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vendredi 24 mars 2017

"Ce genre de caprice était mignon quand tu avais trois ans."

Il y a des sujets qu'il faut aborder, même avec les plus jeunes, et passer par un livre est souvent plus facile, tant pour l'adulte que pour l'enfant. Alors quand j'ai entendu parler de George, d'Alex Gino, l'histoire d'une petite fille de huit ans malencontreusement née dans un corps de garçon, je me suis dit qu'on faisait un pas en avant. Je vous livre mon avis en demie-teinte sur ce roman paru cette année à L'école des loisirs.

Beaucoup de gens aiment George. Maman est très fière de son petit garçon, elle pense qu'il deviendra "un jeune homme très bien". Scott aime beaucoup son "frérot". Et Kelly le tient pour son "meilleur ami". Mais George sait que les gens ne voient pas qui elle est vraiment. Car George en a la certitude, elle est une fille. Alors quand sa maîtresse propose de jouer une pièce de théâtre à l'école, George veut plus que tout interpréter le personnage de Charlotte. Elle sera parfaite, et les gens comprendront enfin qui elle est. Comment leur faire comprendre que c'est le rôle de sa vie ?

La question de la transsexualité reste trop anecdotique en littérature, et quasiment absente de la littérature jeunesse. Les quelques titres qui s'y frottent sont majoritairement destinés aux adolescents, aussi, voir naître un roman destinés aux 8-12 ans est un vrai progrès en soi. Et rien que pour ça, ce roman est nécessaire, car il reste unique en son genre. On y suit George dans ses dilemmes intérieurs, sa difficulté à trouver sa place, cette certitude qu'il est une fille qui le taraude et qu'il ne sait comment faire découvrir aux autres... La petite fille en lui souffre de ne pouvoir porter de jolies robes et de devoir fréquenter les toilettes pour garçons. Ce roman permet de s'identifier, de faire preuve d'empathie et de comprendre.

Mais il n'a malheureusement pour moi qu'une portée pédagogique : le style est pauvre, voire absent, on n'est pas transcendé par de jolies phrases, on n'a pas les larmes aux yeux, on ne sent pas son cœur battre un peu plus fort. C'est loin d'être un chef d'oeuvre en version française (et je doute que la v.o. soit bien meilleure).  Bon, encore une fois, c'est le message qui compte, n'est-ce pas? On a lu bien pire en littérature de jeunesse!

J'ai pourtant été dévastée par le chapelet de réflexions très sexistes qui parsèment le romans. Les filles sont délicates, douces, artistes et détestent les jeux vidéos violents, elles rêvent de bikinis, de maquillage et de robes qui tournent. Les garçons sont des bourrins insensibles qui usent plus facilement de leurs poings que de leurs cœurs, ils sont sales (mention spéciale au grand frère de George, un spécimen d'ado particulièrement cradingue), ils sont bêtes, ils préfèrent plus que tout mater les culottes des filles, quand ils ne sont pas simplement lâches et absents (comme le papa de George). 

Alors je m'interroge, j'essaie de comprendre. Peut-être que l'univers immédiat de George est ainsi pour que comprendre sa démarche soit plus facile, mais présenter sous un jour si négatif les clichés liés aux genres peut également avoir un effet dévastateur sur les enfants lecteurs. Peut-être que c'est si tranché parce qu'à huit ans, on est en plein dans l'âge pré-adolescent où l'on se définit par rapport à l'autre, on comprend les différences physiologiques entre filles et garçons, et que ce sont ces aspects-là qui sautent aux yeux du personnage principal. Et ces repères sont peut-être les seules ancres auxquelles peut se rattacher la jeune George pour se définir et se construire.

Quoiqu'il en soit, George a pour lui le mérite d'exister et j'espère que ce roman ouvrira la voie à toute une ribambelle de textes traitant de la transidentité pour les plus jeunes. Parce que la tolérance ne peut venir que de la connaissance et de l'empathie, c'est aux enfants qu'il faut d'abord s'adresser pour espérer changer l'avenir. Mais il reste pour moi une lecture en demie-teinte, avec le style trop pauvre et les raccourcis trop faciles. L'avez-vous lu? Qu'en avez-vous pensé?

Je vous mets le lien vers la chronique de Lupiot du blog Allez vous faire lire, qui a grandement inspiré la mienne et qui m'a aidée à mettre des mots sur mes ressentis de lecture!


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lundi 20 mars 2017

"Tous les hommes meurent libres et égaux en droit!"

"Les Pépix c'est la vie", "Sarbacane c'est de la balle", ça va, je vous serine suffisamment avec cette maison d'édition pour que vous sachiez que je l'adore. J'ai eu le plaisir de lire Rufus le fantôme de Chrysostome Gourio, paru dans la collection Pépix en février dernier. Un pur délice et pourtant.. J'y allais un peu à reculons!

Rufus est un fantôme. A l'école où il va, il y a des zombies, des vampires et des loups-garous. Si le papa de Rufus lui a dessiné un avenir tout tracé, notre fantôme, lui, à d'autres ambitions : il veut devenir LA MORT.
Oui, la faucheuse, en chair et en os (surtout en os). Un métier passionnant et plein d'avenir, mais pas toujours facile à exercer, ainsi que Rufus va l'apprendre : conditions stressantes, horaires à rallonge...
Et si tout ça devait mener à une grande GREVE DE LA MORT ?

J'avoue tout, quand j'ai commencé les premières pages de Rufus le fantôme, je me suis demandé à qui j'allais bien pouvoir vanter les mérites d'une histoire où un jeune fantôme et son ami zombie rêvent de tuer des gens.

Oui, oui, vous avez bien lu : Rufus et Octave sont deux créatures de la nuit qui vivent dans un cimetière et ils sont supers copains. Bon, Rufus, du haut de ses 536 ans, commence un peu sa crise d'ado et troque volontiers son linceul blanc pour une robe noire piquée de clous, et avec Octave qui a malencontreusement avalé sa propre langue, ils rencontrent la faucheuse locale, un mec sympathique et passionné par son métier, Melchior. En vrai artisan de la mort, il prend un soin particulier à mettre en scène la mort de ses victimes, à les accompagner dans cette étape cruciale de leurs vies et à remplir son quota de morts quotidiennes. Seulement voilà le problème : les grands patrons du siège de la mort, en Transylvanie, désirent un meilleur rendement et augmenter la productivité, quitte à multiplier les catastrophes naturelles et accidents de transports en commun. C'en est trop pour Melchior qui refuse cette déshumanisation de la mort et qui propose à ses collègues de se mettre en grève.

Et c'est là que la mayonnaise a commencé à monter : ce roman burlesque et fendard est un concentré de références au monde de la grève, des syndicats et de la lutte des travailleurs. A travers le prisme du fantastique et de l'horreur, l'auteur fait une critique acide des multinationales pour qui les travailleurs sont des chiffres, les produits des bénéfices à faire et le temps de l'argent. A coup de tracts, banderoles et slogans, Rufus et Octave s'attellent à soutenir le mouvement, car devenir la mort, c'est leur rêve, mais pas dans ces conditions. 

Et au-delà des références aux revendications ouvrières, on lit également des passages très engagés, défendant des valeurs d'écologie, de solidarité et d'ouverture d'esprit. Les petits "entre-chapitres", qui parsèment le roman de recettes de cuisine, bricolages et blagounettes, sont d'ailleurs de jolis morceaux de rigolade! C'est également un très chouette livre sur les conflits de génération qui opposent parents et enfants, et la difficulté de se comprendre quand on n'écoute pas assez attentivement.

Le style est truculent, plein de jeux de mots et d'humour noir, et voici un petit florilège de slogans pour vous mettre l'eau à la bouche (promis, je ne vous dévoile pas les meilleurs):

LA MORT N'EST PAS DE TOUT REPOS
SOUS LA PIERRE TOMBALE, LA PLAGE!
NE GAGNONS PAS NOTRE MORT AU SUAIRE DE NOTRE FRONT

Le texte est accompagné des illustration d'Églantine Ceulemans, dont la patte claire et pétillante correspond tout à fait à ce roman bizarre et rafraîchissant. Une jolie découverte, je suivrai son travail avec attention! 

Un super roman grâce auquel je me suis bidonnée toute seule dans mon canapé. Et je terminerai cette chronique par en citant ce cher zombie d'Octave:

"Hhééémaaagnnuttteuuuhhignaaa, groupooongnouhéégneummiiin..."


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jeudi 16 mars 2017

“I feel as if I’m waiting for something dreadful to happen, and then I realize it already has.”

Lors de mon séjour à Édimbourg l'an dernier, j'étais revenue avec une sacrée pile de livres, que je m'attelle doucement à faire descendre. Et parmi ces ouvrages se trouvait le superbe Life after life de Kate Atkinson, paru ici chez Black Swan mais disponible en français sous le titre Une vie après l'autre d'abord chez Grasset puis au Livre de poche.

11 février 1910 : Ursula Todd naît – et meurt aussitôt.
11 février 1910 : Ursula Todd naît – et meurt, quelques minutes plus tard, le cordon ombilical enroulé autour du cou.
11 février 1910 : Ursula Todd naît – le cordon ombilical menace de l’étouffer, mais cette fois le médecin est là pour le couper, et Ursula survit…
Ursula naîtra et mourra de nombreuses fois encore – à cinq ans, noyée ; à douze ans dans un accident domestique ; ou encore à vingt ans, dans un café de Munich, juste après avoir tiré sur Adolf Hitler et changé ainsi, peut-être, la face du monde…
Établis dans un manoir bucolique du nom de Fox Corner, les Todd portent sur leur environnement le regard distancié, ironique et magnanime de ceux que les tragédies de l’Histoire épargnent. Hugh, le père, travaille à la City, tandis que Sylvie, la mère, reste à la maison et élève ses enfants à l’ancienne. Mais le temps, en la personne d’Ursula, va bientôt se détraquer, se décomposer en une myriade de destins possibles qui vont, chacun à sa manière, bouleverser celui de la famille…
Si l’on avait la possibilité de changer le cours de l’histoire, souhaiterions-nous vraiment le faire ?

Nous voilà face à un texte qui reprend le concept du "et si?" en le transposant au début du vingtième siècle dans une famille bourgeoise britannique. Ursula, le personnage que nous suivons au cours de ses innombrables vies, est une petite fille et une jeune femme brillante, un peu perdue dans les destins qui s'ouvrent à elle, et qui subit régulièrement l'assaut de déjà-vus si vivaces qu'on dirait des souvenirs.

Au fil des pages, des années et des différentes vies, on la suivra de sa chambre d'enfant jusqu'aux montagnes bavaroises, en passant par les décombres d'un Londres bombardé, une maison triste aux abords d'une école, des cafés chics et des trains brinquebalants. Kate Atkinson profite de son personnage aux mille vies pour nous dresser un portrait complet de la Grande-Bretagne et plus largement de l'Europe de la première moitié du vingtième siècle ; la montée des nationalismes, l'évolution des mœurs, les progrès technologiques, l'envie et la peur de tendre la main vers l'autre, les langues qui sont des barrières et des ponts, les amitiés et les amours qui sont toujours complexes et imparfaites...

L'auteur explique dans une postface enrichissante qu'elle a voulu faire un roman pour essayer de définir la britishness, sur les qualités, les défauts et les petites étrangetés qui font de la nation britannique ce qu'elle est, et j'ai personnellement trouvé que c'était très réussi. On y trouve l'humour pince-sans-rire, les rituels autour du thé, le flegme et la noblesse, la retenue qui dissimule la fragilité, le petit cheminot et le grand ministériel, les petites mains et les gros bonnets... Si vous êtes attirés par la culture britannique, je vous en prie, foncez, c'est un délice!

Le petit twist auquel je ne m'attendais pas et qui m'a beaucoup plu, c'est que l'on évoque à peine l'étrangeté de la condition d'Ursula. A-t-elle un pouvoir particulier qui lui permet de recommencer sa vie chaque fois qu'elle se termine? Ou bien est-ce le cas de tout le monde? Y a-t-il une explication surnaturelle ou plutôt philosophique? On ne vous donne pas la réponse, et l'on vous pose plutôt une question... Et vous, qu'auriez-vous fait différemment? Que pouvez-vous encore changer? La vie que vous vivez est-elle la meilleure qu'il vous était possible d'avoir?

Un très beau roman, dense et riche, que je vous conseille fortement si les sujets cités plus haut vous intéresse. Et en plus, c'est une très joli saga familiale, pour les amateurs du genre! Alors, qu'attendez-vous?


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dimanche 12 mars 2017

Découverte du Dimanche - le MOOC "Il était une fois la littérature de jeunesse"

"On se lasse de tout, excepté d'apprendre", disait le grand poète Virgile (paie ta recherche Google tes années d'études). Je pars du principe qu'on ne sait jamais que peu de choses et qu'il est toujours utile d'essayer en savoir un peu plus. Aussi, le principe des mooc, ces cours gratuits dispensés en ligne et encadrés par des universités, m'a tout de suite séduite. J'avais suivi le premier mooc sur la Fantasy il y a de cela quelques années, et lorsque j'ai vu que l'Université de Liège proposait de suivre un cours entièrement dédié à la littérature de jeunesse, je me suis aussitôt inscrite.


Les inscriptions sont ouvertes jusqu'au 22 avril, aussi n'hésitez pas à rejoindre la plateforme FUN pour rejoindre cette chouette aventure! Pendant six semaines, les collaborateurs du mooc vont aborder tous les aspects de la littérature de jeunesse, avec deux parcours possibles : un parcours découverte, et un parcours professionnel. J'ai pour ma part déjà suivi un Master portant sur la littérature de jeunesse, aussi je cherche à approfondir mes connaissances et à découvrir des auteurs et des textes, j'ai donc décidé de m'attaquer au second parcours!

Niveau temps, les deux modules publiés pour le moment - le premier étant une introduction très complète tentant de définir ce qu'est la littérature de jeunesse, le second portant sur le genre très spécifique de l'album - sont très complets et agréables à suivre. L'approche est très pédagogique et ludique, les propos sont clairs et concis, et j'ai déjà appris beaucoup de choses ou bien réactualisé des connaissances un peu rouillées!

Cela vous prendra entre une et trois heures par semaine si vous désirez le suivre jusqu'au bout, aussi rien d'insurmontable! Je suis pour l'instant super emballée par le second cours sur l'album, qui m'aide à élargir mes perspectives d'analyse et m'a déjà fait découvrir beaucoup de titres que j'ai très envie d'aller emprunter fissa à la bibliothèque!

Une excellente initiative que je conseille à tous ceux qui aiment apprendre, qui aiment la littérature et qui aimeraient mieux connaître la littérature de jeunesse, ce genre que j'adore, si riche et si méconnu <3 Faites-vous plaisir et apprenez des choses!

Vous pouvez discuter mooc sur son groupe facebook mais aussi dans son topic dédié sur Livraddict!

Avez-vous déjà suivi des mooc? Des thèmes intéressants à suivre dans les mois qui viennent? Dites-moi tout dans les commentaires!


Pour rappel, j'avais déjà réalisé une vidéo d'introduction sur la littérature de jeunesse : je vous invite à y jeter un oeil, et si ce que j'y dis vous intéresse, je vous encourage fortement à vous inscrire au mooc!

vendredi 10 mars 2017

"Ils accepteront ta liberté de femme, si ta liberté porte les habits de la folie."

Je n'avais pas tari d'éloges sur La langue des bêtes de Stéphane Servant, une découverte et un énorme coup de foudre qui a eu lieu fin 2016 et dont j'ai toujours du mal à me remettre. Alors forcément, j'ai voulu lire son roman précédent, Le cœur des louves, paru en 2013 aux éditions du Rouergue. Alors, suspense! Ai-je retrouvé les choses qui m'avaient fait palpiter derrière mes pages?

Célia est arrivée seule, à la fin de l'été. Livrée à elle-même dans la vieille maison, elle attend sa mère. Le village est toujours pareil, perdu au fond de la vallée, avec ses montagnes couvertes de forêts et son lac Noir.
Leur retour réveille de vieilles histoires.
Celles d'une grand-mère à la réputation sulfureuse. Car ici, tout le monde se connaît depuis toujours. On s'aime trop ou on se hait et ce sont les hommes qui font la loi, par la force s'il le faut.
Pour découvrir ce qui se cache sous la surface des choses, elle devra se tailler un chemin, entre mensonges et superstitions.
Et se faire louve pour ne pas être proie.

Je ne peux pas me retenir plus longtemps. J'ai adoré. Ce roman ne fait que confirmer ce que je savais en fait déjà : Stéphane Servant, je crois qu'il écrit pour moi. Si si. Enfin, quoiqu'il en soit, ses thèmes, ses personnages, ses décors et ses récits sont en totale adéquation avec ce que je cherche chaque fois que j'ouvre un livre. 

Dans Le cœur des louves, on retrouve des thèmes chers à l'auteur : la proximité d'une forêt, lieu de magie, de découverte, d'introspection et de terreurs ; les non-dits qui, dans un effet boule de neige terrible, se transmettent de génération en génération en faisant de sacrés dégâts ; la frontière invisible entre la sanité d'esprit (oui, oui, c'est comme ça qu'on dit) et la folie, qu'il est si facile de franchir ; le regard de l'autre, celui qui ne vit pas comme toi et que tu as tant de mal à comprendre ; le pouvoir des histoires et des mots, qui peuvent à la fois être sauveurs ou bourreaux.

Ici, le récit se pare également d'une réflexion assez poussée sur la condition féminine, au travers de quatre personnages complexes et très profonds. Il y a d'abord Célia, la jeune héroïne, qui face à un père démissionnaire et une mère absente, se sent invisible, ignorée, inconséquente et mal-aimée. La colère bouillonne en elle, ça brûle, ça déborde. Face à elle, sa mère, Catherine, écrivaine en panne d'inspiration qui passe ses nuits sur des manuscrits qu'elle ne rend jamais. Effacée, enfermée dans sa bulle et inaccessible, elle est une énigme pour le lecteur, qui la voit enchaîner les flirts et les périodes de déprime avec la même incompréhension que sa fille. Une génération au-dessus encore, il y avait Tina, une grand-mère secrète, solitaire, un peu sorcière, dont ses descendantes ne savent rien, à part que le village entier la méprisait et la craignait. Et enfin, Alice, une jeune fille de l'âge de Célia, au père violent et à la vie dissolue, qui reprend vie avec l'arrivée de Célia au village et par qui les nœuds du destin vont commencer à se dénouer pour faire sens.

Ces quatre femmes vivent hors du monde pour pouvoir devenir elles-mêmes, telles les louves qui battent la forêt la nuit, exprimant leur être le plus profond, le plus simple, le plus évident, en se débarrassant des carcans de la vie sociale et du regard d'une société normée. Ce roman crie la difficulté d'être en groupe comme on aimerait être avec soi-même, surtout pour les femmes dans des milieux encore trop patriarcaux ; ici, dans le village où se déroule le roman, ce sont toujours des hommes qui font la loi, qui décident, qui prennent sans donner, qui détruisent sans reconstruire. La femme, recluse et secrète, n'a que la magie de son ventre fertile pour exister, pour faire peur et obtenir un certain respect. Heureusement, le personnage d'Andréas, jeune homme rêveur et solitaire qui fabrique du papier, éclaire tout cela d'une lueur d'espoir.

Ce roman, c'est un retour à ce qu'il y a de plus primitif dans les sociétés humaines. On va y fouiller à mains nues dans le charnier complexe laissé derrière elle par une humanité qui veut comprendre et maîtriser, pour en retirer le petit diamant précieux, celui de l'amour et de la solidarité. La parole, le propre de l'homme, est ici un symbole fort : le silence blesse et détruit, les mots apaisent et reconstruisent. 

Et vu que j'aimerais toujours les histoires qui défendent le pouvoir magique des mots, je crois que ce roman rejoint les quelques autres que je relirai précieusement toute ma vie.


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dimanche 5 mars 2017

Découverte du Dimanche - Les contes mélangés de Karibencyla

Allez, c'est le mois de mars, le printemps arrive, je me sens d'humeur à ressusciter cette rubrique que j'avais délaissée! Le principe des Découvertes du Dimanche, c'est de chaque semaine, profiter de cette journée plus tranquille et plus paresseuse pour prendre le temps de se pencher sur une maison d'édition, un événement, une initiative qui met des paillettes dans ma vie de lectrice. Je ne sais pas si je tiendrai tous les dimanches, mais vous reverrez régulièrement cette rubrique!

Et vu qu'aujourd'hui c'est mon anniversaire, que l'une de mes passions c'est les réécritures de contes, j'entame cette nouvelle série par la merveilleuse collection des Contes mélangés, publiée depuis 2009 chez les éditions Karibencyla.

Basée à Perpignan et créée en 2009 par Maryse Alonso et Joël Cimarrón, cette petite maison d'édition pep's et colorée écume les salons et festivals pour faire découvrir son travail. Je les avais découvert une première fois SLPJ de Montreuil il me semble, et quand je les ai revus cette année à Saint-Malo lors de Quai des Bulles, j'ai craqué pour leur collection des contes mélangés. Le principe de cette collection? Reprendre un conte classique et lui faire rencontrer des personnages de mythes, contes et folklores d'ailleurs.

Blanche-Neige et les korrigans, Peau d'Âne et les Tanukis, Barbe Bleue et Compè Lapin... Si vous aussi, ça vous met l'eau à la bouche, n'hésitez pas, foncez. Pour ma part, j'ai eu le plaisir de découvrir La Belle et Ganesh, et leur dernier-né, Les Mille et Une Nuits de la Belle au Bois Dormant.

Ici, on a repris La Belle et la Bête de Madame Leprince de Beaumont, et au lieu d'une bête désagréable, on lui a fait rencontrer l'une des divinités les plus populaires de l'hindouisme, Ganesh, et sa petite souris Mûshika. Une merveilleuse histoire d'amitié, où les deux protagonistes tissent des liens forts grâce à leur amour partagé pour la connaissance, la sagesse et la clairvoyance. Les châtoyantes couleurs roses et fuschia des tenues de Belle s'accordent parfaitement avec le vert tendre de la peau de Ganesh, créant une harmonie visuelle reflétant parfaitement leur harmonie spirituelle. C'est joli, c'est tendre, c'est une histoire teintée de noblesse et de courage. J'ai été conquise.

Là, ce fut un vrai coup de cœur. Prenez La Belle au Bois Dormant de Perrault, faites de l'ingénieuse Shéhérazade l'une de ses marraines, saupoudrez de Djinns facétieux et appelez le fils d'un héros connu pour sa lampe magique pour sauver la princesse de sa malédiction... Vous obtenez un album merveilleux, tout en douceur et en étoiles, où l'Orient et l'Occident se mêlent pour vous présenter une nouvelle histoire magique et merveilleuse. J'ai adoré. Une petite pépite qui a rejoint ma bibliothèque! Ici, les couleurs sont volontiers plus douces, invitant au mystère et à l'enchantement, avec des teintes de bleus, de verts sombres, de violets et d'ors scintillants.
Le texte est soigné, prenant ce ton cérémonieux et sacré du conte que l'on se chuchote au coin du feu, Les illustrations vives et colorés accompagnent à merveille ces textes, en conservant un certain flou vous permettant d'y projeter les détails que vous voulez y voir. 

Mais surtout, ce que j'aime par-dessus tout, c'est la façon dont les éditeurs ont pris le parti de prouver qu'en mélangeant les histoires des quatre coins du monde, il était facile de les rendre plus riches et plus belles. C'est un merveilleux support pour découvrir l'autre, s'intéresser à des cultures différentes et nourrir son imaginaire d'images venues d'ailleurs. Vous pouvez d'ailleurs retrouver, à la fin de chaque album, un texte vous racontant les différentes sources utilisées pour créer ces mélanges savoureux.

Vous l'aurez compris, je vous invite fortement à découvrir cette collection, ainsi que les autres de la maisons d'édition, notamment la série des Patatra la petite sorcière

Et vous, quels contes et quels personnages d'ailleurs aimeriez-vous voir se rencontrer? 

mercredi 1 mars 2017

C'est le premier, je balance tout! - Mars 2017


Pour le deuxième mois consécutif je tiens un rendez-vous - champagne! Celui-ci a été lancé par Lupiot du site Allez vous faire lire ! Toutes les explications super claires se trouvent ici!

Le principe? Il y a quatre trucs à balancer:
  1. Le Top & Flop de ce que j’ai lu le mois-dernier.
  2. Au moins 1 chronique d’ailleurs lue le mois dernier.
  3. Au moins 1 lien qui m’a fait « Wahou » le mois dernier (hors chronique littéraire).
  4. Et enfin : ce que j’ai fait de mieux le mois dernier.
Vous êtes prêts pour mon bilan de février? C'est parti!


 Top & Flop 



Voici tous les livres que j'ai lus au mois de février... Ce mois-ci a surtout été marqué par le challenge des "suite de sagas", dont le but était d'avancer un maximum dans toutes les sagas qu'on a en cours... Je m'en suis plutôt bien sortie car j'ai terminé deux séries de comics, Wonder Woman et Locke & Key, je suis également à jour dans Arte, Saga et j'ai terminé la trilogie des Miss Peregrine. Je me suis aussi fait plaisir avec des romans pour les petits, pour les grands, en français, en anglais... Des albums, de bons mots et même de la poésie! 21 livres en moins dans ma PàL... C'est toujours ça de pris!

#1: Life after life, Kate Atkinson

Oh la la, les amis, quelle claque! Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu du contemporain en v.o., et ce livre m'attendait dans ma PàL depuis mon voyage à Edimbourg l'année dernière... J'ai a-do-ré! C'est un très beau roman familial et historique, une espèce de quintessence de la British-ness, un texte plein d'humanité, de grands malheurs et de petits bonheurs... J'ai envie de découvrir toute la bibliographie de l'auteur depuis que je l'ai terminé. C'est bon signe, non? J'ai lu ce roman dans son édition britannique de chez Black Swan, mais il existe également en français au livre de poche sous le titre Une vie après l'autre.

#2 : Locke & Key, Joe Hill et Gabriel Rodriguez

Lors du challenge "suite de sagas" mentionné plus tôt, je me suis attelée à cette série de comics moult fois conseillée par mon choubidou. Une maison victorienne, un meurtre sordide, des clés magique et un jeune homme sexy et inquiétant... Il ne m'en fallait pas plus pour adorer cette série! Entre histoire de famille, enquête policière, récit fantastique et passages horrifiques, il y avait tous les éléments pour que cette série rejoigne illico mes chouchous du genre. Amoureux des histoires bien ficelées, des personnages originaux et des histoires de fantômes, vous devriez adorer! C'est paru chez Milady comics.

#3 : Car l'adieu, c'est la nuit, Emily Dickinson

Bon, je vous mens un peu, ce ne fut pas vraiment un coup de cœur, mais plutôt une très grande fierté. Je voudrais cette année me donner des challenges de lecture, et lire de la poésie anglophone était l'un d'eux. J'ai commencé avec un recueil d'Emily Dickinson, l'un des plus grands noms de la poésie américaine du XIXème siècle, en édition bilingue. Ce fut fastidieux, mais j'ai été bouleversée par certains poèmes que je voudrais apprendre par cœur. Je compte enchaîner en mars avec la plume de Sylvia Plath, dont j'ai déjà acheté un recueil dans la même collection, chez Gallimard.

...et le gros flop du mois?

J'ai pas compris! Nan mais vraiment! Moi qui avait aimé le premier tome, adoré le second, j'ai trouvé que la trilogie des Miss Peregrine de Ransom Riggs retombait comme un soufflé avec cette Bibliothèque des âmes. On s'ennuie pendant la première moitié, et pendant la seconde, on nous bourre le crâne avec plein de nouveautés qu'il aurait fallu aborder bien plus tôt dans la série! Des rebondissements mous, un combat épique qui n'a rien d'extraordinaire, un happy ending maladroit et décalé (sans parler de la traduction parfois approximative)... Je ne me suis pas renseignée sur ce qu'en avait pensé le reste de la blogo, mais je serais étonnée que beaucoup de gens aient apprécié cette fin bâclée et décevante!

 Les chroniques d'ailleurs 


Chez Valentine
La chronique bloguesque qui m'a donné le plus envie, c'est celle de Valentine sur le blog Le Brocoli de Merlin à propos du livre The Paper Magician que j'avais beaucoup, beaucoup vu passer sur booktube! Elle m'a vraiment donné envie de découvrir ce roman, j'ai hâte de mettre la main dessus! :D


Chez Lucie et Marion
Ce n'est pas vraiment une chronique, mais j'ai adoré l'article sur le problème de la classification par âge en littérature de jeunesse sur le chouette blog Dans ta page. Je me suis beaucoup reconnue dans le discours de Lucie et Marion, et je pense que je vous écrirai quelque chose dans la même veine très bientôt pour vous parler des problèmes que je rencontre à ce sujet en librairie.
Et sur Booktube, je reste assez fan de la chaîne de Hanna, The Clockwork Reader, qui nous a présenté ce mois-ci une série de fantasy magique qui me fait de l'oeil (je crois que vous l'avez compris, je suis très attirée par le réalisme magique ces temps-ci!), A Darker Shade of Magic de V.E.Schwab. Je vous mets la vidéo ici!




 Les liens du mois! 

Les amis, les amis! Autant le mois de janvier m'avait laissée sans surprises et sans grandes découvertes... Autant février m'a apporté énormément de choses, tellement que je ne sais pas par quoi commencer, ni si je vais réussir à tout vous présenter!

Je suis au chômage en vacances jusque début mai, aussi j'ai essayé d'en profiter pour découvrir des tas de chouettes initiatives et de jolies choses. C'est parti!

Un Invincible été
Côté blogs, j'ai découvert (grâce à ce chouette rendez-vous) le très joli blog Un invincible été, où Pauline nous fait partager ses petits bonheurs et belles découvertes. J'aime beaucoup le ton doux, calme et pétillant, qui donne envie de cocooning là, maintenant, tout de suite. Inutile de vous dire que ce blog est avant toute chose une espèce de porte des étoiles vers d'autres blogs et sites merveilleux. Gare à vous si vous y jetez un œil : trois heures de découvertes merveilleuses vous attendent!

La Poudre
Niveau podcasts, j'essaie d'en écouter de plus en plus, et j'en ai deux à vous présenter : d'abord, La Poudre, un podcast résolument féministe où l'animatrice Lauren Bastide invite dans chaque émission une artiste, réalisatrice, femme politique et lui demande de raconter son parcours de femme. Je ne les ai pas encore tous écoutés, mais j'aime beaucoup le ton et les sujets abordés. Merci à ma copine Mathilde pour la découverte!

Vos gueules les mouettes!
Mon amie Camille participe également à une webradio de Douarnenez, Vos gueules les mouettes, et j'ai enfin pris le temps d'écouter plusieurs de leurs émissions. J'aime beaucoup les culturiosités et l'humeur à Tonton, mais je suis loin d'en avoir fait le tour. Chouette initiative engagée et humaniste, je suis toujours contente des les écouter et j'apprends plein de choses! En cette période de carnaval (et étant dunkerquoise, je suis loin d'être impartiale sur ce sujet), je vous conseille notamment la chouette émission consacré à cette fête populaire en cliquant ici!

Mais ce n'est pas tout! Je me suis aussi ouverte à plein de chaînes Youtube super géniales, originales, drôles, poétiques ou inspirantes. Voilà un petit florilège des petits gens que je vais surveiller de près, car je pense qu'ils vont beaucoup me plaire!

Virago, la chaîne présentée par la comédienne Aude Gogny-Goubert, dont le but est de vous présenter des portraits de femmes exemplaires de l'histoire du monde.

Geography Now : je n'aurais jamais cru m'intéresser à une chaîne de géographie, mais les petits gars qui présentent ce programme sont drôles, concis et clairs! J'ai été séduite à leur présentation de la France, et j'ai maintenant envie de regarder tous les pays du monde!

J'ai découvert (mille ans après tout le monde) Solange te parle et même si je ne suis pas complètement d'accord avec le concept de ces vidéos, je suis fascinée et très intéressée par son discours et son format!

Enfin, last but not least, ja chaîne de Fran Meneses, une illustratrice chilienne installée au Royaume-Uni. J'ai bien évidemment été conquise par son style graphique, mais aussi par ses questionnements sur la motivation, l'inspiration, et ça m'a menée à...


 Ce que j'ai fait de mieux le mois dernier 

J'ai repris goût au dessin! Si si! Pour de vrai! Cela faisait des mois que je ne dessinais plus que par défaut, pour nourrir une page facebook moribonde, et je me suis rendue compte que depuis mes quinze ans et l'ouverture de mon compte sur DeviantArt je ne dessinais quasiment que pour que ce que je fais plaise à des gens. Je me suis débarrassée de la page facebook, je n'ai conservé que mon petit blog Tumblr pour garder une trace des gribouillis dont je suis le plus fière, et je me sens beaucoup plus libre d'expérimenter de nouvelles techniques, de jouer avec mon style, et puis globalement de faire ce que je veux. Je poste de temps en temps les résultats sur Instagram si ça vous dit!

J'ai aussi repris d'une main de maître mon organisation bloguesque et cette fois, je pense que c'est la bonne. J'ai plein de jolies choses à vous faire découvrir dans les semaines qui viennent. Je vous invite d'ailleurs à vous intéresser au concours que j'ai mis en place dans le cadre du challenge Avril en Albums que j'organise cette année pour la troisième fois! ^^

Décidément, j'en ai eu des choses à vous dire! Espérons que chaque mois sera aussi enrichissant! ^^ Et vous, à quoi a ressemblé votre mois de février? :)