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lundi 12 janvier 2015

"La mort n'est qu'un service rendu à la vie pour qu'elle se renouvelle et continue."

Les deux messieurs de Bruxelles, Eric-Emmanuel Schmitt

Quatrième de couverture: 
Un recueil de 5 nouvelles sur le mystère des sentiments inavoués. Souvent, l’architecture d’une vie est composée de passions invisibles, qui ne se diront jamais, que personne ne devinera, inaccessibles parfois même à celui qui les éprouve. Et pourtant, quoiqu’obscurs, ces sentiments sont réels ; mieux, ils construisent la réalité d'un destin. 
Avec délicatesse, Eric-Emmanuel Schmitt dévoile les secrets de plusieurs âmes. Une femme entretenue et gâtée par deux hommes qu’elle ne connaît pas. Un héros qui se tue à la mort de son chien. Une mère généreuse qui se met à haïr un enfant. Un couple dont le bonheur repose sur un meurtre. Un mari qui rappelle constamment sa nouvelle femme au respect de l’époux précédent… «En amour, on croit être deux alors qu’on est trois.»
Eric-Emmanuel Schmitt fait partie des quelques auteurs dont j'ai lu beaucoup de choses. Je m'empare généralement de l'un de ses ouvrages dans une librairie avant de prendre un train ou quand je pars en vacances, et je le dévore en quelques heures. Je vous avais déjà parlé de La femme au miroir, cette fois-ci, on discute d'un recueil de nouvelles. Exercice difficile que de faire la chronique de cinq textes en même temps, mais je tente!

Schmitt nous parle d'amour, comme toujours. Cette fois-ci, il met en scène des personnages (couples, mère et enfant, maître et chien) dont l'affection mutuelle est due à l'existence d'une tierce personne. La première nouvelle, "Les deux messieurs de Bruxelles", qui donne son titre au recueil, nous parle d'un couple gay qui, par pur hasard, se retrouve à suivre de loin la vie d'un couple hétéro après avoir discrètement piraté leur mariage. Ils s'éprennent follement pour le jeune fils du couple jumeau et, de loin, essaie de rendre sa vie et celle de sa mère plus douce. C'est un très joli texte en forme de fable qui termine en conte de fées.

Les quatre autres nouvelles suscitent chacune des émotions différentes chez le lecteur, mais terminent presque toutes sur cette note attendrissante qui nous dit que peut-être, au fond, l'être humain peut être à la fois complexe et formidable. Dans "Le chien", un homme qui a toujours eu le même chien toute sa vie (la même espèce, hein, pas un chien de soixante ans!) commet un acte surprenant et absurde à la mort du dernier : il se suicide. Sa fille, qui s'est toujours sentie moins importante aux yeux de son père que son chien, essaie de découvrir, avec l'aide du narrateur, l'origine de cette passion incongrue et incompréhensible. Nous plongeons alors des décennies en arrière, pendant la Shoah, et on découvre alors que l'amour d'un chien peut sauver un homme.

Les trois dernières nouvelles m'ont beaucoup moins marquée. "Ménage à trois" est menée sur un ton presque burlesque, Schmitt nous cachant l'identité des personnages jusqu'à la fin, et on est agréablement surpris lorsqu'elle nous est révélée, donnant la clé pour comprendre tout le texte. Le ton pincé et frustré de la veuve lorsque son nouveau mari s'éprend des compositions de l'ancien est un délice.

"Un cœur sous la cendre", est peut-être la plus longue des nouvelles et la moins gaie. Une mère, en plein conflit avec son fils adolescent, se met à frôler les frontières de la folie lorsque celui-ci meurt et que, le même jour, son neveu qu'elle adore reçoit enfin le nouveau cœur dont il avait cruellement besoin. Ce cœur qui va permettre à son filleul adoré de survivre est-il celui de son fils? Peut-elle pardonner à un garçon de vivre grâce à la mort d'un autre? Une nouvelle poignante, certes, mais le personnage principal et son tiraillement entre culpabilité et soulagement sont très lourds et contrastent avec le reste du recueil. La fin, douce et tendre, m'a surprise, car le ton employé par Schmitt me préparait à une tragédie.

La dernière nouvelle, "L'enfant fantôme", est celle qui m'a le moins marquée. Un couple qui avait décidé, après des dizaines de tentatives, de ne pas donner naissance à l'enfant atteint d'une maladie génétique qu'ils étaient sur le point de mettre au monde, sont sauvés d'un accident de ski grâce à une jeune fille atteint de la même maladie. La culpabilité les mène à s'ignorer mutuellement pour le reste de leurs vies. Le malaise suscité par ma lecture vient de ce qu'on ne sait pas si Schmitt condamne l'avortement ou s'il voulait juste jouer avec ses personnages en leur infligeant une cruelle coïncidence.

Quoiqu'il en soit, les cinq nouvelles se lisent toutes seules, comme d'habitude, et l'on s'étonne d'arriver à la fin du recueil. Les personnages ont comme toujours une personnalité parfaitement creusée (quelques mots suffisent à les cerner) et on les côtoie quelques pages en ayant l'impression de les avoir toujours connus. Je n'avais pas lu de Schmitt depuis des mois, aussi ai-je été moins agacée par sa bienveillance systématique et son optimisme intarissable dès qu'il parle de l'humanité pour qui il a, de toute évidence, une fascination d'amant fidèle.

De jolies textes que je recommande à ceux qui ont besoin d'une parenthèse de douceur.

2 commentaires :

  1. J'adore les recueils de nouvelles de Schmitt, il me manque celui là à lire, il me fait trop envie! Bisous

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  2. @Les contes de Marion -> Je n'en ai pas lu tant que ça, j'ai du mal à avoir un avis sur des textes courts, je préfère les romans! Mais j'ai bien envie d'en lire plus! ^^

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