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vendredi 24 mars 2017

"Ce genre de caprice était mignon quand tu avais trois ans."

Il y a des sujets qu'il faut aborder, même avec les plus jeunes, et passer par un livre est souvent plus facile, tant pour l'adulte que pour l'enfant. Alors quand j'ai entendu parler de George, d'Alex Gino, l'histoire d'une petite fille de huit ans malencontreusement née dans un corps de garçon, je me suis dit qu'on faisait un pas en avant. Je vous livre mon avis en demie-teinte sur ce roman paru cette année à L'école des loisirs.

Beaucoup de gens aiment George. Maman est très fière de son petit garçon, elle pense qu'il deviendra "un jeune homme très bien". Scott aime beaucoup son "frérot". Et Kelly le tient pour son "meilleur ami". Mais George sait que les gens ne voient pas qui elle est vraiment. Car George en a la certitude, elle est une fille. Alors quand sa maîtresse propose de jouer une pièce de théâtre à l'école, George veut plus que tout interpréter le personnage de Charlotte. Elle sera parfaite, et les gens comprendront enfin qui elle est. Comment leur faire comprendre que c'est le rôle de sa vie ?

La question de la transsexualité reste trop anecdotique en littérature, et quasiment absente de la littérature jeunesse. Les quelques titres qui s'y frottent sont majoritairement destinés aux adolescents, aussi, voir naître un roman destinés aux 8-12 ans est un vrai progrès en soi. Et rien que pour ça, ce roman est nécessaire, car il reste unique en son genre. On y suit George dans ses dilemmes intérieurs, sa difficulté à trouver sa place, cette certitude qu'il est une fille qui le taraude et qu'il ne sait comment faire découvrir aux autres... La petite fille en lui souffre de ne pouvoir porter de jolies robes et de devoir fréquenter les toilettes pour garçons. Ce roman permet de s'identifier, de faire preuve d'empathie et de comprendre.

Mais il n'a malheureusement pour moi qu'une portée pédagogique : le style est pauvre, voire absent, on n'est pas transcendé par de jolies phrases, on n'a pas les larmes aux yeux, on ne sent pas son cœur battre un peu plus fort. C'est loin d'être un chef d'oeuvre en version française (et je doute que la v.o. soit bien meilleure).  Bon, encore une fois, c'est le message qui compte, n'est-ce pas? On a lu bien pire en littérature de jeunesse!

J'ai pourtant été dévastée par le chapelet de réflexions très sexistes qui parsèment le romans. Les filles sont délicates, douces, artistes et détestent les jeux vidéos violents, elles rêvent de bikinis, de maquillage et de robes qui tournent. Les garçons sont des bourrins insensibles qui usent plus facilement de leurs poings que de leurs cœurs, ils sont sales (mention spéciale au grand frère de George, un spécimen d'ado particulièrement cradingue), ils sont bêtes, ils préfèrent plus que tout mater les culottes des filles, quand ils ne sont pas simplement lâches et absents (comme le papa de George). 

Alors je m'interroge, j'essaie de comprendre. Peut-être que l'univers immédiat de George est ainsi pour que comprendre sa démarche soit plus facile, mais présenter sous un jour si négatif les clichés liés aux genres peut également avoir un effet dévastateur sur les enfants lecteurs. Peut-être que c'est si tranché parce qu'à huit ans, on est en plein dans l'âge pré-adolescent où l'on se définit par rapport à l'autre, on comprend les différences physiologiques entre filles et garçons, et que ce sont ces aspects-là qui sautent aux yeux du personnage principal. Et ces repères sont peut-être les seules ancres auxquelles peut se rattacher la jeune George pour se définir et se construire.

Quoiqu'il en soit, George a pour lui le mérite d'exister et j'espère que ce roman ouvrira la voie à toute une ribambelle de textes traitant de la transidentité pour les plus jeunes. Parce que la tolérance ne peut venir que de la connaissance et de l'empathie, c'est aux enfants qu'il faut d'abord s'adresser pour espérer changer l'avenir. Mais il reste pour moi une lecture en demie-teinte, avec le style trop pauvre et les raccourcis trop faciles. L'avez-vous lu? Qu'en avez-vous pensé?

Je vous mets le lien vers la chronique de Lupiot du blog Allez vous faire lire, qui a grandement inspiré la mienne et qui m'a aidée à mettre des mots sur mes ressentis de lecture!


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4 commentaires :

  1. Raaah! L'épreuve à réussir pour les œuvres de ce style, c'est quand même de ne pas tomber dans les travers sexistes! Ça me fait grincer des dents!
    Ils ne se moquent pas de ces stéréotypes ce livre? Après, déjà si jeune, ils en ont des préjugés les gamins...

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    1. Bah... C'est pas de la moquerie, c'est du cliché :/ Et ça pique un peu!

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  2. Oh MERCI ! Je suis si soulagée de lire cette chronique, et de constater (on me l'avait 1 ou 2 fois signalé déjà mais pas dans des chroniques) que d'autres lecteurs ont été choqués / consternés par l'accumulation de représentations sexistes (***surtout pour un roman sur ce sujet***). C'est courant en littérature (comme ailleurs), mais généralement, c'est de façon plus diffuse. Là c'est si marqué que ça en devient agressif, étouffant. Je suis notamment ravie de constater que toi aussi tu as vu que tous les mecs (hommes adultes ou gamins /camarades) étaient des bourrins/cradingues/teubés/distraits xD (Choisis ta combinaison !)

    J'allais crier hourra dans les commentaire et te proposer le lien de ma chronique pour communier dans la déception, mais je vois ton petit mot final et awww <3

    Merci pour cette chronique, elle m'a fait un grand bien personnellement, mais pas seulement : je pense qu'il est intéressant (voire important) que nous soyons plusieurs critiques à soulever cet aspect problématique, tout simplement pour proposer une lecture plus juste de l'ouvrage à ceuzécelles qui s'y intéresseraient. Qu'il y ait de bons échos comme de mauvais, en somme. C'est toujours plus riche. SURTOUT en ce qui concerne les romans "à message" sur de véritables sujets de société, qui ont facilement tendance à recevoir des louanges de tous les côtés au seul mérite d'exister.

    Biz !!

    PS. C'est Lupiot d'Allez Vous Faire Lire. (Parfois je n'arrive pas à poster de comm avec mon pseudo Wordpress sur les sites Blogger.)

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    1. Merci mille fois pour ton commentaire, il me touche beaucoup! :) Ta chronique m'a vraiment aidée à poser des mots sur ce que j'avais ressenti lors de ma lecture, il était normal que j'y fasse référence! ^^

      Sur facebook, une amie très éclairée sur la question des personnes trans m'a signalé que souvent, en grandissant, les personnes trans s'attachent très forts aux clichés du genre auquel ils appartiennent dans leur for intérieur, et qu'ils ont tendance à les pousser à l'extrême pour mieux extérioriser ce qu'ils ont en eux. Ceci explique peut-être cela, mais du coup j'en viens à me dire que le jour où il n'y a plus de clichés de genre (rêvons, utopions!) les personnes assignées hommes ou femmes à la naissance n'auront plus besoin de changer de sexe pour s'exprimer... Tu vois ce que je veux dire? Mon discours est peut-être confus! Ce que j'essaie de dire, c'est que ce sont ces clichés qui peut-être créent des malaises et un besoin de changer physiquement pour ne plus souffrir moralement. Et insidieusement, changer de sexe pour pouvoir adhérer aux stéréotypes de l'autre genre, vers lesquels notre personnalité nous pousse vraiment, c'est faire le jeu des genres et entretenir un malaise...

      Je suis sans doute très mal informée et j'ai besoin de m'éduquer sur le sujet, et la lecture de ce livre aura au moins eu le mérite de susciter chez moi des interrogations complexes et poussées! Je serais curieuse de savoir ce que tu en penses :)

      Encore merci d'être passée par ici! ^^

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