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lundi 28 janvier 2013

"Octobre gronde à nos portes et fait trembler nos fenêtres..."

Je ne vous parle pas beaucoup de bande dessinée, pourtant j'en lis pas mal depuis quelques années. Il y a une série qui m'a tapé dans l'oeil ces dernières années et qui continue de m'enchanter, c'est celle de Billy Brouillard, de Guillaume Bianco, publiée chez Soleil dans la collection Métamorphose.



Billy Brouillard, c'est un petit garçon qui a le don de trouble-vue, ce qui lui permet de voir le monde différemment du commun des mortels. Pour lui, les arbres, les flaques d'eau et les ruisseaux sont peuplés de petites créatures un peu effrayantes et follement attachantes. Le récit est composé de pages de bande dessinée en noir et blanc, de pages qui semblent tirées de journaux anciens racontant des légendes, et d'extraits de carnets de note et d'encyclopédies qui font des gros plans sur certaines créatures ou certaines légendes. Il y a aussi de temps en temps une petite histoire, un conte ou une légende aux tons sepia, qui fait une pause dans le récit et entretien le suspense.
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Le ton de ces histoires est résolument drôle et tendre, mélancolique, macabre sans être morbide, onirique, fantastique, et un poil philosophique. Chacun des trois tomes sortis à ce jour traite d'un sujet propre à la fois au monde de l'enfance mais aussi à celui des adultes, car ce sont des thèmes universels sur lesquels nous n'aurons jamais fini d'écrire et de réfléchir.

Billy Brouillard ; le don de trouble vue
Paru en 2008

Tarzan, le chat de Billy, est mort. Et Billy se retrouve confronté au deuil, à la question du sens de la vie et au fait que quelque chose de mort finit par pourrir et disparaître. Où est son chat, maintenant? Dans un au-delà? Nulle part? 
Billy se pose des questions, comme n'importe quel enfant face à la mort. Mais Billy, grâce à son don, peut interroger beaucoup de monde sur l'au-delà, la vie et la mort. Des fantômes, des êtres de la forêt, des nymphes des flaques d'eau. Au travers d'un chemin initiatique plein d'humour noir, Billy apprendra que la mort est inéluctable et qu'elle fait partie de la vie. 

Ce premier tome est aussi un tome introductif, où l'on nous présente l'univers de Billy et les personnages qui le peuplent. C'est très bien, on est très vite embarqués dans ce monde un peu sombre, un peu drôle, un peu tendre et un peu vrai, où Guillaume Bianco nous entraîne pour mieux nous parler de choses essentielles. Gros coup de coeur pour moi. Je l'adore.


Billy Brouillard ; Le petit garçon qui ne croyait plus au Père Noël
Paru en 2010

Dans ce deuxième tome, Billy a toujours du mal à digérer la mort de son chat, il se tourne alors vers celui qui sait tout : le Père Noël. Il lui écrit une longue lettre pour lui demander le secret de la mort, en espérant qu'on lui répondra. Mais le Père Noël se fait attendre, et Billy n'a de réponse nulle part. Le Père Noël serait-il un coup monté? Comme le Croquemitaine? Des mensonges inventés pour que les enfants obéissent à leurs parents?
Billy est en plein questionnement philosophique. Et toutes ces histoires qu'il s'invente, lui aussi? Tout ce qu'il se raconte? Est-ce utile? A quoi ça sert? Est-ce que c'est vrai?
Si ce second tome traite encore de la mort et de questions existentielles, c'est également une histoire qui parle de l'importance des histoires. On peut penser ce que l'on veut du Père Noël-rouge-coca-cola, du mercantilisme des fêtes de fin d'année et de la nécessité de décorer sa maison avec un sapin... Mais ces traditions, ces histoires, ces petites doses de magie annuelles que l'on prend avec un peu de cannelle sont nécessaires au développement de l'imagination et donc de l'esprit humain. Tous les contes, toutes les légendes, toutes les fictions nous aident à mieux comprendre le fonctionnement du coeur humain et nous permettent de voir le monde d'un oeil neuf.

Billy Brouillard ; le chant des sirènes
Paru en 2012

Dans ce troisième opus, qui d'après les distributeurs, serait la fin du premier cycle des aventures de Billy, le jeune garçon porte ses lunettes, ce qui supprime son don de trouble vue. Il a renoncé à son monde imaginaire, réticent à l'idée de trop s'y perdre. Il est en vacances, et rencontre la jeune Prune, qui dit être une sirène. Billy a du mal à jouer le jeu de son amie, qui tente en vain de lui faire accepter son don. Alors évidemment, Billy se fait prendre au piège des premiers émois, des filles et de l'amour!
Petit à petit, Billy va se remettre à fréquenter les créatures étranges et merveilleuses qui peuplent son univers. Cette fois-ci, c'est dans l'océan, symbole féminin par excellence, qu'il va vivre de grandes aventures. La petite Prune tombe malade et lui demande d'aller la sauver, car elle est prisonnière de démons infernaux. Ni une, ni deux, le petit Billy partira à sa rescousse, tel un chevalier de conte. Il fréquentera les créatures aquatiques et traversera les sept niveaux de l'enfer pour retrouver sa sirène. 

Le fait de changer de décor et de s'attaquer à tout l'imaginaire marin est une excellente idée, et ça me plaît beaucoup ; s'il y a bien une créature qui me fascine, c'est la sirène, et tous les récits qui en parlent m'ont toujours envoûtée. Ce tome-ci est cependant légèrement différent des autres, une longue partie du livre, celle où Billy plonge dans les abîmes, n'est pas vraiment sous forme de bande dessinée mais sous forme de roman graphique ou d'album très travaillé ; les images et le textes se détachent en blanc sur une page noire. Le format "classique" de bande dessinée est réservé aux moments quotidien où Prune et Billy jouent, ce qui ne représente qu'une petite partie du recueil. Comme si Bianco s'éloignait de la bande dessinée avec ce troisième opus pour aller davantage vers un forme d'expression multiple, à plusieurs voix, synthétique et globale. J'adhère.

***
Ce qui ne gâche rien, c'est que la collection Métamorphose, dirigée par Barbara Canepa, met un point d'honneur à faire des ouvrages non seulement très bons, mais aussi très beaux! Grands formats, papier épais, couvertures très travaillées... Ce sont de magnifiques objets qu'en tant qu'acheteuse compulsive, j'ai envie de tous posséder uniquement parce qu'il sont superbes. Il est très agréable de voir qu'une collection - et une maison d'édition - commence à comprendre que le livre est plus qu'un support de texte, mais aussi un objet à part entière dont il faut soigner la finition et le look.

Il existe aussi un coffret d'histories courtes se passant dans le même univers, appelé Les Comptines malfaisantes, mais je n'ai pas encore eu la chance ou l'occasion de me les procurer. Bientôt, bientôt!


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