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vendredi 20 février 2015

"London was a template of childhood reading."

Je ne sais toujours pas mettre le doigt dessus, mais il y a quelque chose dans les livres de Gregory Maguire qui me fascine. Je suis toujours happée par ses livres, je les termine à cinq heures du matin alors que je me lève à sept heures, et une fois le bouquin terminé, j'ai beaucoup de mal à dire ce qui m'a plu. Mais une fois de plus, je vais essayer! Voilà Lost, de Gregory Maguire, qui a été publié en France sous le titre Les fantômes de Winnie (malheureusement uniquement disponible en occasion désormais).
Présentation : Écrivain pour la jeunesse, Winifred Rudge se rend à Londres dans la demeure de son cousin John, où elle a passé une partie de son enfance. Elle espère trouver là l'inspiration d'un nouveau roman, nourri du mythe de Jack l'Éventreur et de l'univers de Dickens, dont le personnage de Scrooge, le vieil avare du Conte de Noël, aurait pris pour modèle un de ses ancêtres.
Étonnée par l'absence de John - mais ce dernier ne la fuit-il pas pour une raison cachée ? -, Winnie s'installe chez lui, mais prend bientôt conscience d'étranges bruits provenant d'une ancienne cheminée condamnée. Une atmosphère de plus en plus pesante l'oppresse alors, d'autant qu'elle va se lier avec d'étranges personnages au gré de ses pérégrinations londoniennes : un médiéviste américain, spécialiste de sorcellerie, un voyant à l'accent germanique douteux, une vieille voisine à moitié folle qui ne cesse de perdre ses chats...
Lorsque la cheminée livrera enfin ses secrets, Winnie entamera un voyage fantastique à travers le temps, à la rencontre d'une âme en peine en qui elle trouvera un écho à ses propres blessures...
Un mystère surnaturel, à Londres, avec des références à des tas d'écrits britanniques qui ont bercé l'enfance d'une grande partie d'entre nous : ce roman avait tout pour me séduire. Il m'attendait sagement sur l'une de mes étagères depuis pas moins de six ans, et le jeu en valait la chandelle. Contrairement à Wicked (dont je vous avais parlé ici), Maguire a fait le choix de situer cette réécriture au tout début du vingt-et-unième siècle. L'héroïne est une femme d'âge mûr, un peu antipathique, complètement paumée, qui tente, suite à un drame dont on ignore d'abord tout, de se reconstruire et de reprendre le contrôle de sa vie. On est loin des univers fantastiques du royaume d'Oz, ici, c'est la vraie vie qui est polluée par l'imaginaire.

La première partie du roman nous pose les bases de la trame, et c'est avec parcimonie que l'auteur distille de petites informations sur le passé de Winnie, sa relation aux hommes, à son travail et aux enfants. Lorsque du conduit de la cheminée de la maison familiale s'élèvent des coups, c'est tout l'imaginaire des fantômes de Dickens qui remonte à l'esprit de Winnie. Et jusqu'au bout, le mystère tient bon : est-elle devenue folle, ou bien est-elle le témoin d'événements surnaturels?

Le doute est maintenu jusqu'au bout, et les nombreux rebondissements mettent le lecteur dans un brouillard épais. L'atmosphère s'alourdit, les non-dits se révèlent, et c'est dans une spirale angoissante, quasi-infernale, que l'on suit Winnie dans sa quête d'elle-même. La narration fait des va-et-vient entre le présent de Winnie et des morceaux du roman sur lequel elle travaille, créant une habile mise en abyme destinée à perdre le lecteur avant de tout lui révéler. 

Les personnages qui entourent Winnie apparaissent d'abord tous assez banals et presque caricaturaux, pour petit à petit se révéler comme des moteurs de l'action, ainsi que des vecteurs de salvation pour notre héroïne. De la petite-amie de John, pincée et jalouse, au compatriote américain curieux et instruit, en passant par l'improbable antiquaire-voyant, chacun se fait l'avatar des fantômes de Dickens pour mettre Winnie face à elle-même, à ses blessures et à ses angoisses.

Maguire nous livre un roman somme toute assez subtil sur la dépression et le traumatisme, qui montre que l'imagination peut à la fois être un abîme sans fonds dans lequel on peut perdre la raison tout comme un support pour se sauver soi-même. L'ambiance angoissante a tout du film d'épouvante, et vous procure d'exquis frissons lorsque, à trois heures du matin, vous interrompez votre lecture à cause d'un bruit suspect.

Un excellent roman psychologique sur fonds de récits classiques, Lost ravira les amateurs de littérature et d'intrigues rondement menées.

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