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vendredi 28 juillet 2017

"J'ai tout vécu, j'ai mille ans et je le dois aux livres."

Je pense que je vais parler de plus en plus souvent de livres pour les grands à l'avenir par ici : j'essaie de diversifier un maximum mes lectures, et il y en a des tas dont je voudrais vous parler! La première fois que j'ai entendu parler de La grand-mère de Jade de Frédérique Deghelt, c'était lors de mon tout premier stage en librairie ; Sylvie, la libraire, m'avait certifié que c'était un très joli roman. Je l'ai vu conseillé des nombreuses fois avant d'enfin sauter le pas, et j'ai même organisé une lecture commune sur Livraddict pour en parler avec d'autres lectrices... Voici donc le résultat!

"Les livres furent mes amants et avec eux j'ai trompé ton grand-père qui n'en a jamais rien su pendant toute notre vie commune."

Quand Jade, une jeune femme moderne, "enlève" sa grand-mère pour lui éviter la maison de retraite et fait habiter à Paris celle qui n'a jamais quitté la campagne, beaucoup de choses en sont bouleversées. A commencer par l'image que Jade avait de sa Mamoune, si bonne, si discrète...

Une histoire d'amour entre deux femmes, deux générations, au dénouement troublant.

Le récit alterne entre le point de vue de Jade, journaliste free-lance qui frôle la crise de la trentaine en stagnant dans sa vie parisienne, et Jeanne, alias Mamoune, une vieille femme qui a toujours vécu dans la montagne, a aussi peur de finir dans un mouroir que d'encombrer sa petite-fille adorée. Très vite, la cohabitation s'organise et les deux femmes vont apprendre à se découvrir en dehors de leur tendre lien familial : elles vont révéler des secrets, découvrir des habitudes et nouer de nouvelles relations, tout en prenant du recul sur leurs vies pour décider du chemin à prendre.

Le plus grand choc, pour Jade, est de découvrir que sa grand-mère, qu'elle imaginait simple et peu cultivée, a lu plus de romans qu'elle ne pourrait l'imaginer, et ce, dans le secret le plus total ; quant à Mamoune, elle s'émeut d'apprendre que sa petite fille s'essaie à l'écriture. Tout ceci est révélé très tôt dans le roman, ne vous en faites pas, je ne vous gâche aucune surprise!

Le rapport à l'écriture et à la lecture est donc un thème central du récit : le pouvoir des mots, la parole énoncée et le secret enfoui deviennent des sujets de réflexion sur lesquels l'autrice penche ses deux personnages. C'est dans leurs échanges et leurs monologues intérieurs que Jade et Jeanne vont trouver la paix et la conduite à suivre pour le restant de leurs jours. De ce point de vue là, ce roman est un petit trésor qui parlera à tous ceux et toutes celles qui ont un jour eu l'impression qu'un livre avait été écrit exclusivement pour eux. Une véritable ode à la lecture, qui ne donne qu'une envie, s'enfermer avec ses livres fétiches et les relire en dégustant les passages qui nous sont les plus chers.

C'est évidemment aussi un roman qui traite de la vieillesse et de l'invisibilisation des personnes âgées dans une société de plus en plus atteinte de jeunisme. Le choix somme toute naturel de prendre soin de ses aînés en les accueillant chez soi n'est plus la norme, c'est un fait, et l'on sent que Frédérique Deghelt nous interroge sur le bien-fondé de ce changement de société. Elle n'y apporte aucune réponse, mais se permet de nous donner une belle gifle histoire de nous réveiller. Ceux qui ont lu le roman verront de quoi je parle!

En résumé, un très joli roman à glisser dans sa bibliothèque si l'on aime les livres qui parlent de l'amour des livres, les discussions inter-générationnelles et les histoires de femmes. 


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mercredi 26 juillet 2017

"Observe. Décris. Note. Analyse."

Je vous avais parlé de mon gros coup de cœur il y a trois ans maintenant dans cet article, et plus récemment dans cette vidéo, pour le roman Calpurnia de Jacqueline Kelly. J'ai vu, en 2015, qu'une suite était sortie aux Etats-Unis, et je croisais les doigts pour que l'école des loisirs le publie en France. Mon vœu a été exaucé, et je me suis replongée avec délice dans les aventures de cette jeune Texane du début du vingtième siècle, dans Calpurnia et Travis.

Le monde Calpurnia Tate ne dépasse pas les limites du comté de Caldwell. Mais, pour qui sait regarder avec étonnement et curiosité, il y a là mille choses à découvrir.

Son frère Travis rapporte à la maison un tatou, des geais bleus et un coyote - toutes sortes d'animaux sauvages qu'il veut apprivoiser en cachette. Et son grand-père initie Calpurnia aux mystères des sciences naturelles.

Un jour, un terrible ouragan ravage la côte du Texas, faisant de nombreux ans-abri. La famille de Calpurnia accueille sa cousine Aggie, et, surtout, un vétérinaire vient s'installer près de chez eux. Pour Calpurnia, c'est l'occasion rêvée de donner enfin corps à ses ambitions...

Mais on est en 1900, et il est parfois plus simple de changer de siècle que de mentalités.

S'il s'est fait attendre, ce roman est la suite directe des aventures du premier tome, où Calpurnia, alors âgée de 11 ans, se découvrait une passion pour les sciences naturelles, encouragée par son grand-père. Calpurnia a deux ans de plus et sa curiosité pour le monde qui l'entoure ne fait que grandir avec elle. Elle en veut plus toujours plus, et mène des expériences sous l’œil bienveillant de son grand-père passionnant. Ensemble, ils construisent un astrolabe, un baromètre, et mènent les premières dissections de la petite fille. Intriguée par le vivant et les phénomènes naturels, la jeune fille se révèle dotée d'un estomac solide, et elle s'extasie sur les petits organes des lombrics autant que devant la coïncidence qui a voulu qu'une étoile soit placée juste au-dessus du Pôle Nord. Son cadet, Travis, qui s'attache à tout un tas de bestioles, l'aidera dans son exploration du vivant et lui permettra de différencier l'attachement que l'on peut avoir pour un animal à l'intérêt scientifique qu'on peut lui porter. L'évolution des deux jeunes gens, parallèle et complémentaire, permet un joli renouvellement dans la narration.

Dans ce tome-ci, Calpurnia va également apprendre à cohabiter avec sa cousine Aggie, de quatre ans son aînée. La confrontation avec cette jeune fille qu'un ouragan a dépossédée de tous ses biens va remuer des non-dits dans la famille Tate ; Calpurnia va découvrir qu'aux yeux de ses parents, de ses frères, et de la société toute entière, elle est un humain de seconde zone, car elle est une fille. Moins d'argent de poche, peu de rêves accessibles et aucun avenir prestigieux en vue, l'amertume de l'adolescence ouvre les yeux de la jeune fille qui commence à se battre contre cette injustice. Son caractère se développe également, et l'on assiste avec fierté à l'éclosion d'une jeune femme combative, courageuse, audacieuse et pleine de répartie, ce qui ravit son aïeul et terrifie ses parents. Il n'y a qu'une façon dont Calpurnia pourra vivre la vie qu'elle souhaite: en la gagnant, en se battant, et au terme de ce second tome, on l'a très bien compris.

J'ai eu un peu de mal à rentrer dans le récit, je ne sais pas si le changement de traducteur a changé quelque chose dans le ton du texte, mais au bout de trente pages j'avais retrouvé la grande maison perdue au bord de la rivière, les criquets, les lucioles, la chaleur et la famille nombreuse pleine de claquements de portes et de rebondissements. Ce roman est véritablement dans la lignée du premier, et se déguste avec la même lenteur paresseuse, nous ouvrant les yeux sur les petits miracles de la nature et nous poussant à regarder de plus près le monde qui nous entoure. 

Une suite à la hauteur, que je vous recommande chaudement. Plus qu'à croiser les doigts pour un troisième tome...!


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