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vendredi 22 mai 2015

"Fantoccio, tu n'as pas de nombril!"

Je vais finir par me dire que j'ai une obsession pour les réécritures de contes. J'aime découvrir les contes originaux, voir les adaptations (parfois pourries) qu'on nous propose au cinéma, et j'adore découvrir les différentes versions que peuvent nous livrer les auteurs contemporains à propos d'histoires que l'on pense connaître. Après Wicked, Beauty et Lost, je vous parle aujourd'hui d'un petit nouveau venu chez Medium à l'Ecole des Loisirs, Fantoccio, où Gilles Barraqué revisite le classique Pinocchio de Carlo Collodi.


Une nuit, dans la campagne de Toscane, sur la table d'une demeure crasseuse, un grand pantin de bois s'éveille à la vie. Voilà Fantoccio soudain tiré du néant et doté des facultés de penser, de ressentir et d'agir. Magie!C'est Giuseppe Taddei, dit Geppetto, qui en a décidé ainsi. Lui, le maître marionnettiste sans le sou, pourra alors proposer un numéro extraordinaire et faire enfin fortune.Fantoccio est donc né sous le signe du mensonge. Mentir, mentir... Pour exaucer le rêve du maître, il faut apprendre à jouer le pantin, à tromper le monde dans l'artifice des fils et à tous les instants du quotidien. A n'être qu'une chose!Mais il y a la vie, la force de la vie. Mais il y a la ville de Sienne, qui bouillonne, qui appelle. Sienne et ses bas-fonds, ses petites crapules, ses mystères, ses rites, comme la Palio, cette course de chevaux. Il y a aussi la musique, les livres, le théâtre. Et surtout, il y a la belle Livia, qui danse avec Fantoccio sur scène.Jusqu'où tiendra le mensonge? Comment s'empêcher de vivre? Comment contenir cette voix qui dit, chaque jour un peu plus fort, "je suis un homme"?



Il m'a fallu du courage pour lire la quatrième de couverture alléchante, car la photo qui s'étale sur le devant de l'objet est tout bonnement terrifiante! Je m'attendais à une histoire d'horreur, un conte macabre où les poupées prennent vie pour étrangler leurs propriétaires... Heureusement, j'ai pu passer outre, et j'espère que vous en ferez de même, car ce roman est un petit chef d'oeuvre.

On y retrouve les éléments de l'oeuvre originale, ils sont tous là : le grillon, les mensonges, Mange-Feu, la sorcière (ou est-ce une fée?), le renard et le chat, la tanière des plaisirs, le ventre marin de la baleine... Mais Gilles Barraqué a fait le choix d'un récit où le fantasque et le merveilleux se dissimulent dans les détails, subtils et discrets, au lieu d'exploser dans une joyeuse cacophonie de sons et d'images comme dans l'oeuvre originale. Là où Pinocchio se veut une farce rocambolesque où le jeune pantin, aussi voyou que méchant, traverse des aventures fabuleuses le menant peu à peu à découvrir ce qui fera de lui un vrai petit garçon, Fantoccio met en scène un jeune pantin obéissant, plein de questions sur la vie et sa raison d'être, qui crève d'envie de découvrir le vaste monde.

Fantoccio s'éveille, et sa tête de bois résonne de questions. Il s'émerveille de petites choses, affronte seul les longues heures de solitude où son maître dort, à écouter le grillon de la cheminée. Ce personnage de pantin magiquement amené à vivre est d'abord perturbant : le lecteur ne peut s'empêcher de sentir qu'il y a quelque chose de monstrueux chez lui. Fantoccio en est peu à peu conscient, notamment lorsque ses fibres de bois réagissent violemment au contact d'une jeune et belle actrice, Livia, avec laquelle il doit feindre de n'être qu'un pantin très habilement manié. C'est le début du doute, du désir, du manque et de la soif qui mèneront notre petit personnage de l'enfance à l'âge adulte.

Et les autres personnages servent parfaitement le propos de l'auteur : Geppetto, charpentier brisé par un drame, tente malgré la boisson et le désespoir de retrouver goût à la vie grâce à son pantin enchanté ; Mange-feu est loin d'être le tortionnaire de marionnettes que l'on imagine ; le chat et le renard deviennent Micio et Le Roux, deux gamins des rues plus malicieux que méchants ; la baleine devient le grand réseau de sous-terrains fluviaux de Sienne, refuge d'un instant pour Fantoccio le fauteur de troubles ; et les ânes les plus stupides sont loin d'être ceux que l'on croit!

Gilles Barraqué s'est emparé du pantin Pinocchio et d'une plume exquise, délicate et mélancolique, il nous a livré un merveilleux roman d'apprentissage où les tableaux s'enchaînent comme au théâtre, où rien n'est tout blanc ni tout noir, où le mensonge peut sauver comme détruire, où la vie finit par éclater avec joie, légèreté et optimisme. Vous aurez compris, un énorme coup de coeur pour moi!

Je veux juste préciser que la lecture de ce roman est, malgré son héros, déconseillée aux plus jeunes (car réfléchissez, que manque-t-il de crucial à un pantin de bois en pleine crise d'ado qui veut séduire une jolie fille?).

2 commentaires :

  1. Ton article est super intéressant ! Il m'a bien donné envie de découvrir ce livre !

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    Réponses
    1. Oh merci beaucoup! :D Si j'arrive à répandre la bonne parole, je suis ravie! ^^ J'espère que tu jetteras un oeil à ce bouquin, je trouve vraiment que c'est l'un des meilleurs que j'ai lus depuis le début de l'année!

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