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lundi 19 juin 2017

"Poot unk plonk?"

Allez zou on reprend les bonnes habitudes! Cela fait des mois que je voulais vous parler de ce merveilleux album : je profite d'un lundi de congé ensoleillé pour enfin essayer de lui rendre justice! Après le très bel album Chez nous dont je vous avais fait l'éloge en octobre dernier, je vous parle aujourd'hui de Koi ke bzzz? de Carson Ellis paru en France aux éditions Hélium.


Une petite pousse verte apparaît. Koi ke bzzz? se demandent deux demoiselles intriguées. La plante grandit encore, des petites bêtes se précipitent. La campagne bruit en langage insecte. Et si on construisait une cabane imprenable, tout en haut?

Koi ke bzzz? est un album où page après page nous retrouvons la même scène : une bûche, une bande d'ocre signifiant le sol, une petite pousse qui grandit au fil du récit. Mais le temps passe : la végétation sort de terre, les insectes sortent de leurs cachettes, la vie s’organise, une cabane se construit, un danger survient, et mille petits détails surprennent l’œil aguerri à chaque lecture.


Cet album d'une richesse inouïe explore donc d'abord plusieurs thématiques liées au temps qui passe: le cycle des saisons, la chaîne alimentaire, la patience, le jour et la nuit, les différentes vitesses auxquelles voyagent la coccinelle et la limace, la vie et la mort. Dans ce tableau permanent que nous proposent les doubles pages, on assiste à mille petites surprises : la sérénade mélancolique de la sauterelle, la naissance étrange du champignon, la petite maison nichée dans une bûche, l'éclosion d'un cocon.

Koi ke bzzz? est aussi un ouvrage sur l'entraide, la solidarité, le plaisir d'être ensemble et de se réjouir des belles choses en bonne compagnie. On a très envie de les rejoindre, toutes ces petites bêtes qui s'émerveillent de l'éclosion d'une fleur, comme présentées à un petit miracle! Le plaisir et le jeu sont au cœur de ce livre, dans une très jolie mise en scène d'un carpe diem entomologique : on nous rappelle que le temps passe et que la vie est courte, profitons-en pour construire des cabanes et jouer aux pirates!


Mais enfin, et surtout, Koi ke bzzz? est écrit entièrement en insectik, la langue des insectes! Les petits personnages de cet album s'expriment avec des mots tout en zzz et en tsss, faisant de la lecture à voix haute un véritable délice! Dans ce langage qui ressemble suffisamment au français pour être compris mais qui en est suffisamment éloigné pour déclencher des sourires, on nous plonge dans le quotidien d'un jardin bruissant de bourdonnements et zézaiements. La portée du texte devient universelle (même si les notes d'éditeur nous apprennent en fin d'ouvrage qu'il a fallu traduire l'insectik américain en insectik français - chapeau la traductrice!).

En résumé, cet album est un énorme coup de cœur, qui m'a encore surprise à la trentième lecture, celle que j'ai faite pour écrire cette chronique. Et je ne vous parle pas des illustrations de Carson Ellis, dans une palette délicieusement surannée où l'ocre et le vert dominent, avec de petits insectes délicieusement stylisés, un sens du détail terrible et de la poésie dans chaque brin d'herbe... Comment ça j'en fais trop?


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jeudi 25 mai 2017

Un petit up en attendant!

Il y a des moments dans la vie où les choses se bousculent un peu et vous devez prendre un peu de temps pour vous ajuster à un nouveau rythme de vie, de nouvelles personnes, de nouvelles opportunités. C'est un peu ce qui m'est arrivé ces dernières semaines, en plein début du challenge Avril en Albums - que j'ai lancé et si pitoyablement abandonné par la suite! 

Le fait est que j'ai repris le travail, pour un bon moment cette fois-ci (si tout va bien, au moins jusqu'à la fin de l'année!) et malgré mes quatre mois de glandouillage semi-productif, je n'ai pas réussi à anticiper convenablement cette nouvelle donnée dans ma vie : j'ai moins le temps de faire tout ce que je veux faire. Du coup, comme vous avez pu le constater, cela fait un bail qu'il n'y a pas eu de nouveau billet, encore moins de nouvelle vidéo. Je vous rassure : ça va bientôt changer!

Toujours à rythme irrégulier et aléatoire, je vais dès ce week-end tenter de reprendre du poil de la bête et revenir vous présenter de chouettes livres. D'autant que j'ai énormément lu ces dernières semaines, vous allez voir, y'a du boulot!

Donc voilà, un petit billet pour vous rassurer : je vais (très) bien, il fait beau, je reviens dans quelques jours! En attendant, n'hésitez pas à me partager vos derniers coups de cœur! :) Je vous laisse avec un petit dessin maison fait il y a quelques mois, censé me représenter en hyper stylisé... Bref, à très vite!


mercredi 5 avril 2017

"Désolé, impossible, je suis en route pour Mars."

J'adore le travail des éditions des éléphants, qui, notamment, importent en France des albums riches, intéressants et audacieux. Ici, je vais vous parler de l'album Le Noir de la Nuit, écrit par Chris Hadfield et illustré par The Fan Brothers.


Chris n'a qu'un rêve : devenir astronaute. Mais il y a un problème : il a une peur terrible du noir. Dans l'obscurité, des extraterrestres rôdent, inquiétants, menaçants. Impossible de passer une nuit sans réveiller papa ou maman. C'est terrible, cette peur de la nuit, quand on rêve d'explorer l'espace!


Heureusement, un événement extraordinaire va bouleverser la vie de Chris, et lui permettre de voir les choses différemment : nous sommes en 1969, et il voit avec tous ses voisins les premiers hommes marcher sur la lune. C'est alors qu'il remarque qu'il fait terriblement noir dans l'espace, et qu'il faudra qu'il réussisse à vaincre sa peur pour pouvoir accéder à ses rêves.


Le texte est rédigé par l'astronaute Chris Hadfield, qui a déjà fait le buzz avec sa reprise de Space Oddity de David Bowie en direct de la station spatiale internationale. J'adore la façon dont il transforme un album sur la peur du noir en chronique historique, comment le ton rassurant se mêle à un souvenir. C'est un album à double emploi : il rassure et enseigne, donne envie de s'intéresser à l'espace et à l'astronaute qui, petit, avait peur du noir.

Tout cela est merveilleusement bien servi par les illustrations des Fan Brothers, mêlant crayon et techniques digitales, rappelant l'ambiance de Max et les Maximonstres de Maurice Sendak. Ils mettent en scène une nuit rassurante, sombre, certes, mais illuminée d'ors et de bleus, promesse de mille rêves fabuleux.

Un très joli album que je vous recommande fortement, surtout pour les amoureux de l'espace!




lundi 3 avril 2017

"C'est qui qui veut des petits bouts d'arc-en-ciel!"

Benoît Charlat est un prolifique auteur d'albums pour les tous-petits. A l'école des loisirs, il a publié pas moins d'une quarantaine d'ouvrages! Le petit dernier met en scène Dodo, un petit dauphin dynamique et super sympathique!


Dodo était déjà le héros de plusieurs petits albums. Celui-ci est le quatrième! Dodo est un petit dauphin qui a beaucoup d'imagination. A travers ses yeux, les nuages deviennent des créatures incroyables, l'attente pour le goûter est interminable et les arcs-en-ciel poussent dans le jardin. Dans Le bouquet d'arc-en-ciel, paru la semaine dernière, Dodo se sent l'âme généreuse. Il décide de distribuer de petits bouts de son arc-en-ciel à sa famille et à sa copine. Et si Papa et Maman sont ravis, il faut quelques secondes à son amie pour comprendre que c'est pour du semblant. Dès que ça fait tilt, c'est merveilleux : les deux enfants s'offrent des cadeaux extraordinaires dans un crescendo de rires et de joie.


J'ai une profonde sympathie pour ces albums cartonnés qui ont cette qualité d'être très faciles à lire à voix haute, avec des phrases et des expressions directement tirées de la vie réelle des enfants, avec ce ton d'émerveillement feint, de jeu et d'une petite maladresse qui rend la narration très réaliste. 

Ici Dodo, en partageant son arc-en-ciel imaginaire, partage surtout sa joie de vivre et son imagination. Il illumine le quotidien par des inventions farfelues et poétiques qui rendent la vie plus douce. Et j'ai trouvé ça très joli, d'autant que les pages s'enrichissent elles aussi de toutes les créations des enfants jusqu'à un feu d'artifice de couleurs!

Petit bonus, un Papa en tablier rose qui fait la cuisine et une Maman à lunettes, habillée de bleu, qui lit son journal dans son fauteuil. Ça ne fait pas de mal ;)


dimanche 2 avril 2017

DDD - La collection "Le thé aux histoires"! #AvrilenAlbums

J'ai eu le plaisir l'an dernier de passer une journée ensoleillée dans la ville de Metz, et au détour d'une flânerie dans la librairie Momie Metz j'ai découvert une collection d'albums qui mêlent habilement histoire, fiction et gourmandise... La jolie collection Le thé aux histoires, éditée aux éditions Feuilles de menthe!
Cette collection s'intéresse au folklore et au patrimoine culinaire de l'Est de la France : dans des albums colorés et illustrés de façon très moderne, les auteurs et illustrateurs reprennent des contes traditionnels lorrains et alsaciens, y intègrent des recettes typiques de ces régions, et cela donne un tout à la fois ludique et gourmand!

Cliquez sur les couvertures pour accéder aux fiches des livres!

Moi qui suis une gourmande compulsive, qui suis amoureuse de ma région natale de Flandre et qui ai grandi dans l'amour des contes régionaux et des histoires au coin du feu, j'ai eu un coup de foudre pour cette collection. Non seulement on y apprend des choses, mais on retrouve la patte typique du conte traditionnel, le mystère et le frisson, l'aventure et la certitude que tout sera bien qui finira bien.

En ce qui me concerne, j'ai acheté Madeleine & le dessert du roi Stanislas, écrit par Elise Fischer et Amélie Dufour ; je vous invite à découvrir avec moi cet album!


On y suit l'histoire de la jeune Madeleine, domestique au château de Commercy. Elle est douée pour la cuisine mais on la laisse rarement approcher des fourneaux! Un jour que Stanislas, roi de Pologne et duc de Lorraine, vient poser ses valises au château pour y passer le printemps, une catastrophe arrive en cuisine et elle se propose pour sauver le dessert du roi Stanislas : elle lui concocte une recette de son cru, de petites pâtisseries cuites dans des moules en forme de coquilles. C'est un succès!

Le charme de cet album réside dans l'univers qui y est dépeint : la vie de domestique au XVIIIème siècle dans une cour provinciale qui n'a rien à envier à Versailles, l'étiquette, l'architecture et les toilettes extravagantes des dames et messieurs. Si les sources narrant la création des madeleines sont variées, le parti pris d'en faire l'oeuvre d'une modeste domestique, dont les petites coquilles de pâtisseries deviendront connues dans toute la France, est très sympathique! 

Le petit plus? A la fin de l'album, vous retrouvez une partie documentaire, vous présentant le château de Commercy, le roi Stanislas, la vie à Versailles, la popularité de la pâtisserie Colombe à Commercy, la madeleine chez Proust et chez la marquise Carcano... Et même une délicieuse recette concoctée par une chef étoilée, Léa Linster!

Une collection qui mérite d'être soutenue! N'hésitez pas à jeter un coup d’œil à leur catalogue ;) Une série d'albums qui raviront autant les parents en quête d'histoires et de recettes, mais aussi les professeurs des écoles et les bibliothèques!

samedi 1 avril 2017

C'est le 1er, je balance tout! - avril 2017


Troisième mois consécutif que je tiens ce rendez-vous... Les miracles existent-ils? Et puis en plus, vous allez voir, y'a du très lourd! Celui rendez-vous a été lancé par Lupiot du site Allez vous faire lire ! Toutes les explications super claires se trouvent ici!

Le principe? Il y a quatre trucs à balancer:
  1. Le Top & Flop de ce que j’ai lu le mois-dernier.
  2. Au moins 1 chronique d’ailleurs lue le mois dernier.
  3. Au moins 1 lien qui m’a fait « Wahou » le mois dernier (hors chronique littéraire).
  4. Et enfin : ce que j’ai fait de mieux le mois dernier.
Vous êtes prêts pour mon bilan de mars? Accrochez-vous à vos slips!

 Top & Flop 


J'ai lu 29 livres en mars. Oui. Vingt-neuf. XXIX. Twenty-nine. La faute au week-end à lire qui a eu lieu mi-mars et où j'ai dégommé ma pile à lire et les cadeaux reçus à mon anniversaire. Sur le mois, j'ai donc lu 10 romans, 1 roman première lecture, 12 bandes dessinées/comics/mangas, 5 albums et 1 essai. Je doute fortement de faire aussi bien dans les mois qui viennent, mais ça m'a fait beaucoup de bien! J'ai lu plein de choses très différentes, slalomé entre les styles et les genres, c'était rafraîchissant, j'ai fait le plein de bons mots et de belles images!

Je vais tenter de vous faire les tops et flops mais franchement si je pouvais je mettrais une bonne moitié de toutes ces lectures dans les tops. Pour de vrai!

#1: Beloved, Toni Morrisson

J'ai lu ce roman qui traînait depuis mon séjour en Ecosse dans ma PàL dans le cadre du Black History Month. Et j'ai eu le souffle coupé. J'attends toujours d'avoir réussi à m'en remettre avant de vous en parler, On y parle de Sethe, une esclave qui s'est libérée, de sa fille Denver et du fantôme d'une autre de ses filles qui hante leur maison. On est en plein dans l'Amérique de la seconde moitié du dix-neuvième siècle, et on plonge dans ce qui a pu se faire de plus ignoble pour aller y chercher des lueurs d'humanité. Un roman indispensable dont je vous parlerai en détails très bientôt.


#2 : Le cœur des louves, Stéphane Servant

Oui, je sais. Je vous ai beaucoup, beaucoup parlé de Stéphane Servant ces derniers mois. J'ai même déjà rédigé une chronique sur ce roman que j'ai adoré du plus profond de mes tripes. Je l'ai lu suite à mon coup de foudre pour La Langue des Bêtes et j'avais même organisé une lecture commune sur Livraddict pour en parler avec d'autres lectrices. Je n'ai pas été déçue, allez lire ma chronique pour plus de détails!




#3 : A child of books, Oliver Jeffers & Sam Winston

Cet album m'a été offert par mon amie Mathilde pour mon anniversaire, et en V.O. s'il vous plaît, et il est merveilleux. Il parle du pouvoir des livres et des portes qu'ils ouvrent en nous. Je vous en parlerai plus en détails dans quelques jours dans le cadre du rendez-vous Avril en Albums!



...et le gros flop du mois?

J''en ai déjà parlé dans une chronique il y a quelques jours, aussi je ne reviendrai pas trop dessus, mais la lecture de George a été une lecture en demie-teinte. Attention, loin d'être un livre méga-naze, juste décevant sur certains points. N'hésitez pas à cliquer ici pour lire mon avis plus en détails!






 Les chroniques d'ailleurs 

J'en ai déjà parlé dans l'article dédié, mais j'ai beaucoup aimé l'article que Lupiot a consacré à George sur son blog Allez vous faire lire, il m'a beaucoup aidée à mettre des mots sur mes ressentis de lecture et à comprendre ce qui me dérangeait dans ce roman. Le blog tout entier et ses collaboratrices sont super pep's, j'adore tous les articles qui sortent depuis que je m'y suis abonnée, je vous le conseille si vous aimez faire travailler vos zygomatiques en plus d'apprendre des choses!

J'ai aussi beaucoup, beaucoup aimé la dernière vidéo de Sita sur les mangas et ce qu'on y voit une fois que l'on a avalé la pilule du féminisme. C'était très intéressant et encore une fois, elle a mis des mots sur un malaise que j'avais depuis un moment en lisant certains titres! Allez voir ça tout de suite!


J'ai enfin découvert le chouette blog Biblioqueer qui chronique des livres représentant des membres de la communauté LGBT, analysant ces bouquins et disant ce qui y est chouette ou non. Je n'ai pas encore approfondi mes lectures dessus et me suis contentée de flâner au fil des chroniques, mais je pense que ça va continuer à beaucoup me plaire!



 Les liens du mois! 

Ce mois-ci, contrairement au mois dernier, je n'ai pas fait beaucoup de découvertes virtuelles et me suis surtout contentée de découvrir toutes les chouettes choses découvertes en février. Mais je suis très heureuse de voir que la chaîne Youtube Crash Course, lancée et produite par les frères Hank et John Green il y a de cela plusieurs années, a commencé deux nouvelles séries. Le principe de cette chaîne est de faire des vidéos concises, claires et ludiques dans des matières ou autour de thèmes traités dans le secondaire. Ça paraît barbant comme ça, mais moi j'adore apprendre de nouvelles choses et si c'est aussi votre cas, foncez! J'avais déjà regardé les cours de littérature (tous), d'histoire du monde et de psychologie. En ce moment, la chouette petite équipe me régale avec les nouveaux Crash Course Mythology et Crash Course Sociology. Je vous mets les premiers épisodes!




 Ce que j'ai fait de mieux le mois dernier 

Le bel arc-en-ciel dans ce mois de mars, c'est que j'ai organisé mon anniversaire chez mes parents, à Dunkerque, et qu'une bonne partie de mes amis sont venus passer trois jours avec moi, à jouer à des jeux de société, à se raconter des histoires, à rire, à manger des bonnes choses et à faire carnaval dans les rues de Malo-les-Bains. C'était magique et hors du temps, j'ai réalisé à quel point je suis entourée de personnes passionnantes et passionnées, et j'ai eu le plaisir de voir des amitiés se nouer entre des gens qui ne se seraient pas connus sans moi. J'ai été pourrie-gâtée comme pas possible, mon instagram en a fait les frais pendant des jours!

J'ai aussi continué à expérimenter pour me remettre au dessin, et j'ai découvert le plaisir jouissif de peindre avec des encres à l'eau déjà toutes prêtes. Je m'éclate avec les couleurs flashy et les effets! Au moment où j'écris ces lignes j'ai plein d'idées pour de futures petites illustrations! N'hésitez pas à me suivre sur instagram ou à jeter un œil à mon Tumblr pour voir les résultats!

C'est tout pour moi ce mois-ci! Le mois d'avril commence sur les chapeaux de roue avec du soleil estival et Avril en Albums, je vais vous parler de plein de beaux livres, repassez dans quelques jours pour voir tout ça! Et vous, à quoi a ressemblé votre mois de mars? :)

vendredi 24 mars 2017

"Ce genre de caprice était mignon quand tu avais trois ans."

Il y a des sujets qu'il faut aborder, même avec les plus jeunes, et passer par un livre est souvent plus facile, tant pour l'adulte que pour l'enfant. Alors quand j'ai entendu parler de George, d'Alex Gino, l'histoire d'une petite fille de huit ans malencontreusement née dans un corps de garçon, je me suis dit qu'on faisait un pas en avant. Je vous livre mon avis en demie-teinte sur ce roman paru cette année à L'école des loisirs.

Beaucoup de gens aiment George. Maman est très fière de son petit garçon, elle pense qu'il deviendra "un jeune homme très bien". Scott aime beaucoup son "frérot". Et Kelly le tient pour son "meilleur ami". Mais George sait que les gens ne voient pas qui elle est vraiment. Car George en a la certitude, elle est une fille. Alors quand sa maîtresse propose de jouer une pièce de théâtre à l'école, George veut plus que tout interpréter le personnage de Charlotte. Elle sera parfaite, et les gens comprendront enfin qui elle est. Comment leur faire comprendre que c'est le rôle de sa vie ?

La question de la transsexualité reste trop anecdotique en littérature, et quasiment absente de la littérature jeunesse. Les quelques titres qui s'y frottent sont majoritairement destinés aux adolescents, aussi, voir naître un roman destinés aux 8-12 ans est un vrai progrès en soi. Et rien que pour ça, ce roman est nécessaire, car il reste unique en son genre. On y suit George dans ses dilemmes intérieurs, sa difficulté à trouver sa place, cette certitude qu'il est une fille qui le taraude et qu'il ne sait comment faire découvrir aux autres... La petite fille en lui souffre de ne pouvoir porter de jolies robes et de devoir fréquenter les toilettes pour garçons. Ce roman permet de s'identifier, de faire preuve d'empathie et de comprendre.

Mais il n'a malheureusement pour moi qu'une portée pédagogique : le style est pauvre, voire absent, on n'est pas transcendé par de jolies phrases, on n'a pas les larmes aux yeux, on ne sent pas son cœur battre un peu plus fort. C'est loin d'être un chef d'oeuvre en version française (et je doute que la v.o. soit bien meilleure).  Bon, encore une fois, c'est le message qui compte, n'est-ce pas? On a lu bien pire en littérature de jeunesse!

J'ai pourtant été dévastée par le chapelet de réflexions très sexistes qui parsèment le romans. Les filles sont délicates, douces, artistes et détestent les jeux vidéos violents, elles rêvent de bikinis, de maquillage et de robes qui tournent. Les garçons sont des bourrins insensibles qui usent plus facilement de leurs poings que de leurs cœurs, ils sont sales (mention spéciale au grand frère de George, un spécimen d'ado particulièrement cradingue), ils sont bêtes, ils préfèrent plus que tout mater les culottes des filles, quand ils ne sont pas simplement lâches et absents (comme le papa de George). 

Alors je m'interroge, j'essaie de comprendre. Peut-être que l'univers immédiat de George est ainsi pour que comprendre sa démarche soit plus facile, mais présenter sous un jour si négatif les clichés liés aux genres peut également avoir un effet dévastateur sur les enfants lecteurs. Peut-être que c'est si tranché parce qu'à huit ans, on est en plein dans l'âge pré-adolescent où l'on se définit par rapport à l'autre, on comprend les différences physiologiques entre filles et garçons, et que ce sont ces aspects-là qui sautent aux yeux du personnage principal. Et ces repères sont peut-être les seules ancres auxquelles peut se rattacher la jeune George pour se définir et se construire.

Quoiqu'il en soit, George a pour lui le mérite d'exister et j'espère que ce roman ouvrira la voie à toute une ribambelle de textes traitant de la transidentité pour les plus jeunes. Parce que la tolérance ne peut venir que de la connaissance et de l'empathie, c'est aux enfants qu'il faut d'abord s'adresser pour espérer changer l'avenir. Mais il reste pour moi une lecture en demie-teinte, avec le style trop pauvre et les raccourcis trop faciles. L'avez-vous lu? Qu'en avez-vous pensé?

Je vous mets le lien vers la chronique de Lupiot du blog Allez vous faire lire, qui a grandement inspiré la mienne et qui m'a aidée à mettre des mots sur mes ressentis de lecture!


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lundi 20 mars 2017

"Tous les hommes meurent libres et égaux en droit!"

"Les Pépix c'est la vie", "Sarbacane c'est de la balle", ça va, je vous serine suffisamment avec cette maison d'édition pour que vous sachiez que je l'adore. J'ai eu le plaisir de lire Rufus le fantôme de Chrysostome Gourio, paru dans la collection Pépix en février dernier. Un pur délice et pourtant.. J'y allais un peu à reculons!

Rufus est un fantôme. A l'école où il va, il y a des zombies, des vampires et des loups-garous. Si le papa de Rufus lui a dessiné un avenir tout tracé, notre fantôme, lui, à d'autres ambitions : il veut devenir LA MORT.
Oui, la faucheuse, en chair et en os (surtout en os). Un métier passionnant et plein d'avenir, mais pas toujours facile à exercer, ainsi que Rufus va l'apprendre : conditions stressantes, horaires à rallonge...
Et si tout ça devait mener à une grande GREVE DE LA MORT ?

J'avoue tout, quand j'ai commencé les premières pages de Rufus le fantôme, je me suis demandé à qui j'allais bien pouvoir vanter les mérites d'une histoire où un jeune fantôme et son ami zombie rêvent de tuer des gens.

Oui, oui, vous avez bien lu : Rufus et Octave sont deux créatures de la nuit qui vivent dans un cimetière et ils sont supers copains. Bon, Rufus, du haut de ses 536 ans, commence un peu sa crise d'ado et troque volontiers son linceul blanc pour une robe noire piquée de clous, et avec Octave qui a malencontreusement avalé sa propre langue, ils rencontrent la faucheuse locale, un mec sympathique et passionné par son métier, Melchior. En vrai artisan de la mort, il prend un soin particulier à mettre en scène la mort de ses victimes, à les accompagner dans cette étape cruciale de leurs vies et à remplir son quota de morts quotidiennes. Seulement voilà le problème : les grands patrons du siège de la mort, en Transylvanie, désirent un meilleur rendement et augmenter la productivité, quitte à multiplier les catastrophes naturelles et accidents de transports en commun. C'en est trop pour Melchior qui refuse cette déshumanisation de la mort et qui propose à ses collègues de se mettre en grève.

Et c'est là que la mayonnaise a commencé à monter : ce roman burlesque et fendard est un concentré de références au monde de la grève, des syndicats et de la lutte des travailleurs. A travers le prisme du fantastique et de l'horreur, l'auteur fait une critique acide des multinationales pour qui les travailleurs sont des chiffres, les produits des bénéfices à faire et le temps de l'argent. A coup de tracts, banderoles et slogans, Rufus et Octave s'attellent à soutenir le mouvement, car devenir la mort, c'est leur rêve, mais pas dans ces conditions. 

Et au-delà des références aux revendications ouvrières, on lit également des passages très engagés, défendant des valeurs d'écologie, de solidarité et d'ouverture d'esprit. Les petits "entre-chapitres", qui parsèment le roman de recettes de cuisine, bricolages et blagounettes, sont d'ailleurs de jolis morceaux de rigolade! C'est également un très chouette livre sur les conflits de génération qui opposent parents et enfants, et la difficulté de se comprendre quand on n'écoute pas assez attentivement.

Le style est truculent, plein de jeux de mots et d'humour noir, et voici un petit florilège de slogans pour vous mettre l'eau à la bouche (promis, je ne vous dévoile pas les meilleurs):

LA MORT N'EST PAS DE TOUT REPOS
SOUS LA PIERRE TOMBALE, LA PLAGE!
NE GAGNONS PAS NOTRE MORT AU SUAIRE DE NOTRE FRONT

Le texte est accompagné des illustration d'Églantine Ceulemans, dont la patte claire et pétillante correspond tout à fait à ce roman bizarre et rafraîchissant. Une jolie découverte, je suivrai son travail avec attention! 

Un super roman grâce auquel je me suis bidonnée toute seule dans mon canapé. Et je terminerai cette chronique par en citant ce cher zombie d'Octave:

"Hhééémaaagnnuttteuuuhhignaaa, groupooongnouhéégneummiiin..."


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jeudi 16 mars 2017

“I feel as if I’m waiting for something dreadful to happen, and then I realize it already has.”

Lors de mon séjour à Édimbourg l'an dernier, j'étais revenue avec une sacrée pile de livres, que je m'attelle doucement à faire descendre. Et parmi ces ouvrages se trouvait le superbe Life after life de Kate Atkinson, paru ici chez Black Swan mais disponible en français sous le titre Une vie après l'autre d'abord chez Grasset puis au Livre de poche.

11 février 1910 : Ursula Todd naît – et meurt aussitôt.
11 février 1910 : Ursula Todd naît – et meurt, quelques minutes plus tard, le cordon ombilical enroulé autour du cou.
11 février 1910 : Ursula Todd naît – le cordon ombilical menace de l’étouffer, mais cette fois le médecin est là pour le couper, et Ursula survit…
Ursula naîtra et mourra de nombreuses fois encore – à cinq ans, noyée ; à douze ans dans un accident domestique ; ou encore à vingt ans, dans un café de Munich, juste après avoir tiré sur Adolf Hitler et changé ainsi, peut-être, la face du monde…
Établis dans un manoir bucolique du nom de Fox Corner, les Todd portent sur leur environnement le regard distancié, ironique et magnanime de ceux que les tragédies de l’Histoire épargnent. Hugh, le père, travaille à la City, tandis que Sylvie, la mère, reste à la maison et élève ses enfants à l’ancienne. Mais le temps, en la personne d’Ursula, va bientôt se détraquer, se décomposer en une myriade de destins possibles qui vont, chacun à sa manière, bouleverser celui de la famille…
Si l’on avait la possibilité de changer le cours de l’histoire, souhaiterions-nous vraiment le faire ?

Nous voilà face à un texte qui reprend le concept du "et si?" en le transposant au début du vingtième siècle dans une famille bourgeoise britannique. Ursula, le personnage que nous suivons au cours de ses innombrables vies, est une petite fille et une jeune femme brillante, un peu perdue dans les destins qui s'ouvrent à elle, et qui subit régulièrement l'assaut de déjà-vus si vivaces qu'on dirait des souvenirs.

Au fil des pages, des années et des différentes vies, on la suivra de sa chambre d'enfant jusqu'aux montagnes bavaroises, en passant par les décombres d'un Londres bombardé, une maison triste aux abords d'une école, des cafés chics et des trains brinquebalants. Kate Atkinson profite de son personnage aux mille vies pour nous dresser un portrait complet de la Grande-Bretagne et plus largement de l'Europe de la première moitié du vingtième siècle ; la montée des nationalismes, l'évolution des mœurs, les progrès technologiques, l'envie et la peur de tendre la main vers l'autre, les langues qui sont des barrières et des ponts, les amitiés et les amours qui sont toujours complexes et imparfaites...

L'auteur explique dans une postface enrichissante qu'elle a voulu faire un roman pour essayer de définir la britishness, sur les qualités, les défauts et les petites étrangetés qui font de la nation britannique ce qu'elle est, et j'ai personnellement trouvé que c'était très réussi. On y trouve l'humour pince-sans-rire, les rituels autour du thé, le flegme et la noblesse, la retenue qui dissimule la fragilité, le petit cheminot et le grand ministériel, les petites mains et les gros bonnets... Si vous êtes attirés par la culture britannique, je vous en prie, foncez, c'est un délice!

Le petit twist auquel je ne m'attendais pas et qui m'a beaucoup plu, c'est que l'on évoque à peine l'étrangeté de la condition d'Ursula. A-t-elle un pouvoir particulier qui lui permet de recommencer sa vie chaque fois qu'elle se termine? Ou bien est-ce le cas de tout le monde? Y a-t-il une explication surnaturelle ou plutôt philosophique? On ne vous donne pas la réponse, et l'on vous pose plutôt une question... Et vous, qu'auriez-vous fait différemment? Que pouvez-vous encore changer? La vie que vous vivez est-elle la meilleure qu'il vous était possible d'avoir?

Un très beau roman, dense et riche, que je vous conseille fortement si les sujets cités plus haut vous intéresse. Et en plus, c'est une très joli saga familiale, pour les amateurs du genre! Alors, qu'attendez-vous?


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dimanche 12 mars 2017

Découverte du Dimanche - le MOOC "Il était une fois la littérature de jeunesse"

"On se lasse de tout, excepté d'apprendre", disait le grand poète Virgile (paie ta recherche Google tes années d'études). Je pars du principe qu'on ne sait jamais que peu de choses et qu'il est toujours utile d'essayer en savoir un peu plus. Aussi, le principe des mooc, ces cours gratuits dispensés en ligne et encadrés par des universités, m'a tout de suite séduite. J'avais suivi le premier mooc sur la Fantasy il y a de cela quelques années, et lorsque j'ai vu que l'Université de Liège proposait de suivre un cours entièrement dédié à la littérature de jeunesse, je me suis aussitôt inscrite.


Les inscriptions sont ouvertes jusqu'au 22 avril, aussi n'hésitez pas à rejoindre la plateforme FUN pour rejoindre cette chouette aventure! Pendant six semaines, les collaborateurs du mooc vont aborder tous les aspects de la littérature de jeunesse, avec deux parcours possibles : un parcours découverte, et un parcours professionnel. J'ai pour ma part déjà suivi un Master portant sur la littérature de jeunesse, aussi je cherche à approfondir mes connaissances et à découvrir des auteurs et des textes, j'ai donc décidé de m'attaquer au second parcours!

Niveau temps, les deux modules publiés pour le moment - le premier étant une introduction très complète tentant de définir ce qu'est la littérature de jeunesse, le second portant sur le genre très spécifique de l'album - sont très complets et agréables à suivre. L'approche est très pédagogique et ludique, les propos sont clairs et concis, et j'ai déjà appris beaucoup de choses ou bien réactualisé des connaissances un peu rouillées!

Cela vous prendra entre une et trois heures par semaine si vous désirez le suivre jusqu'au bout, aussi rien d'insurmontable! Je suis pour l'instant super emballée par le second cours sur l'album, qui m'aide à élargir mes perspectives d'analyse et m'a déjà fait découvrir beaucoup de titres que j'ai très envie d'aller emprunter fissa à la bibliothèque!

Une excellente initiative que je conseille à tous ceux qui aiment apprendre, qui aiment la littérature et qui aimeraient mieux connaître la littérature de jeunesse, ce genre que j'adore, si riche et si méconnu <3 Faites-vous plaisir et apprenez des choses!

Vous pouvez discuter mooc sur son groupe facebook mais aussi dans son topic dédié sur Livraddict!

Avez-vous déjà suivi des mooc? Des thèmes intéressants à suivre dans les mois qui viennent? Dites-moi tout dans les commentaires!


Pour rappel, j'avais déjà réalisé une vidéo d'introduction sur la littérature de jeunesse : je vous invite à y jeter un oeil, et si ce que j'y dis vous intéresse, je vous encourage fortement à vous inscrire au mooc!

vendredi 10 mars 2017

"Ils accepteront ta liberté de femme, si ta liberté porte les habits de la folie."

Je n'avais pas tari d'éloges sur La langue des bêtes de Stéphane Servant, une découverte et un énorme coup de foudre qui a eu lieu fin 2016 et dont j'ai toujours du mal à me remettre. Alors forcément, j'ai voulu lire son roman précédent, Le cœur des louves, paru en 2013 aux éditions du Rouergue. Alors, suspense! Ai-je retrouvé les choses qui m'avaient fait palpiter derrière mes pages?

Célia est arrivée seule, à la fin de l'été. Livrée à elle-même dans la vieille maison, elle attend sa mère. Le village est toujours pareil, perdu au fond de la vallée, avec ses montagnes couvertes de forêts et son lac Noir.
Leur retour réveille de vieilles histoires.
Celles d'une grand-mère à la réputation sulfureuse. Car ici, tout le monde se connaît depuis toujours. On s'aime trop ou on se hait et ce sont les hommes qui font la loi, par la force s'il le faut.
Pour découvrir ce qui se cache sous la surface des choses, elle devra se tailler un chemin, entre mensonges et superstitions.
Et se faire louve pour ne pas être proie.

Je ne peux pas me retenir plus longtemps. J'ai adoré. Ce roman ne fait que confirmer ce que je savais en fait déjà : Stéphane Servant, je crois qu'il écrit pour moi. Si si. Enfin, quoiqu'il en soit, ses thèmes, ses personnages, ses décors et ses récits sont en totale adéquation avec ce que je cherche chaque fois que j'ouvre un livre. 

Dans Le cœur des louves, on retrouve des thèmes chers à l'auteur : la proximité d'une forêt, lieu de magie, de découverte, d'introspection et de terreurs ; les non-dits qui, dans un effet boule de neige terrible, se transmettent de génération en génération en faisant de sacrés dégâts ; la frontière invisible entre la sanité d'esprit (oui, oui, c'est comme ça qu'on dit) et la folie, qu'il est si facile de franchir ; le regard de l'autre, celui qui ne vit pas comme toi et que tu as tant de mal à comprendre ; le pouvoir des histoires et des mots, qui peuvent à la fois être sauveurs ou bourreaux.

Ici, le récit se pare également d'une réflexion assez poussée sur la condition féminine, au travers de quatre personnages complexes et très profonds. Il y a d'abord Célia, la jeune héroïne, qui face à un père démissionnaire et une mère absente, se sent invisible, ignorée, inconséquente et mal-aimée. La colère bouillonne en elle, ça brûle, ça déborde. Face à elle, sa mère, Catherine, écrivaine en panne d'inspiration qui passe ses nuits sur des manuscrits qu'elle ne rend jamais. Effacée, enfermée dans sa bulle et inaccessible, elle est une énigme pour le lecteur, qui la voit enchaîner les flirts et les périodes de déprime avec la même incompréhension que sa fille. Une génération au-dessus encore, il y avait Tina, une grand-mère secrète, solitaire, un peu sorcière, dont ses descendantes ne savent rien, à part que le village entier la méprisait et la craignait. Et enfin, Alice, une jeune fille de l'âge de Célia, au père violent et à la vie dissolue, qui reprend vie avec l'arrivée de Célia au village et par qui les nœuds du destin vont commencer à se dénouer pour faire sens.

Ces quatre femmes vivent hors du monde pour pouvoir devenir elles-mêmes, telles les louves qui battent la forêt la nuit, exprimant leur être le plus profond, le plus simple, le plus évident, en se débarrassant des carcans de la vie sociale et du regard d'une société normée. Ce roman crie la difficulté d'être en groupe comme on aimerait être avec soi-même, surtout pour les femmes dans des milieux encore trop patriarcaux ; ici, dans le village où se déroule le roman, ce sont toujours des hommes qui font la loi, qui décident, qui prennent sans donner, qui détruisent sans reconstruire. La femme, recluse et secrète, n'a que la magie de son ventre fertile pour exister, pour faire peur et obtenir un certain respect. Heureusement, le personnage d'Andréas, jeune homme rêveur et solitaire qui fabrique du papier, éclaire tout cela d'une lueur d'espoir.

Ce roman, c'est un retour à ce qu'il y a de plus primitif dans les sociétés humaines. On va y fouiller à mains nues dans le charnier complexe laissé derrière elle par une humanité qui veut comprendre et maîtriser, pour en retirer le petit diamant précieux, celui de l'amour et de la solidarité. La parole, le propre de l'homme, est ici un symbole fort : le silence blesse et détruit, les mots apaisent et reconstruisent. 

Et vu que j'aimerais toujours les histoires qui défendent le pouvoir magique des mots, je crois que ce roman rejoint les quelques autres que je relirai précieusement toute ma vie.


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dimanche 5 mars 2017

Découverte du Dimanche - Les contes mélangés de Karibencyla

Allez, c'est le mois de mars, le printemps arrive, je me sens d'humeur à ressusciter cette rubrique que j'avais délaissée! Le principe des Découvertes du Dimanche, c'est de chaque semaine, profiter de cette journée plus tranquille et plus paresseuse pour prendre le temps de se pencher sur une maison d'édition, un événement, une initiative qui met des paillettes dans ma vie de lectrice. Je ne sais pas si je tiendrai tous les dimanches, mais vous reverrez régulièrement cette rubrique!

Et vu qu'aujourd'hui c'est mon anniversaire, que l'une de mes passions c'est les réécritures de contes, j'entame cette nouvelle série par la merveilleuse collection des Contes mélangés, publiée depuis 2009 chez les éditions Karibencyla.

Basée à Perpignan et créée en 2009 par Maryse Alonso et Joël Cimarrón, cette petite maison d'édition pep's et colorée écume les salons et festivals pour faire découvrir son travail. Je les avais découvert une première fois SLPJ de Montreuil il me semble, et quand je les ai revus cette année à Saint-Malo lors de Quai des Bulles, j'ai craqué pour leur collection des contes mélangés. Le principe de cette collection? Reprendre un conte classique et lui faire rencontrer des personnages de mythes, contes et folklores d'ailleurs.

Blanche-Neige et les korrigans, Peau d'Âne et les Tanukis, Barbe Bleue et Compè Lapin... Si vous aussi, ça vous met l'eau à la bouche, n'hésitez pas, foncez. Pour ma part, j'ai eu le plaisir de découvrir La Belle et Ganesh, et leur dernier-né, Les Mille et Une Nuits de la Belle au Bois Dormant.

Ici, on a repris La Belle et la Bête de Madame Leprince de Beaumont, et au lieu d'une bête désagréable, on lui a fait rencontrer l'une des divinités les plus populaires de l'hindouisme, Ganesh, et sa petite souris Mûshika. Une merveilleuse histoire d'amitié, où les deux protagonistes tissent des liens forts grâce à leur amour partagé pour la connaissance, la sagesse et la clairvoyance. Les châtoyantes couleurs roses et fuschia des tenues de Belle s'accordent parfaitement avec le vert tendre de la peau de Ganesh, créant une harmonie visuelle reflétant parfaitement leur harmonie spirituelle. C'est joli, c'est tendre, c'est une histoire teintée de noblesse et de courage. J'ai été conquise.

Là, ce fut un vrai coup de cœur. Prenez La Belle au Bois Dormant de Perrault, faites de l'ingénieuse Shéhérazade l'une de ses marraines, saupoudrez de Djinns facétieux et appelez le fils d'un héros connu pour sa lampe magique pour sauver la princesse de sa malédiction... Vous obtenez un album merveilleux, tout en douceur et en étoiles, où l'Orient et l'Occident se mêlent pour vous présenter une nouvelle histoire magique et merveilleuse. J'ai adoré. Une petite pépite qui a rejoint ma bibliothèque! Ici, les couleurs sont volontiers plus douces, invitant au mystère et à l'enchantement, avec des teintes de bleus, de verts sombres, de violets et d'ors scintillants.
Le texte est soigné, prenant ce ton cérémonieux et sacré du conte que l'on se chuchote au coin du feu, Les illustrations vives et colorés accompagnent à merveille ces textes, en conservant un certain flou vous permettant d'y projeter les détails que vous voulez y voir. 

Mais surtout, ce que j'aime par-dessus tout, c'est la façon dont les éditeurs ont pris le parti de prouver qu'en mélangeant les histoires des quatre coins du monde, il était facile de les rendre plus riches et plus belles. C'est un merveilleux support pour découvrir l'autre, s'intéresser à des cultures différentes et nourrir son imaginaire d'images venues d'ailleurs. Vous pouvez d'ailleurs retrouver, à la fin de chaque album, un texte vous racontant les différentes sources utilisées pour créer ces mélanges savoureux.

Vous l'aurez compris, je vous invite fortement à découvrir cette collection, ainsi que les autres de la maisons d'édition, notamment la série des Patatra la petite sorcière

Et vous, quels contes et quels personnages d'ailleurs aimeriez-vous voir se rencontrer?