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"Quand papa est extrêmement pressé, c'est que maman est à ses trousses pour lui enfoncer la couronne sur la tête."

vendredi 27 janvier 2017

Christophe Mauri, l'auteur de la super série des Mathieu Hidalf, sortait en automne dernier une nouvelle collection chez Gallimard, pour les lecteurs les plus jeunes, intitulée "La famille royale". Voyons un peu ce que les deux premiers tomes de cette série pétillante ont à nous proposer!

«Non, non, non! Pas de pluie pendant l'été!» crie la foule en colère. Alors papa, qui est le roi, a promis le soleil et, dès le lendemain, il nous emmenait en vacances au bord de la mer, maman, mon petit frère Louis-Junior et moi, Alice. Sans oublier Bozzo, l'éléphant en peluche! On allait faire du camping pour la toute première fois...


Les familles royales participent aux JO d'hiver. Papa tente le saut à ski et, pour la descente des reines, on place tous nos espoirs en maman. Mais pour le relais, la dernière épreuve, toute la famille entre en piste! Objectif médaille d'or!

Les deux premiers romans de cette série mettent en scène les aventures d'une famille royale. Enfin, oui, ok, le papa est un roi, la maman une reine, mais tous les deux détestent porter la couronne et préfèrent s'occuper à des tâches récréatives. Du coup, la couronne est sous garde partagée, une semaine sur deux, et c'est à qui aura le stratagème le plus efficace pour fuir ses responsabilités politiques chaque lundi. Le tout sous les yeux de la princesse, Alice, et du petit prince, Louis-Junior.

Le ton est résolument humoristique, décalé, voire parfois absurde, car les membres de la famille royale, s'ils ont horreur du pouvoir que leur donne leur couronne, n'ont par contre aucune idée de la façon dont vivent leurs sujets : comment se nourrissent-ils? Chassent-ils le crabe sur la plage comme des sauvages? Comment s'ouvrent les portes de ces satanées voitures? Est-ce normal d'avoir un doudou d'éléphant à échelle réelle?

Au final, le décorum royal n'est là que pour décaler les personnages de la réalité, car leurs préoccupations sont les mêmes que celles du commun des mortels : fuir la grisaille en été, apprendre à skier, se faire des amis, passer de bonnes vacances. Les illustrations pétillantes et un peu vintage d'Aurore Damant (les personnages rappellent la famille Jetson ou les Pierrafeu) accompagnent parfaitement un texte dynamique et sautillant qui se dévore.

Le seul bémol, selon moi, est celui d'un certain manque d'originalité : la maman est une maniaque de l'ordre et de la compétition, le papa un nounours rigolo un peu lâche, le petit frère farfelu et malicieux, la grand-mère rabat-joie et collante... Que de clichés dans si peu de pages! Sans parler de l'univers très blanc-bobo dans lequel évolue la petite famille, où mis à part dans quelques pages où l'on voit la foule manifester, il n'y a pas vraiment de place pour les origines variées.

Alors oui, c'est une collection de deuxièmes lectures, à partir de huit ans, rigolote, fraîche et très efficace, bien écrite et qui prend à contrepied les personnages de rois et de reines des contes de fée. Si on y ajoutait le sel de la représentation et de l'originalité, ce serait parfait!


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mardi 6 octobre 2015


La rentrée est l'occasion de sortir de nouveaux titres dans des collections pour les apprentis lecteurs. J'en lis beaucoup, même si j'en parle peu ici, mais celui-là me tenait à cœur... Voilà J'ai peur de savoir lire par Olivier de Solminihac.

Le CE2, c’est sérieux. Il y a ceux qui sont forts en calcul, comme Sofia, qui a avalé une calculatrice quand elle était petite. Il y a ceux qui sont forts en tout, comme Georges- Louis, qui va bientôt donner des cours à la maîtresse. Et il y a Stéphane, qui a envie d’avoir de bonnes notes, qui est d’accord pour bien faire ses devoirs, pour devenir fort en calcul, pour apprendre la signification de mots aussi compliqués que « cobalt » et « tungstène », et pour lire tous les livres qui sont sur son étagère. D’accord pour tout cela, oui, mais pas sans sa maman.

L'Ecole des Loisirs n'est plus à présenter, notamment pour ses romans abordables et merveilleusement utilisables en classe pour développer la lecture chez les plus jeunes, notamment avec les collections Mouche et Neuf. Dans J'ai peur de savoir lire, Olivier de Solminihac traite d'un sujet peu abordé et qui pourtant fait rage lors de l'apprentissage de la lecture : lire seul, c'est grandir, et grandir ça fait peur.

Stéphane a huit ans, et s'il connaît son alphabet et peut déchiffrer seul des textes simples, c'est loin d'être facile pour lui. A l'entrée en CE2, les girafes deviennent des carafes, et petit à petit, ses 8/10 se transforment en 3. Sa maman est inquiète, sa maîtresse aussi, mais il ne sait pas comment faire pour remonter la pente. Les lettres se mélangent sous ses yeux, alors que pour Sofia et Georges-Louis tout cela semble si facile!

C'est le récit d'un enfant qui découvre le plaisir de lire grâce au soutien de sa maman, pour qui ce n'est pas non plus un passe-temps très reposant. Il découvre la richesse du vocabulaire, mais également qu'apprendre à lire, c'est apprendre à être seul.

Ce petit roman est également truffé de jolie poésie et d'images cocasses, que l'enfant ne comprendra peut-être pas complètement, mais qui, comme pour Stéphane, titilleront son imagination et lui donneront envie de lire plus pour mieux comprendre. 

J'ai peur de savoir lire est une petite bulle utile et subtile sur le difficile passage de la lecture à deux à la lecture seul, pleine de tendresse et de véracité, à mettre dans les mains des enfants mais aussi des parents déboussolés.
 
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