leva, son manteau et son bonnet n'étaient faits que de neige et elle était une dame si grande et si mince, étincelante : la Reine des Neiges." 
Hans Christian Andersen, La Reine des Neiges 
Tiré de ce site Internet (cliquez pour lire)
Bon, au crayon de couleur, c'est un peu délicat de rendre le côté "flocon scintillant", mais à part ça je suis très contente de son air froid, hautain et inquiétant. La Reine des Neiges est un conte très long comportant plusieurs chapitres, mettant avant tout en scène les aventures de la jeune Gerda partie à la recherche de son ami Kay, enlevé par la Reine des Neiges en plein hiver. Elle traverse des tas d'épreuves initiatiques : elle reste un long moment chez une sorcière sans se rendre compte du temps qui passe, elle est enlevée puis accompagnée par des brigands... Ce long récit dans lequel Gerda finit par retrouver Kay et sauver son cœur de l'éclat de miroir maléfique qui s'y était fiché n'a vraiment pas grand chose à voir avec le film que Disney nous a pondu en 2013. 

J'avais vu sur Canal J quand j'étais petite une adaptation russe de La Reine des Neiges, réalisée en 1957 (!) par Lev Atamanov. J'ai été marquée à vie par ce dessin animé, que vous pouvez regarder ici:


Et parce que j'adore le conte original, le film d'Atamanov et que le projet de Disney était à l'origine de faire un film avec une vraie méchante en personnage principal, je n'ai pas aimé le film autant que d'autres. Les studios avait déjà commencé à travailler sur une première version de l'adaptation du conte d'Andersen en 2000, et voilà à quoi elle aurait pu ressembler.

Toute la difficulté, je pense, a été de faire de l'antagoniste le personnage central, et difficile de rendre un méchant sympathique. Les studios Disney ont tenté avec Maléfique ce qu'ils n'ont pas osé faire avec La Reine des Neiges (et j'en suis ravie, parce que Maléfique c'est vraiment cucul et niais et nul). Au lieu de prendre des risques en faisant un long-métrage d'animation controversé, avec un personnage principal aux ambitions peu recommandables, ils l'ont transformé en fable sororale sympathique mais sans grande prise de risque, malgré ce que tout le monde en dit.

D'autant que la Reine du conte d'Andersen fait peur, est hautaine, flippante et glacée, certes, mais c'est un personnage désespérément seul. Attention spoiler : lorsque Gerda retrouve Kay dans le palais de glace de la reine, cette dernière ne s'oppose quasiment pas à la jeune fille, et disparaît au moment où le cœur de Kay se réchauffe auprès de son amie. C'est un personnage hautement mélancolique dont la nature glacée ne recherche que la compagnie d'un enfant. On aurait pu en faire une très belle histoire un peu tragique avec un happy ending très chouette, mais non. BREF, j'ai été déçue :(

Si vous voulez en savoir plus sur le projet de film des années 2000, consultez le site theartofdisney en cliquant ici! N'hésitez pas également à donner votre avis sur le film ou sur le conte, ou bien donnez-moi des idées de fanarts pour les mois à venir ;)
 
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