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vendredi 28 octobre 2016

"Mais cette maison, chez qui est-ce?"


J'ai une fascination terrible pour les maison étranges, grandioses, rigolotes, bizarres. Peut-être autant que pour les réécritures de contes. Et vu qu'on est en octobre, que c'est le mois de l'arrivée du froid, des plaids en laine et des moments cocooning devant de jolies bougies parfumées, je voulais vous parler d'un très bel album, Chez nous, de Carson Ellis, paru en 2015 chez Actes Sud.

Dans cet album en forme de catalogue, aux couleurs sobres et mélancoliques, Carson Ellis nous fait voyager de maison en maison. Il y en a pour tous les goûts : des maisons en haut d'une falaise, au fond de l'océan, des maisons aux allures de dés ou d'autres en forme de chaussure, des maisons classiques et d'autres construites sur la lune, des rangées, des désordonnées, des grandes, des petites... Un vrai festival!

On se surprend à scruter les petits détails, à comparer des habitations complètement différentes, à chercher celle qui ressemble le plus à la nôtre... Le foisonnement de détails drôles, incongrus et poétiques fait de cet album un puits sans fond de moments délicieux à analyser les maisons, créer des histoires et imaginer les drôles de personnes qui peuvent vivre à l'intérieur.

Cliquez pour voir en plus grand!

Evidemment, le but de cet album, c'est avant tout de célébrer la diversité et l'imagination. On vit tellement le nez collé à notre nombril qu'on finit par oublier que pour des milliers d'autres personnes, le foyer, la maison, la bulle de confort et de bien-être, c'est quelque chose de très différent de ce qu'on connaît. C'est un album aussi qui fait réfléchir à la maison idéale, le foyer le plus chaleureux qu'on puisse rêver avoir. C'est enfin un album qui invite à l'imaginaire et à l'ouverture d'esprit. Fabuleux, non?

En faisant se confronter des habitats diamétralement opposés, Carson Ellis met en évidence la richesse de notre monde et la nécessité de se glisser dans la peau des autres pour mieux les comprendre. Un travail délicat, délicieux et merveilleux que je conseille à tous!



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mercredi 26 octobre 2016

"La pluie c'est gris, froid et sombre."



Encore un album, un de ceux qui remontent le moral et mettent un peu de sucre dans la vie! Je vous présente Rose à petits pois, d'Amélie Callot et Geneviève Godbout, paru cette année chez La Pastèque. 

Quand il fait beau, Adèle sourit, elle sifflote, elle chante à tue-tête, elle ouvre les fenêtres et laisse la porte ouverte. Mais dès qu'il pleut, Adèle reste enfermée. Elle n'y peut rien, elle perd son entrain. La pluie, c'est gris, froid et sombre. Vous aurez alors beau dire tout ce que vous voulez, argumenter tant que vous pourrez, ça n'est pas la peine de discuter, Adèle ne mettra pas une mèche de cheveux dehors..

Cet album très épais (80 pages) nous raconte l'histoire d'Adèle, la jeune tenancière d'un café de village. Elle est très fière de son café, qui rassemble les gens. Et les gens, elle adore ça, Adèle! Elle met un point d'honneur à ce que chacun se sente comme chez soi dans son petit établissement. Lieu de rencontre et de vie, elle déteste par-dessus tout la pluie, qui fait rester ses habitués chez eux, qui est grise, froide et sombre. Rien de tel que le soleil et la couleur!


Et puis, un jour, elle retrouve dans le vestiaire déserté une paire de bottes en caoutchouc rose, pile à sa taille... Un peu plus tard, un imperméable... Et plus tard encore, un parapluie! Qui est l’énergumène qui s'amuse à lui abandonner ces cadeaux? Adèle mène l'enquête, et finit par découvrir que la pluie aussi apporte ses joies, ses surprises et ses douceurs...

Cette petite histoire tendre et sucrée est avant tout un récit qui prône la sociabilité, la solidarité et l'ouverture à l'autre. Il donne envie de sourire à tout le monde, oui, même à la vieille bavarde du rez-de-chaussée qui vous assaille de ses réflexions d'un autre temps chaque fois que vous avez le malheur de la croiser (comment ça ça sent le vécu?). On a envie
d'inviter ses amis à boire un café, d'appeler cette copine à qui on n'a pas parlé depuis longtemps, d'acheter des bouquets de fleurs sans raison et d'aller sauter dans les flaques d'eau. Les illustrations délicieusement vintage de Geneviève Godbout ajoutent un charme intemporel à cette bulle de douceur qui finit de charmer tout à fait.


En bref, une jolie découverte pour tous les âges!


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vendredi 21 octobre 2016

"Celui qui sait lire peut comprendre le monde. Celui qui écrit peut le changer."


Il était une fois un vieux chapiteau de cirque à l'orée d'une forêt sombre et profonde : c'est là que vit la Petite avec sa famille, une ancienne troupe de saltimbanques. Depuis très longtemps ils ne donnent plus de spectacle, mais ils tissent autour de la gamine un cocon protecteur d'histoires et de légendes.

Un jour, un chantier gigantesque vient tout bouleverser: le campement va être rasé et la Petite est envoyée à l'école du village. Elle va alors faire appel aux forces obscures de la forêt pour tenter de sauver les siens.


La langue des bêtes de Stéphane Servant est paru en 2015 aux éditions du Rouergue. Outre une couverture superbe qui me paraissait pleine de promesses, je voulais absolument découvrir la plume de l'auteur du Cœur des louves. Rien de mieux que l'automne, les premières grandes pluies et les soupes aux champignons pour plonger dans ce récit enchanteur.

Nous nous retrouvons dans un cirque oublié entre une forêt et une décharge automobile. Là vivent une poignée de personnages improbables, rêveurs et ermites qui vivent des histoires qu'ils ont tissées pour tenir debout, tous ensemble. Petite, la jeune héroïne de notre roman, est un feu follet vêtu de robes à paillettes et de bottes en caoutchouc, qui traque les renards avec son ogre de père et tente d'attraper le regard fuyant de sa funambule de mère. Elle se nourrit littéralement de livres et de papier, ne sait pas forcément démêler le rêve de la réalité, vit de mysticisme, de contes et de croyances presque païennes. Les derniers habitants du cirque, un lion édenté, un marionnettiste désenchanté, un clown triste et un nain cynique constituent son unique et étrange famille. 

L'automne arrive, et avec lui, l'annonce de la fin du rêve. Petite, bien malgré elle, grandit. Le présent devient peu à peu le passé au fur et à mesure que les hommes en orange construisent une autoroute pour connecter le Village et la Ville. L'ogre redevient un homme, la mère un fantôme, les histoires des fadaises et la vie un mensonge. Nous accompagnons Petite sur un chemin initiatique où elle devra décider de ce qu'elle croit. Les histoires sont-elles vraies? Ont-elles un pouvoir? Quel est le devoir de celui qui raconte? Comment rallumer les cœurs éteints? Et puis, dans l'ombre de la forêt, rôde la Bête, créature de Frankenstein à laquelle Petite, sans le vouloir, a donné une vie triste et mélancolique.

Dans un récit emprunt sans cesse d'une poésie qui sert le cœur et fait mouiller les yeux, Stéphane Servant nous interroge sur le rôle de la fiction au sein de nos vies. Dans un monde où tout va plus vite, où être, c'est avoir, et où plus personne ne croit aux magiciens et aux funambules, que faire de nos rêves et de nos histoires? Le conte est présenté ici non seulement comme un lien entre les hommes, mais aussi comme un bien précieux et nécessaire dont on sous-estime le pouvoir. Il nous questionne également sur ce qui fait que l'on considère quelqu'un de fou : il est souvent plus facile de rejeter la différence et l'originalité pour ne pas remettre en question notre propre point de vue, n'est-ce pas?

Un énorme, gigantesque coup de coeur pour ce roman mélancolique et doux que je relirai encore, et encore, tant que les mots auront des pouvoirs magiques.


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mercredi 19 octobre 2016

"Tout le bien que nous faisons peut se retourner contre nous."


Dorothe, fille de bonne famille, vient d'avoir seize ans. Elle est mariée à un homme bien plus âgé qu'elle. Son époux est nommé dans le comté du Finnmark, tout au nord de la Norvège, pour instruire les procès en sorcellerie. Après une longue et éprouvante traversée, Dorothe arrive dans une petite ville où personne ne parle sa langue.

Elen a le même âge, fille d'une guérisseuse qui a choisi de vivre sans homme et enchaîne les aventures et les enfants. La jeune fille sauvera Dorothe gravement malade, grâce au savoir que sa mère lui a transmis avant d'être emprisonnée. Mais ne signe-t-elle pas ainsi son appartenance à la confrérie des sorcières?


De la part du diable de Aina Basso est un roman paru en 2015 chez Thierry Magnier, et le moins que l'on puisse dire, c'est que ça faisait des mois qu'il me faisait de l’œil (la couverture de Nicolas Galkowski est sublime!). Je l'ai lu d'une traite, j'en suis restée toute chamboulée, et je profite de l'ambiance Halloweenesque pour vous parler de cette histoire de sorcières.

Si la quatrième de couverture (que vous pouvez lire ci-dessus) vous résume malheureusement la quasi-totalité du récit, ce qui fait la force de ce roman, en revanche, c'est l'ambiance envoûtante, fantastique et terriblement ancrée dans le réel dans laquelle il vous fait plonger. Nous alternons les points de vue entre Dorothe, (très) jeune mariée à un juge chargé d'instruire les procès pour sorcellerie dans la Norvège du dix-septième siècle, et Elen, qui grandit comme une fleur sauvage dans une contrée difficile et hostile, élevée par une mère différente des autres, libre et caractérielle.

Chacune des deux héroïnes voit sa vie changer lors de l'arrivée d'un homme dans leurs vies : Dorothe se retrouve mariée à un homme bien plus âgé qu'elle qu'elle trouve sobre et très grave, tandis qu'Elen se voit affublée d'un petit frère terriblement laid, si laid qu'elle est persuadée qu'il a été échangé à la naissance avec une créature démoniaque. S'ensuivent alors une série d'événements qui vont les faire se rencontrer en dépit de tout ce qui les sépare. Et c'est haletant : on se surprend à tourner les pages sans pouvoir s'arrêter, pris au piège d'une écriture grave, dure et mystérieuse, tandis que l'angoisse gonfle dans la gorge en même temps que les nœuds du récit se tissent jusqu'à une fin terrible qui finit de vous ensorceler tout à fait. 

Grâce aux regards croisés de ses deux héroïnes, l'auteure s'interroge sur la condition féminine, la liberté, la différence, l'ignorance qui mène à l'intolérance, le mystique et le sacré. On finit par se demander si la plus puissante forme de sortilège n'est pas uniquement la rumeur publique, accompagnée des puissantes malédictions que sont les préjugés et le besoin de trouver des boucs émissaires. Et en cela, De la part du diable est non seulement un roman inspiré de faits réels, mais c'est également un récit qui trouve de terribles résonances avec l'actualité.

On appréciera les notes et explications supplémentaires données en fin de roman par l'auteure, ainsi qu'une bibliographie complète pour en apprendre plus sur ces événements. Un très bon roman d'angoisse et de fantastique teinté d'histoire que je vous recommande pour vos soirées de Samain!


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vendredi 14 octobre 2016

"Tant de beautés pour tant d'ignominie, comment la terre pouvait-elle porter tant d'injustices?"

Dans un monde où le réchauffement climatique a imposé sa loi, la terre a été dévorée par le soleil. La vie s’ est organisée autour de Kyos, cité-oasis qui possède et distribue l’ eau, denrée essentielle en ce désert sans fin. Pour en bénéficier, encore faut-il avoir un enfant marqué.

La Marque brille au front de Sika. Elle vient d’ avoir quinze ans et elle sait qu’ elle doit rejoindre Kyos pour permettre aux siens de survivre. Mais sa rencontre avec Rey, qui a refusé d’ obéir au diktat de la cité-oasis, va lui ouvrir les yeux. Pourront-ils, ensemble, échapper à l’ emprise de Kyos ?

J'avais adoré la série Hisse & Ho d'Anne Loyer, alors c'est tout naturellement que j'ai voulu la découvrir dans un autre genre! Avec La Marque, paru aux éditions Bulles de Savon le mois dernier, Anne Loyer s'essaie au genre de la dystopie.

Et le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est l'univers de Kyos qui en est le point fort. Nous sommes au milieu d'une communauté vivant dans le désert aride qu'est devenu la planète, gravitant aux abords d'une cité-oasis qui impose ses règles, la première d'entre elle étant que tous les cinq ans, des jeunes gens de quinze ans marqués d'un point d'or au milieu du front rejoignent la cité sans plus jamais avoir de contact avec le monde extérieur. Dans une société très hiérarchisée, qui accepte sans remettre en question des règles d'injustice et de discrimination dans le but d'obtenir de l'eau, le doute s'installe dans le cœur de plusieurs jeunes gens. Est-il possible de vivre loin de Kyos? Y a-t-il de l'eau ailleurs? Que se passe-t-il derrière les hauts murs de la cité oasis? A quel destin sont-ils voués?

La chaleur, la soif, l'aveuglante lumière nous suit tout au long du roman, dont Sika et Sek sont les deux protagonistes. La première perd tragiquement sa mère lors de la naissance de son petit frère et un sentiment d'injustice l'étreint lorsqu'elle comprend que ses parents, ses voisins et ses camarades sont tous soumis au joug de Kyos. Le second est rempli de rancœur depuis que son frère aîné Rey, qu'il adulait, s'est enfui le jour où il aurait dû rejoindre la cité-oasis, le privant alors de toutes retrouvailles possibles. Condamné à affronter seul l'univers étranger de Kyos, il se jette corps et âme dans un entraînement intensif qui manque presque de lui faire perdre toute humanité. La dualité des points de vue nous permet d'embrasser toute la complexité de la situation dans un temps record, grâce à une écriture efficace et dénuée de fioritures inutiles.

Cependant, le principal défaut de ce roman est sa brièveté. J'imagine que le désir de l'auteur et des éditeurs était de faire un one-shot qui n'aurait pas besoin de suite, ce qui en soi est loin d'être une mauvaise idée face à l'avalanche de séries à rallonge que l'on subit en littérature de jeunesse. Mais du coup, le récit perd en profondeur et en complexité. J'aurais beaucoup aimé apprendre à mieux connaître les autres personnages, décortiquer les rouages de Kyos un à un, découvrir d'autres communautés à travers ce monde aride et vivre des défaites et des victoires en compagnie de tous les rebelles!

Le résultat demeure pourtant très bon, reprenant avec assurance les ressorts classiques du genre. Sa force demeure dans la qualité de l'écriture et dans l'exotisme de Kyos et de son climat de fin du monde. La Marque est un excellent roman pour faire découvrir le genre et introduire les plus jeunes à la science-fiction!


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mardi 6 septembre 2016

Là où le présent caresse, plus tard le passé pince.

Quand Tatiana rencontre Eugène, elle a 14 ans, il en a 17 ; c’est l’été, et il n’a rien d’autre à faire que de lui parler. Il est sûr de lui, charmant, et plein d’ennui, et elle timide, idéaliste et romantique. Inévitablement, elle tombe amoureuse de lui, et lui, semblerait-il… aussi. Alors elle lui écrit une lettre ; il la rejette, pour de mauvaises raisons peut-être. Et puis un drame les sépare pour de bon. Dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard. Tatiana s’est affirmée, elle est mûre et confiante ; Eugène s’aperçoit, maintenant, qu’il la lui faut absolument. Mais est-ce qu’elle veut encore de lui ? 

Songe à la douceur est le nouveau roman de Clémentine Beauvais, la merveilleuse auteure du roman Les petites reines dont je vous avais fait un éloge dithyrambique. Elle nous revient cette fois-ci avec un roman audacieux en forme d'ovni, une réécriture du roman d'Alexandre Pouchkine Eugène Onéguine, réécriture également fortement inspirée de l'opéra que Tchaïkovski en a tiré. Le roman original étant lui-même écrit en vers, Clémentine Beauvais a choisi le vers libre pour relater une version moderne de l'histoire.

Je ne connaissais ni le roman original, ni l'opéra, et j'ai donc plongé dans ma lecture avec naïveté et curiosité. Et encore une fois, Clémentine Beauvais a su s'adresser à l'adolescente romantique et complexée qui demeure quelque part au fond de moi. Eugène et Tatiana, ces deux adolescents qui se côtoient le temps d'un été, sont plein de certitudes et de sentiments trop grands pour eux, et la narration, qui fait sans cesse un va-et-vient du passé au présent, aide à comprendre comment ce que l'on vit dans notre jeunesse peut ou non influencer l'adulte que l'on devient. C'est un roman certes qui parle d'une histoire d'amour à la fois banale et grandiose, mais c'est aussi un roman sur le fait de devenir adulte, sur les choix que l'on peut faire dans sa vie, sur ce qu'on décide de faire de notre existence. J'ai particulièrement été touchée par la naïveté de l'adolescente Tatiana face à la rigueur et la persévérance de l'adulte Tatiana.

Encore une fois, l'auteure semble particulièrement attirée par les histoires que relatent nos historiques de messagerie instantanée, les SMS et les e-mails. Dans Les petites reines, elle s'intéressait surtout aux réseaux sociaux. Dans Songe à la douceur, on replonge en 2006 à l'heure de MSN et des textos hors de prix. C'est délicieusement désuet tout en évoquant les souvenirs de toute une génération. Aujourd'hui, les histoires d'amour ne sont pas moins vraies parce qu'elles se construisent à coups de poke et de discussions sur Skype : en tous cas, c'est une des choses que l'on peut retenir de ce livre.

Quant au style, il est vrai que si le choix d'un roman en vers est inattendu, il est au final plutôt bien vu, car la musicalité du vers rend à la fois compte de la poésie des instants narrés tout en imitant la musicalité d'un opéra. Clémentine Beauvais compare volontiers Tatiana à la flûte et Eugène au basson, et sans connaître la musique de Tchaïkovski, on se surprend à entendre les timbales gronder ou les violons vous arracher une larme. C'est bien vu, bien exécuté, même si j'ai trouvé que ce choix autorisait parfois le récit à traîner en longueur là où les choses auraient pu être plus brèves.

Est-ce que Songe à la douceur est bien le phénomène tant primé sur les réseaux sociaux? D'un côté, le récit amer et passionné d'une histoire d'amour à côté de laquelle les personnages n'arrêtent pas de passer est un thème fort peu abordé en littérature jeunesse. Ce roman, en modernisant une tragédie classique, en lui donnant les accents de la modernité, permet de faire entrer les erreurs et les errances dans le paysage parfois trop codifié de la littérature pour adolescents et jeunes adultes. La narration en vers est originale, pas trop lourde et terriblement agréable, donnant de la musique et du rythme au récit. D'un autre côté, difficile de savoir à qui se roman se destine, et j'ai personnellement trouvé qu'Eugène est un personnage tête-à-claques à qui j'aurais volontiers filé quelques baffes. En tous cas, on passe un beau moment et on referme le livre avec un goût doux-amer dans la bouche en rêvant de belles et grandes choses, et c'est en partie, je pense, ce que souhaitait l'auteure.


N'hésitez pas à lire ce qu'en pensent Bob et Jean-Michel!

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jeudi 25 août 2016

C'est la rentrée, si on s'avalait mille pages d'un coup?

Hello tout le monde! J'espère que vous avez passé un super été! De mon côté je profite encore de quelques jours de repos chez mes parents au bord de la mer avant de me mettre définitivement en mode "rentrée". Plein de supers projets cette année: je vais apprendre de nouvelles choses, m'améliorer dans certains domaines, participer à des choses extraordinaires... J'ai aussi trois vidéos dans les cartons qui n'attendent qu'un peu de fignolage pour que je puisse vous les montrer! Si ça c'est pas du teasing de ouf!

J'ai pas mal lu ces deux derniers mois, mais histoire de terminer l'été sous le signe de la réduction de pile à lire, j'ai décidé un peu sur un coup de tête de participer au week-end à 1000 organisé à l'origine par Lilibouquine et relayé sur le groupe facebook dédié.
Le principe? Et bien c'est très simple: lire 1000 pages entre le vendredi 19h et le dimanche minuit. Rien que ça. J'ai décidé d'en profiter pour lire quatre livres achetés il y a des semaines de cela suite à leurs nominations dans deux prix, celui des Incos et le prix ados de la ville de Rennes. Voici ma petite sélection, qui s'élève à 1149 pages!


Bluebird de Tristan Koëgel, L'anneau de Claddagh de Béatrice Nicodème, #Bleue de Florence Hinckel et Sauveur & Fils de Marie-Aude Murail. Je suis assez contente de la sélection, et je pense que ça va bien se passer, notamment parce que Murail et Kinckel ont le chic pour écrire de façon à ce qu'on soit complètement addict au texte... Souhaitez-moi bonne chance!

Je pense faire un petit vlog de ce premier week-end à 1000, en attendant, vous pouvez suivre mes avancées sur facebook et instagram. En attendant la vidéo, vous pouvez toujours revoir la dernière, consacrée aux albums pour la jeunesse!


A très vite pour de nouvelles aventures!

mercredi 13 juillet 2016

"J'ai déjà un nom, vous savez, et si vous voulez que je vienne quand on m'appelle, ce serait peut-être mieux de l'utiliser."



Ça faisait longtemps que je ne vous avais pas parlé d'un chouette petit roman à glisser entre les mains des jeunes lecteurs. Aujourd'hui, je vous parle de Crumble, écrit par Michael Rosen et illustré par Tony Ross, publié en français aux éditions Albin Michel dans la toute nouvelle collection Mes premiers Witty.

Quand Terri-Lee va à l’animalerie, elle pense naturellement pouvoir choisir le chien qui lui plaît et ne s’attend pas du tout à être choisie par celui-ci ! Mais Crumble n’est pas un chien ordinaire et il a quelques questions à poser à sa future maîtresse :
Combien de fois par jour comptes-tu m’emmener en promenade ?
Aimes-tu danser ?
As-tu l’intention de me chatouiller souvent ? J’adore ça !
Les réponses de Terri-Lee et ses pas de dance seront-ils suffisants pour convaincre Crumble d’être adopté ?

Quand deux pointures de la littérature jeunesse britannique se rencontrent et travaillent ensemble à un roman destiné aux jeunes lecteurs, ça donne un résultat largement au-dessus de nos espérances. Michael Rosen, poète et passionné de littérature jeunesse, est un grand monsieur à qui l'on doit, notamment, la merveilleuse Chasse à l'ours ou le très triste mais très beau Quand je suis triste, fait montre de son talent dans ce récit drôle et burlesque. C'est qu'un chien qui fait passer un entretien d'embauche à se future famille, c'est cocasse! 

Non seulement ce petit roman illustré rend compte de la responsabilité qui incombe à un enfant lorsqu'il réclame l'adoption d'un animal, mais il permet également de parler de respect envers les animaux et d'insister sur le fait que ce ne sont pas des jouets. Seulement, tout cela est fait avec humour et bienveillance, et l'entretien devient rapidement une joyeuse rencontre qui promet une belle amitié. C'est drôle, c'est frais, c'est surprenant et un peu barré, mais ça fonctionne!


Les illustrations dynamiques de Tony Ross, éminent illustrateur ayant collaboré avec presque toute la fine fleur de la littérature jeunesse britannique, permettent au récit de respirer et d'ajouter une dose de farce et de maladresse touchante.

En bref, un petit roman pétillant et renversant qui devrait séduire les lecteurs à partir de 7 ans!


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mercredi 6 juillet 2016

"Si les dieux ont jamais existé, ils nous ont abandonnés depuis longtemps!"

Selon de vieilles légendes, il existerait un monde au-delà de la matière. Un monde constitué d’êtres lumineux, sans lesquels cette matière resterait inerte. Ainsi, quand les territoires du Nord, jadis fertiles et florissants, se muent en terres arides où plus rien ne pousse, ces légendes resurgissent et les regards se tournent vers les dieux anciens... Jeune garçon dans la fleur de l’âge, Nils, accompagné de son père, tente d’élucider ce mystère. Il rencontre ainsi ces êtres lumineux, les âmes de la nature qui le guident jusqu’à un royaume voisin à la technologie avancée... Une quête qui bouleversera son existence.

zzzzzzzzLa collection Métamorphose de chez Soleil regorge souvent de petits trésors, et Nils ne déroge pas à la règle. Nous voilà plongés dans un univers mi-heroic fantasy, mi-merveilleux, mi-science-fiction (oui, ça fait trois demies, bravo Hermione, cinq points pour Gryffondor), où nous suivons les aventures du jeune Nils et de son père. Le monde dans lequel ils vivent est frappé d'un malheur : plus rien ne pousse, plus rien ne naît, la nature s'éteint petit à petit. Le père de Nils, le savant du village, a décidé de partir explorer les territoires alentours pour essayer de trouver la cause de ce fléau. Il promet à son fils qu'ils en profiteront pour lui trouver un faucon, animal de compagnie fidèle et chasseur hors paire dont rêve Nils depuis longtemps.


Ce voyage initiatique prend évidemment des allures très classiques au premier regard : le jeune héros insouciant se retrouve malgré lui embarqué dans des aventures qui le dépassent, à devoir affronter des ennemis et surmonter des obstacles auxquels rien ne le préparait. Mais toute la force de ce récit mené par Jérôme Hamon réside dans l'univers qu'il a bâti et dans les personnages qu'il a construits. De l'espiègle Nils, Alba l'effrontée ou Ruben le clairvoyant, ils sont tous très attachants. Leurs personnalités les rend tout à fait crédibles et on s'étonne de découvrir que la bande dessinée ne fait que 52 pages, tant on a l'impression de bien les connaître.


On ne s'étonnera pas d'apprendre qu'un tel récit s'attaque au thème de la nature face à la technologie, sujet ô combien traité dans la littérature, mais qui prend ici un petit air à la Myiazaki (décidemment, il est partout, celui-là!) rafraîchissant, teinté d'épique. Antoine Carrion illustre avec talent le récit. Vous connaissez mon amour des belles images ; je suis tombée sous le charme de ce récit aux teintes froides et dures, au dessin ciselé et au découpage précis et dynamique.


Certes, ce tome est avant tout un tome d'introduction qui a pour mission de poser les bases de cet univers et de lancer les aventures de Nils et ses compagnons, mais il promet de belles choses pour la suite. Une superbe découverte que je ne saurais trop vous conseiller!


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vendredi 24 juin 2016

"Que leur chair soit tendre, pour que vous puissiez mieux les dévorer!"


J'ai une attirance irraisonnée pour les réécritures de mythes et légendes (on en a déjà parlé), pour les histoires de femmes et pour les univers graphiques contrastés et audacieux. Et là, que vois-je au milieu des nouveautés du printemps? Morgane de Simon Kansala et Stéphane Fert, édité chez Delcourt. Ni une, ni deux, je saute dessus et le dévore. Coup de cœur instantané.

Privée de son destin de reine, la demi-sœur du roi Arthur devient la sulfureuse fée Morgane et se dresse contre la tyrannie de la Table ronde et les manipulations de Merlin le fou. Écœurée par le magicien qui joue avec sa vie depuis sa plus tendre enfance, Morgane laisse libre cours à sa colère et assouvit sa soif de pouvoir envers et contre tous : son ancien maître, les hommes, leur nouveau dieu unique et l'ordre établi.

Dans l'imaginaire de la table ronde et de ses chevaliers, celle que le nomme la fée Morgane, demi-sœur du roi Arthur et magicienne, a été présente dès les premières versions du cycle arthurien, d'abord comme alliée d'Arthur, puis comme adversaire. Incarnant depuis toujours la dualité de l'abominable femme séductrice et de la puissance féminine réprimée à l'époque médiévale, elle atteint, dans cette nouvelle version, le statut d'héroïne tragique.

De son point de vue, Arthur devient un usurpateur de trône ; les chevaliers de la table ronde ne valent guère mieux qu'une bande d'ados populaires, comme ceux qui sont systématiquement les joueurs de foot américain dans les séries télé ; Merlin, un être dangereux, pervers et manipulateur qui se joue des hommes comme de pions. Seule contre tous, systématiquement moquée, injuriée, abandonnée, Morgane finit par nourrir une rage sans nom pour cette société qui lui interdit d'avoir son rôle à jouer, et un désir de vengeance qui est ici présenté comme compréhensible et justifié.

Morgane est différente des autres femmes de son époque. Unique héritière du royaume de Tintagel, son père jure que ce sera elle qui montera sur le trône après sa mort. Morgane développe ainsi tout le charisme et l'autorité indispensable à son futur rôle de souveraine. Loin de la femme-procréatrice (comme sa mère) ou de la greluche décorative (comme Guenièvre), elle entend bien qu'on la respecte et qu'on l'écoute au même titre que ses comparses masculins. C'est son éducation et l'amour d'un père juste qui sera à la fois sa force et son fardeau. 

Nous avons la chance de vivre à une époque où les mythes peuvent être réécrits pour laisser la parole aux boucs émissaires. A l'instar de la Médée de Nancy Peña et Blandine Le Callet, la Morgane de Fert et Kansala a enfin voix au chapitre et peut laisser éclater toute l'injustice de sa situation. Si certains ont pu reprocher à cette réécriture son côté manichéen, avec des femmes savantes et opprimées face à des hommes stupides et brutaux, j'y vois au contraire un renversement juste des choses. En effet, la légende ne s'inscrit dans l'esprit commun que grâce à des ressorts simples et des personnages archétypes. Le verre est grossissant, le miroir déformant, mais c'est pour faire passer avec plus de justesse et d'évidence un message somme toute subtil et ambigu : la vengeance est-elle la solution? Doit-on se laisser dominer par sa colère? Comment savoir ce qui est juste? Qu'est-ce qui protège notre intégrité? Doit-on user de tous les moyens pour parvenir à ses fins?

 
Lisez les quatre premières planches de la BD!
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Et - last, but not least! - je n'ai pas encore parlé des dessins. Sans vouloir faire la fangirl à gloussements hystériques, je n'ai fait que feuilleter le livre depuis qu'il est en ma possession pour m'abreuver du style unique, vif, coloré de Stéphane Fert. Avec des influences allant de Klimt à Disney, des références d'ailleurs assumées dont l'album est truffé, il nous livre un univers électrique, teinté de bleu, de magenta et d'or, terriblement moderne et pourtant fidèle à l'aura légendaire du cycle arthurien. Les personnages, parfois réduits à des silhouettes, ne perdent cependant ni vie, ni prestance. Tout passe par le mouvement, les cassures, les regards, les ombres et le cadrage, donnant à ce roman graphique un dynamisme quasi-cinématographique.

En bref, un énorme coup de coeur, au cas où vous n'aviez pas compris. Je vous invite en bonus à jeter un œil au blog de Stéphane Fert, qui regorge de petits trésors.


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