Bookaholic

lundi 20 octobre 2014

Remettons-nous dans le bain. Si j'ai été un peu discrète ces derniers mois, c'est donc que j'ai trouvé du boulot dans une grande surface culturelle pour remplacer un congé maternité. Je m'occupe du rayon jeunesse et je m'éclate et je vais y rester jusque fin novembre normalement! J'ai lu beaucoup - BEAUCOUP - de choses, je vais essayer de faire quelques critiques dans les semaines qui viennent, mais je me suis dit que j'allais commencer par vous montrer la liste impressionnante de  bouquins que j'ai achetés et que je n'ai, pour la plupart, pas encore lus... Let's get it on!



On commence avec le joli petit album Quand un éléphant tombe amoureux, de Davide Cali et Alice Lotti, paru aux éditions PassePartout. Une petite histoire fraîche, tendre et drôle où on suis les états d'âme d'un éléphant amoureux. J'ai été séduite par le dessin simple et efficace, la douceur du récit et les clins d'oeil drôles. Rien de révolutionnaire ici, mais les albums sont parmi les livres que je n'achète que lorsque j'ai un véritable coup de coeur.

J'ai ensuite lu deux mangas. Cela faisait un bail que je n'en avais pas lus, aussi j'ai eu une petite pulsion. Le premier, Bride Stories de Kaoru Mori, m'a été conseillé par ma copine Agatha. J'ai tout de suite été séduite par la délicatesse du dessin fourmillant de détails (rien qu'à m'imaginer dessiner autant de broderies sur chaque tenue me donne le tournis). Le récit est très agréable, on ne nous dit que l'essentiel, le reste étant porté par le dessin, c'est beau et profond, je me régale à chaque tome. Je compte bientôt me procurer la suite, et enchaîner avec Emma, du même auteur!

J'ai par la suite lu les deux premiers tomes du Maître des livres de Umiharu Shinohara. J'ai été intriguée par le titre et lorsque j'ai vu que ça parlait des différents acteurs du livres et de la littérature de jeunesse, je me suis laissée séduire. Le principe : une bibliothèque privée entièrement dédiée à la littérature de jeunesse voit passer tout un tas de lecteurs, et le bibliothécaire, le taciturne Mikoshiba, leur conseille des livres qui leur ouvrent l'esprit, leur permettent de mieux comprendre leurs vies et de règlent leurs soucis. Il y a des clins d'oeil à des livres occidentaux comme à des romans japonais méconnus de notre côté du monde, et ça donne envie de lire plein de choses. Je regrette cependant le nombre de raccourcis pris, que ce soit dans les dialogues ou la narration, ce qui s'avère parfois un peu déroutant et trop rapide!

Je viens juste de terminer Les Maîtres Chanteurs d'Orson Scott Card. C'est ma copine Sarah qui me l'avait envoyé il y a de cela des mois, en me disant que c'était un livre qui donnait envie de lire plus de SF (l'une de mes grandes envies : m'y connaître un peu en SF, en fantasy et en policier, genres que je ne maîtrise pas du tout!). Si je l'ai lu d'une traite, je l'ai trouvé un peu long, mais certaines scènes, poignantes, m'ont beaucoup fait réfléchir et j'aime beaucoup cet univers où les puissants et les magouilleurs se retrouvent sans armes face à l'innocence, à l'amour et à la trahison. Je ferai sans doute une chronique spécifique dessus bientôt! Merci Sarah! :)

Voilà le bouquin que je lis en ce moment! Gardiens des Cités Perdues n'avait pas du tout de succès dans mon rayon, mais je n'en ai vu que des critiques très élogieuses sur la blogosphère : je me le suis donc procuré et suis arrivée à un tiers du roman. Comparé aux Maîtres Chanteurs, ici, le rythme est très rapide! En 100 pages, la vie de l'héroïne bascule radicalement, et c'est un peu perturbant pour le lecteur! Je viendrai vous en reparler dès que je l'aurai terminé!

Et maintenant, on passe aux nombreuses choses que je n'ai pas encore lues (ou presque)!

Des suites, des suites! C'est très difficile de suivre des sagas quand on lit autant de premiers tomes à tout va (j'en ai d'ailleurs un peu marre de la systématisation de la logique sérielle, j'en parlerai bientôt aussi), mais là j'ai vraiment hâte de m'y mettre! D'abord, le second tome du Manoir d'Evelyne Brisou-Pellen (je vous avais parlé du premier ici) et celui de Miss Peregrine et les enfants particuliers de Ransom Riggs (dont je ne vous ai pas encore parlé). J'ai également acheté Mauve de Marie Desplechin, la suite directe de Verte et Pome, que j'ai lu d'une seule traite et que j'ai beaucoup aimé et dont je vous parlerai bientôt aaaaah.

J'avais le premier tome de Peter and the Starcatchers dans ma bibliothèque depuis des années (je ne l'ai toujours pas lu, doudida) mais quand je suis tombée, chez un bouquiniste, sur les deux premiers tomes en français, j'ai craqué! Ça me fait une bonne excuse pour enfin lire ce prequel commandé par Disney... Let's see!

J'ai également trouvé au rayon "occasions" d'une superbe librairie les jolis ouvrages suivants : Jonah - Les sentinelles de Taï-Marc Le Thanh, que je brûle de lire depuis des mois, et Western Girl d'Anne Percin, qui lui aussi me faisait de l'oeil depuis un moment. Je commence à me dire que la taille de ma pilalire atteint des hauteurs inimaginables... Et c'est pas fini.

Celui-là, c'est le seul livre de fantasy depuis des lustres qui m'a séduite sans que j'en entende parler ou qu'on me le conseille. J'ai juste vu que le dernier tome sorti a pour sous-titre Neverland, donc forcément, je me suis renseignée et pouf! Me voilà en possession du premier tome de la saga Autre-monde de Maxime Chattam. Wait and see!

Petits achats ponctuels : Les demoiselles des Hauts-Vents de Yaël Hassan (un roman inspiré par la vie des soeurs Brontë) et Les deux messieurs de Bruxelles d'Eric-Emmauel Schmitt. J'ai l'intuition que ces lectures seront fraîches et douces, je les garde pour un soir d'automne froid à boire du chocolat chaud à la cannelle.

J'ai entendu parler de Lastman toujours sur le blog de ma copine Sarah, et toujours dans mon optique de lire plus de mangas, j'ai craqué ce week-end. Lisez le billet de Sarah pour découvrir la série!

Anima de Wajdi Mouawad m'a été conseillé par ma copine Nay (lisez sa chronique ici), et je l'ai acheté car il répond à trois envies que j'ai: d'abord, lire quelque chose de lourd et de profond qui va beaucoup me faire réfléchir, voire me retourner ; ensuite, lire quelque chose issu de la littérature francophone du monde arabe ; enfin, lire quelque chose de très différent de toute la jeunesse dont je me suis abreuvée ces derniers mois. J'ai hâte - et peur - de m'y mettre!

Ma cousine Chloé, qui veut faire de l'illustration et de la BD et qui commence à bien s'y connaître, m'a prêté la version "journal" du Château des étoiles d'Alex Alice. Je pense le dévorer avant la fin de la semaine!

Je vais finir (!) cette longue (!) liste par deux types d'ouvrages dont je vous parle peu par ici, et on va commencer par de la non-fiction.

En tant que libraire et sortante d'un master recherche sur la littérature de jeunesse, je pense que c'est très important de continuer à se former à l'analyse des genres littéraires, à l'analyse des phénomènes commerciaux et culturels et à se forger sa propre opinion, afin de la défendre face aux éditeurs, voire aux clients. J'ai donc acheté ces deux ouvrages.

Post-humains, un recueil d'articles sous la direction d'Elaine Després et d'Hélène Machinal, qui traitent des frontières de l'humain dans tous les genres de l'imaginaire (surtout la SF). Du virtuel au réel, de l'éthique à la politique, ces articles universitaires englobent tous une vision du futur qui trahit les angoisses du présent. A mon niveau, je considère que lire ce type de livre à l'époque où la dystopie est à l'honneur est fondamental pour comprendre les rouages de cette mode et les peurs qu'elle suscite.

Les livres pour la jeunesse - entre édition et littérature de Bertrand Ferrier s'intéresse, lui, aux rouages qui font fonctionner le marché de la littérature jeunesse et se pose la question de ce qui fait la littérature (peut-on parler de littérature pour des livres de gommettes?). Je l'ai commencé et je trouve ce livre fascinant, totalement complémentaire avec la formation que j'ai reçue, et je pense que je vous en parlerai plus en détails très bientôt!

Des FANZINES! Il y a eu, en septembre dernier, le Festival Harajuku où je vais tous les ans depuis 2008 (avec mon propre fanzine Obscurus Presse) et c'est peut-être le seul festoche où je m'offre des fanzines! Cette année, la récolte fut de grande qualité:

Le sketchbook de Paris in vitro, un univers original développé par Miss Gizmo et Yris. C'est Agatha qui m'a fait découvrir leur travail et je compte bien peaufiner mes connaissances de ce monde grâce à leur sketchbook!

Ensuite, le second tome des Chroniques de Maindish, également un univers original traité sous forme de bande dessinée par Aube! J'apprécie énormément ce monde inspiré par les termes de cuisine, où la Cuisimagie est un art puissant, dangereux et très fun. Je vous conseille fortement d'aller faire un tour du côté du blog dédié à cet univers!

Enfin, un vrai coup de coeur pour le fanzine réalisé par le collectif Nocturne, intitulé Mystified. Cet artbook en couleurs regroupe des histoires, des bandes dessinées, des illustrations, des croquis, des tutos autour des légendes nordiques et des contes de Perrault. Les quatre artistes, Estelle, Sandy, Laurie et Narilys nous invitent dans un univers où l'onirisme fait loi, avec des touches de mystères, d'humour et énormément de talent!

*

ET VOILA! Pfiou! Je ne pensais pas qu'il y aurait autant de choses... Pensez-vous qu'il y a un problème dans ma petite tête? Moi je pense que oui.

Sur ce, je vous à très vite pour des aventures livresques hautes en couleurs et de chouettes découvertes! Bisous bisous!

"He cannot be so bad if he loves roses so much."

mardi 12 août 2014

Beauty, Robin McKinley
Disponible en français sous le titre Belle

Résumé: 
Belle était loin d'être aussi jolie que ses sœurs. A quoi bon ? Aux soirées mondaines, aux robes somptueuses, elle préférait les chevaux et les auteurs anciens. Quand son père se trouva ruiné, elle en fut réduite à aller avec sa famille habiter une pauvre maison, dans un village au fond des bois. Tous auraient pu vivre ainsi, heureux d’une existence loin du luxe et des lumières de la ville, mais le destin s’acharna une fois encore sur eux. Quand son père revint au foyer avec l’histoire d’un château magique et de la terrible promesse qu’il avait dû faire à la Bête qui y vivait, Belle partit de son plein gré affronter le monstre et sa question sans cesse répétée : « Belle, voulez-vous… ? » Ceci est son histoire… une histoire d’amour et de rêve.
Je suis toujours très frileuse vis à vis des réécritures de contes de fée, parce qu'on leur fait dire tout et n'importe quoi. Mais Agatha m'a offert celui-là à Noël, que je voulais découvrir depuis longtemps, par curiosité. Excellente surprise.

Le conte original de Madame LePrince de Beaumont m'avait beaucoup déçue lorsque je l'avais découvert adolescente : il n'avait rien du film de Disney que je chérissais depuis ma plus tendre enfance. Je trouvais que Belle était une pimbêche gonflée de charité chrétienne exaspérante, et la Bête était une chose qui inspirait plus la pitié que la peur. Le conte était rapide à lire, plein de morales agaçantes. Il m'avait gonflée. Enfin, à l'époque, j'avais quand même gribouillé une petite scène au dos d'un énoncé de géographie:

J'avais 14 ans, laissez-moi tranquille.

Ici, McKinley fait de Belle une héroïne en décalage avec son époque, qui adore les livres et la vie simple qu'elle vit avec ses sœurs et leur père à la campagne après leur ruine. Si elle se sacrifie pour aller vivre avec la Bête, c'est parce que ses sœurs sont fiancées et qu'il serait cruel de les condamner à ne pas vivre la vie qu'elles s'apprêtent à commencer. De toute façon, elle a toujours senti qu'elle n'appartenait pas à ce monde-là et qu'elle était taillée pour une aventure, quelle qu'elle soit. Elle n'a pas la langue dans sa poche, adore monter à cheval, répond à la Bête et le surprend par son esprit. 

Ajoutons à ça une scène impressionnante où la Bête fait découvrir à Belle l'immense et spectaculaire bibliothèque du château, les objets qui s'animent et les murmures de serviteurs invisibles coincés sous une autre forme... Wait. Ça ne vous rappelle rien?

J'ai commencé à me dire : "Dites donc, elle est sacrément gonflée, McKinley! Pomper aussi allègrement le film de Disney c'est quand même culotté!" J'interromps ma lecture pour faire quelques recherches sur Internet... Le film de Disney est sorti en 1991. Le livre de McKinley en 1978.

...

"Dites donc, ils sont sacrément gonflés, chez Disney!"

J'ai trouvé le lien entre les deux œuvres plus que flagrant mais je n'ai pas trouvé beaucoup de choses sur Internet qui entérinent ma théorie! 

Bref, revenons au texte de McKinley. La plume est incroyablement légère et facile à lire, j'ai dévoré les quelques 300 pages et quelques en une poignée d'heures. L'univers enchanteur du château de la Bête, cet imaginaire rempli de roses, de chandeliers et des mystères derrière des tentures m'a habitée encore longtemps après la fin de ma lecture.  Les épisodes du récit s'enchaînent avec une aisance déconcertante et on se surprend à souhaiter qu'on n'arrive pas encore à la fin.

Pour vos petits yeux, je vous mets deux vieilles aquarelles que j'ai faite il y a deux ans pour un ami! Ma Belle et ma Bête:


En bref, un ravissement pour l'imaginaire et une histoire piquante et bien écrite, je recommande vivement à tous les amoureux des contes, des héroïnes intelligentes et des réécritures bien menées!

"What's a life, anyway? We're born, we live a little while, we die."

samedi 9 août 2014

Charlotte's web, E.B.White
Disponible en français sous le titre Le Petit Monde de Charlotte ou La Toile de Charlotte

Résumé: 
Le livre raconte l'été heureux de la petite Fern, de son cochon Wilbur et de la meilleure amie de Wilbur, la magnifique araignée grise, Charlotte. Wilbur et Charlotte habitent la belle vieille grange de l'oncle Homère. Fern passe des journées entières dans la grange, assise tranquillement sur son tabouret. Les animaux la traitent en égale et parlent librement devant elle. Un jour, Fern entend la brebis apprendre à Wilbur que les hommes l'engraissent pour en faire du jambon et du saucisson. Wilbur en est bouleversé. Que faire pour échapper à ce sinistre destin? Charlotte le console et comme elle est très intelligente, elle conçoit un plan pour sauver la vie à Wilbur. Même Templeton, le vieux rat qui pourtant ne fait jamais rien sans contrepartie, est mis à contribution. Patiemment, Charlotte tisse sa toile captant les insectes dont elle a besoin pour vivre, et les hommes dont dépend la vie de Wilbur.
Il y a des livres dont l'apparente simplicité vous rebute un peu et dont la lecture finit pourtant par vous troubler. Charlotte's Web est l'un de ceux-là. On pense ouvrir un petit livre pour enfants vaguement drôle et passablement intéressant, et on se retrouve bouleversée.

Il y a des animaux qui parlent, la douceur de vivre dans une ferme à la campagne, des jeux de mots, de l'humour et un soupçon d'aventure : tout ce qu'il faut dans un livre pour enfants pour que la recette fonctionne. Mais il y a bien plus. Sous les dialogues simplissimes et rapides se cache une réflexion extrêmement riche sur la mort, sur la vie et sur ce qui compte vraiment.

J'ai été abasourdie par la profondeur d'un texte mettant en scène un cochon un peu naïf qui apprend brutalement que son existence n'est vouée qu'à devenir un bon gros jambon. La mort est omni-présente dans le texte : dans les pensées angoissées de Wilbur le cochon, dans les moqueries des autres animaux de la ferme, dans le cynisme du rat Templeton et dans la sagesse de l'araignée Charlotte. 

Mais rien n'est morbide. Il y a également toute une explosion de vie. L'oie pond de magnifiques oeufs qui deviennent de jolis petits poussins ; Charlotte met au monde des centaines de petites araignées ; le cycle des saisons se renouvelle et fait pousser les fleurs après le froid de l'hiver. 

Et puis, quelle délicatesse dans l'écriture, quel humour dans les réflexions du narrateur, quelles idées lumineuses sur l'existence! Ces pensées se résument à ceci : à partir du moment où l'on vit pour aimer, on ne vit pas pour rien.

Qui a dit que les livres pour enfants étaient débiles?

Comme quoi, le prochain qui me dit que la littérature jeunesse manque de réflexion et de profondeur, j'aurai de quoi le faire changer d'avis. Cette lecture m'a fait penser à celle de Winnie the Pooh, empreinte de la même sagesse implicite qui apaise l'âme et fait bourdonner l'esprit. Je conseille. Genre, vivement. Là, tout de suite. Allez.
 
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