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"Mais cette maison, chez qui est-ce?"

vendredi 28 octobre 2016


J'ai une fascination terrible pour les maison étranges, grandioses, rigolotes, bizarres. Peut-être autant que pour les réécritures de contes. Et vu qu'on est en octobre, que c'est le mois de l'arrivée du froid, des plaids en laine et des moments cocooning devant de jolies bougies parfumées, je voulais vous parler d'un très bel album, Chez nous, de Carson Ellis, paru en 2015 chez Actes Sud.

Dans cet album en forme de catalogue, aux couleurs sobres et mélancoliques, Carson Ellis nous fait voyager de maison en maison. Il y en a pour tous les goûts : des maisons en haut d'une falaise, au fond de l'océan, des maisons aux allures de dés ou d'autres en forme de chaussure, des maisons classiques et d'autres construites sur la lune, des rangées, des désordonnées, des grandes, des petites... Un vrai festival!

On se surprend à scruter les petits détails, à comparer des habitations complètement différentes, à chercher celle qui ressemble le plus à la nôtre... Le foisonnement de détails drôles, incongrus et poétiques fait de cet album un puits sans fond de moments délicieux à analyser les maisons, créer des histoires et imaginer les drôles de personnes qui peuvent vivre à l'intérieur.

Cliquez pour voir en plus grand!

Evidemment, le but de cet album, c'est avant tout de célébrer la diversité et l'imagination. On vit tellement le nez collé à notre nombril qu'on finit par oublier que pour des milliers d'autres personnes, le foyer, la maison, la bulle de confort et de bien-être, c'est quelque chose de très différent de ce qu'on connaît. C'est un album aussi qui fait réfléchir à la maison idéale, le foyer le plus chaleureux qu'on puisse rêver avoir. C'est enfin un album qui invite à l'imaginaire et à l'ouverture d'esprit. Fabuleux, non?

En faisant se confronter des habitats diamétralement opposés, Carson Ellis met en évidence la richesse de notre monde et la nécessité de se glisser dans la peau des autres pour mieux les comprendre. Un travail délicat, délicieux et merveilleux que je conseille à tous!



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"Chaque jour, mille idées fleurissent..."

mercredi 9 décembre 2015

Un nouveau petit album vient de sortir aux éditions Frimousse, et vu qu'il parle de différence, d'originalité et d'anticonformisme, j'ai trouvé que c'était le bon moment pour vous en parler! Aujourd'hui, je vous présente La lumière allumée de Richard Marnier et Aude Maurel.

"Dans mon quartier, 
chaque maison a une porte,
deux fenêtres et un toit rouge bien régulier.

Chaque porte a une poignée et une serrure bien huilée.
Chaque fenêtre est encadrée de deux volets gris bien épais.

Chaque soir, les volets sont convenablement fermés.
Et au petit matin, ils s'ouvrent tous en même temps, comme cela doit être fait.

Mais une nuit... quelqu'un a laissé la lumière allumée!"


Dans cet album, nous avons une vue complète d'une ville où l'absence de perspective et les formes simples des maisonnettes rappellent les dessins d'enfants (un carré pour la maison, un triangle pour le toit, l'indispensable cheminée et les fenêtres jumelles). La monotonie et la répétition des maisons toutes semblables a tout de la banlieue résidentielle, où les habitations toutes identiques sortent de terre comme des champignons.

Et puis un soir, c'est le scandale:  quelqu'un dans le voisinage a l'idée saugrenue de laisser la lumière allumée en pleine nuit et de fermer ses volets toute la journée! Les commérages vont bon train, l'intrus est poussé à partir et sa maison, abandonnée, finit par être détruite.

Lorsque l'intrus revient de ses voyage, il ne trouve plus qu'un emplacement vide là où était sa maison: alors il décide de s'en construire une, faite du bric et du brac qu'il a rapporté de ses voyages.

Petit à petit, les voisins, d'abord étonnés, vont commencer à donner de petites touches personnelles à leurs maisons. Des volets bleus, une véranda, des toilettes à ciel ouvert... Et puis chacun finit par vouloir la maison la plus personnelle possible.

L'album s'ouvre alors sur deux immenses doubles pages où l’œil ne peut se rassasier de toutes les couleurs, de toutes les formes et de toutes les maisons improbables qu'on y voit!

Album subtil et intelligent sur la richesse qui émerge de la différence, La Lumière allumée est un régal pour les yeux, où la monotonie finit par se transformer en enchantement. Pari réussi pour le superbe duo que forment Richard Manier et Aude Maurel! Un album qui pousse à l'inventivité sur fond d'altruisme et de tolérance. Bravo!

"Tout le monde mérite une ovation au moins une fois dans sa vie, parce que nous triomphons tous du monde."

vendredi 27 novembre 2015

Petite lecture qui a bouclé mon cycle de "romans pour ados à sujets difficiles", Wonder fut une jolie découverte ensoleillée.

Je m'appelle August. 

Je ne me décrirai pas. 

Quoi que vous imaginiez, c'est sans doute pire.

Né avec une malformation faciale, Auggie n'est jamais allé à l'école. 

A présent, pour la première fois, il va être envoyé dans un vrai collège... 

Pourra-t-il convaincre les élèves qu'il est comme eux, malgré tout?

Nous rencontrons August, qui rentre en sixième. C'est la première fois qu'il va à l'école. Jusqu'ici, ses multiples opérations l'avaient conduit à être scolarisé à la maison. Mais là, c'est le grand bouleversement. Il se retrouve dans un grand collège prestigieux, et même s'il a l'habitude qu'on le dévisage et qu'on le pointe du doigt, ça reste une expérience désagréable. Dans son voisinage, tout le monde le connaît et s'est habitué à son visage particulier ; à l'école, il doit repartir de zéro et encaisser les blagues cruelles et les regards effrayés. Heureusement, il peut compter sur une famille aimante, un principal compatissant et ses deux nouveaux amis, Summer et Jack, pour essayer de s'intégrer.

Le petit plus de ce roman, c'est qu'il est à plusieurs voix : le visage d'August a attiré autour de lui des gens aux passés et personnalités très différentes. Chacun des narrateurs - sa sœur, le copain de sa sœur, ses amis à l'école - a eu une approche différente de la bizarrerie d'August, avec leurs failles et leurs défauts, ce qui rend la narration très humaine et réaliste. Si l'on aimerait tous penser, en lisant, que nous serions le type de personnes qui iraient spontanément vers quelqu'un affublé d'un tel handicap, il faut être réaliste et se dire qu'une bonne partie d'entre nous réagirait d'abord avec répulsion. C'est de cela que parle Wonder, de notre rapport à la différence, de l'empathie, de la générosité, de l'injustice.

J'ai notamment beaucoup apprécié les différents tons qu'adopte Palacio lorsqu'elle prend le point de vue de chacun des personnages différents. Lorsqu'on est avec August, il a réellement les réflexions d'un enfant de dix ans un peu capricieux. Lorsqu'on est avec Miranda, l'amie de sa sœur à la famille explosée, on a le discours d'une ado de quinze ans un peu paumée. On se glisse dans la peau des différents personnages avec une facilité étonnante. C'est vraiment très agréable!

Wonder est un charmant petit roman solaire qui met du baume au cœur et nous pousse à l'altruisme. A mettre entre toutes les mains!

"Oui, c'est exactement ce que je pourrais faire. Sauf que."

jeudi 18 juin 2015

J'aime beaucoup quand les éditeurs habillent les livres pour les petits comme des livres pour les grands. C'est le cas ici, avec des livres aux couvertures claires, quelques taches de couleurs, des livres qu'on est fiers de lire devant les copains. La collection Premier roman de chez Actes Sud Junior propose aux lecteurs (à partir de 8 ans, qu'y disent sur les couvertures) une série de textes de qualité, intelligents, drôles et différents. Aujourd'hui je vous parle de Sauf que d'Anne Vantal, paru en 2014.

Valentin, un petit garçon spécial comme disent ses parents, est sur la route de l'école. Valentin adore les chiffres, a ses petites habitudes, aime observer les gens monter et descendre du bus... lorsqu'il trouve, un matin, un portefeuille dans le caniveau. Ce petit événement qui sort de son quotidien bien rôdé va bousculer sa routine, au plus grand déplaisir de notre jeune héros.

"Je suis pétrifié devant l’abri d’autobus à soupeser le pour et le contre. Pour : je vais jusqu'au caniveau, je ramasse le petit rectangle noir, et je prends une décision. Contre : je risque de m’attarder, ce qui m’obligerait à courir et à faire des pas superflus qui viendraient ruiner mes statistiques. Je décide de passer mon chemin. Sauf que."

Le texte est d'une finesse exquise. On observe Valentin cogiter, chercher les meilleures solutions à tous les petits obstacles qui se dressent sur sa mission. Rien ne nous dit que Valentin est spécial, justement. Peut-être un poil maniaque, très curieux, mais difficile de mettre la main sur ce qui le rend, apparemment, différent des autres, jusqu'à la fin du roman où on comprend. 

Ce petit ouvrage court est curieux et émouvant. On le lit d'une traite, en se prenant d'amitié pour ce petit garçon finalement pas si différent, que l'on se met à comprendre et à soutenir.

Un petit roman, certes, mais un roman fort, qui permet de se mettre à la place de l'autre et de mieux tolérer ses bizarreries.

 
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