#footer-column-container { clear:both; } .footer-column { padding: 10px; }

mercredi 5 août 2015

"Prends les insultes qu'on te jette et fabrique-toi des chapeaux avec."

J'ai fait un petit détour en descendant ma pilalire pour l'été en craquant enfin pour ce roman coloré lors de l'un de mes passages dans ma librairie préférée. Des semaines que je voulais enfin comprendre le phénomène Boudins, et ça y est, ma lanterne est éclairée!

Mireille Laplanche est élue Boudin d’Or de son lycée de Bourg-en-Bresse depuis trois ans. Cependant, cette année, elle est seulement Boudin de Bronze. Heureuse déception! Elle rencontre Hakima et Astrid, respectivement Boudin d’Argent et Boudin d’Or, et les trois jeunes filles s’aperçoivent qu’elles ont quelque chose en commun. Quelque chose qu’il faut aller chercher le 14 juillet, à la garden-party du palais de l’Elysée, à Paris…

Pour se simplifier la vie, autant y aller à vélo, en vendant du boudin, avec le grand frère vétéran de guerre d’Hakima, non?

Un road-trip déjanté et comique, 100% made in France, avec de la vraie cuisine du terroir et des colorants naturels.

Alors que dire sur Les petites reines? On se retrouve dans la tête de Mireille, gamine intelligente, fine et drôle, qui joue presque l'affront lorsqu'elle apprend qu'elle n'est que troisième sur le podium des Boudins. Avec ses deux nouvelles copines moches, elles découvrent que le destin ne les a pas réunies tout à fait par hasard, mais qu'elles ont toutes les trois une excellente raison de rejoindre la garden-party de l'Elysée. Et vu qu'elles n'ont pas le permis mais une inventivité débordante, elles décident d'y aller en vélo, et de financer leur trajet grâce à de la vente de boudins.

Elles ne sont pas seules, un adulte majeur et responsable veille sur elle: Kader, le grand frère d'Hakima, surnommé "le Soleil" par la romantique Mireille qui sent son cœur s'emballer quand elle le voit faire tourner les grandes roues de son fauteuil roulant.

Trois Boudins et un mec sans jambes s'élancent donc de Bourg-en-Bresse vers Paris, remorquant un stand de vente de boudins ambulant, non sans avoir prévenu la presse locale de leur épopée aussitôt relayée sur Twitter et autres joyeusetés sociales. Cette situation complètement déjantée prend forme tout naturellement au fur et à mesure d'une lecture pétillante et rafraîchissante. Car Mireille n'a pas la langue dans sa poche, elle a un sacré caractère, et chaque page est propice à un déferlement d'adjectifs improbables, de métaphores saugrenues ou de mots d'esprit décalés.

On se MARRE, ça fait un bien fou! Et c'est loin d'être de l'humour gratuit, car c'est un humour qui dénonce, en vrac : la dictature des médias, l'image de la femme-objet, la folie du buzz... Mais qui parle aussi de valeurs profondes sans jamais verser dans le larmoyant, comme la solidarité, la confiance, le dépassement de soi, le besoin de devenir qui l'on veut être et pas qui l'on nous dit d'être. 

Et même si l'héroïne est clairement issue de la couche supérieure des classes moyennes, le ton parfois un peu bobo du roman ne fait que lui ajouter de l'authenticité. Et puis, il y a Hakima et Kader, qui vivent dans la cité de Bourg-en-Bresse, et Astrid, qui vit avec une maman artiste un peu baba cool, donc il y en a vraiment pour tous les goûts. Les quelques petits clichés sociaux qu'on retrouver parci, parlà permettent de s'y retrouver face à tous ces autres clichés sur lesquels Clémentine Beauvais tire à bout portant (les grosses sont des feignasses, les gens sont méchants, on peut rien faire face aux institutions, ceux qui sont tout en haut sont inatteignables...).

Je déplore juste que le nombre de références à notre époque hyper-contemporaine (Facebook, Twitter, Tinder, la folie du #hashtag) puisse très vite faire de cet excellent roman un ringard qui dans cinq, dix ans parlera d'un monde qui n'existe plus. Parce qu'il y a tout, dans Les petites reines, pour faire de ce texte quelque chose d'incontournable à lire toutes générations confondues.

Oui bon, je ne suis peut-être pas très objective pour parler de Les petites reines, c'est ptête l'intello grossémoche que j'étais au lycée qui parle pour moi, car j'aurais aimé lire le roman de Clémentine Beauvais, qui met en scène des filles comme moi qui se battent contre les préjugés, plutôt que les romans mettant en scène des filles comme moi "finissant par s'en sortir" (=par maigrir) que je lisais à l'époque.

Une bouffée d'air frais qui sent bon le boudin grillé, que je vous conseille de lire tant qu'il fait beau, si possible au bord d'une piscine ou après une chouette randonnée! Il se dévore d'un coup et vous laisse un agréable goût de bonheur. A vous procurer immédiatement!

Petit bonus, le blog de Clémentine Beauvais est également un véritable puits d'humour et d'intelligence, jetez-y un oeil!

Vous pouvez aussi lire ce qu'en pensent Bob et Jean-Michel et ma copine Camille!

samedi 1 août 2015

Dessin du mois - Снежная королева

AHEM. J'avais lancé les Dessins du mois en mai, et je n'en ai pas refait depuis. J'essaie, j'essaie! Promis! Et vu que nous sommes désormais en août, que c'est l'été, les vacances, qu'il y a un grand soleil et des gens bronzés partout, c'est tout naturellement que je vous ai fait le portrait de la Reine des Neiges.

NON JE VOUS ARRÊTE TOUT DE SUITE, pas celle qui se dandine en robe moulante au sommet de la montagne pour se libérer des interdits, la vraie, celle qui fout la trouille et qui kidnappe des enfants.


"Le soir, le petit Kay, à moitié déshabillé, grimpa sur une chaise près de la fenêtre et regarda par le trou d'observation. Quelques flocons de neige tombaient au-dehors et l'un de ceux-ci, le plus grand, atterrit sur le rebord d'une des caisses de fleurs. Ce flocon grandit peu à peu et finit par devenir une dame vêtue du plus fin voile blanc fait de millions de flocons en forme d'étoiles. Elle était belle, si belle, faite de glace aveuglante et scintillante et cependant vivante. Ses yeux étincelaient comme deux étoiles, mais il n'y avait en eux ni calme ni repos. Elle fit vers la fenêtre un signe de la tête et de la main. Le petit garçon, tout effrayé, sauta à bas de la chaise, il lui sembla alors qu'un grand oiseau, au- dehors, passait en plein vol devant la fenêtre. 
[...] Les flocons de neige devenaient de plus en plus grands, à la fin on eût dit de véritables maisons blanches ; le grand traîneau fit un écart puis s'arrêta et la personne qui le conduisait se leva, son manteau et son bonnet n'étaient faits que de neige et elle était une dame si grande et si mince, étincelante : la Reine des Neiges." 
Hans Christian Andersen, La Reine des Neiges 
Tiré de ce site Internet (cliquez pour lire)
Bon, au crayon de couleur, c'est un peu délicat de rendre le côté "flocon scintillant", mais à part ça je suis très contente de son air froid, hautain et inquiétant. La Reine des Neiges est un conte très long comportant plusieurs chapitres, mettant avant tout en scène les aventures de la jeune Gerda partie à la recherche de son ami Kay, enlevé par la Reine des Neiges en plein hiver. Elle traverse des tas d'épreuves initiatiques : elle reste un long moment chez une sorcière sans se rendre compte du temps qui passe, elle est enlevée puis accompagnée par des brigands... Ce long récit dans lequel Gerda finit par retrouver Kay et sauver son cœur de l'éclat de miroir maléfique qui s'y était fiché n'a vraiment pas grand chose à voir avec le film que Disney nous a pondu en 2013. 

J'avais vu sur Canal J quand j'étais petite une adaptation russe de La Reine des Neiges, réalisée en 1957 (!) par Lev Atamanov. J'ai été marquée à vie par ce dessin animé, que vous pouvez regarder ici:


Et parce que j'adore le conte original, le film d'Atamanov et que le projet de Disney était à l'origine de faire un film avec une vraie méchante en personnage principal, je n'ai pas aimé le film autant que d'autres. Les studios avait déjà commencé à travailler sur une première version de l'adaptation du conte d'Andersen en 2000, et voilà à quoi elle aurait pu ressembler.

Toute la difficulté, je pense, a été de faire de l'antagoniste le personnage central, et difficile de rendre un méchant sympathique. Les studios Disney ont tenté avec Maléfique ce qu'ils n'ont pas osé faire avec La Reine des Neiges (et j'en suis ravie, parce que Maléfique c'est vraiment cucul et niais et nul). Au lieu de prendre des risques en faisant un long-métrage d'animation controversé, avec un personnage principal aux ambitions peu recommandables, ils l'ont transformé en fable sororale sympathique mais sans grande prise de risque, malgré ce que tout le monde en dit.

D'autant que la Reine du conte d'Andersen fait peur, est hautaine, flippante et glacée, certes, mais c'est un personnage désespérément seul. Attention spoiler : lorsque Gerda retrouve Kay dans le palais de glace de la reine, cette dernière ne s'oppose quasiment pas à la jeune fille, et disparaît au moment où le cœur de Kay se réchauffe auprès de son amie. C'est un personnage hautement mélancolique dont la nature glacée ne recherche que la compagnie d'un enfant. On aurait pu en faire une très belle histoire un peu tragique avec un happy ending très chouette, mais non. BREF, j'ai été déçue :(

Si vous voulez en savoir plus sur le projet de film des années 2000, consultez le site theartofdisney en cliquant ici! N'hésitez pas également à donner votre avis sur le film ou sur le conte, ou bien donnez-moi des idées de fanarts pour les mois à venir ;)