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dimanche 31 mai 2015

Découverte du Dimanche : Mythes, égalité et religion chez Actes Sud Junior


Je vous parle rarement de livres qui ne sont pas de la fiction, et bien je vais faire une exception aujourd'hui! En déballant mes cartons cette semaine, j'ai découvert trois livres édités chez Actes Sud junior qui m'ont intriguée. Ils sont sortis il y a un moment, mais je ne les avais jamais vus. Ni une, ni deux, je les ai embarqués chez moi pour mettre le nez dedans et pouvoir vous en parler. 

Ces trois ouvrages, tous écrits par Patrick Banon, éminent spécialiste des mythes, religions et systèmes de pensée, directeur de l'Institut des Sciences de la Diversité, sont de merveilleux portails pour comprendre les sociétés humaines. Accessibles aux jeunes à partir de 15 ans (et peut-être aux plus jeunes suffisamment éclairés), ces ouvrages clairs, concis et positifs permettent de plonger dans l'histoire des croyances humaines pour mieux comprendre la société dans laquelle nous vivons aujourd'hui.

Dans Il était une fois les filles..., celui qui m'a interpellée en premier, Patrick Banon revient sur dix mille ans d'histoire pour nous expliquer pourquoi et comment la femme est passée de créatrice féconde et énigmatique à femme-objet que l'homme craint autant qu'il contrôle. Comment les mythes ont-ils été façonnés, réécrits pour que l'homme puisse maîtriser les naissances? Pourquoi la femme fût-elle la première victime de discrimination au sein des communautés primitives? Comment se fait-il qu'il ait fallu attendre le vingtième siècle pour qu'enfin une révolution culturelle vienne bousculer les mentalités? 

Un ouvrage fascinant qui ne tombe pas dans la démagogie facile, mais s'appuie sur les mythes du monde entier pour chercher les raisons qui ont poussé à ostraciser les femmes dans toutes les communautés. A l'heure du débat sur le harcèlement de rue, sur le voile, sur l'usage du mot "féminisme" que beaucoup condamnent, ce livre intelligent, bien conçu (quoique parfois un peu rapide) est une merveilleuse introduction à l'étude de la place de la femmes à travers les âges. 

De même, le livre Pour mieux comprendre les religions tombe à point nommé. Ce tour du monde des religions permet au lecteur de sortir de la bulle socio-culturelle qu'il connaît pour s'intéresser aux autres sociétés (car la religion, même si l'on ne pratique/croit pas, façonne les sociétés humaines plus solidement qu'autre chose). Dans la première partie du livre, les chapitres traitent chacun d'un thème ("Rites de passages", "Le déluge", "Après la vie") et balaient de façon synthétique les différentes formes que ces sujets prennent dans les religions du monde.

La seconde partie, intitulée "Les religions aujourd'hui", à mon sens la plus importante dans le contexte actuel, se propose de présenter les grandes idées religieuses qui animent notre monde aujourd'hui. Patrick Banon nous fait d'ailleurs un rappel essentiel : "Les religions ne sont pas des ethnies mais des philosophies de vie. [...]Les chrétiens ne sont pas tous occidentaux. 15% des populations arabes sont chrétiennes. [...]Tous les musulmans ne sont pas arabes et tous les Arabes ne sont pas musulmans.[...] tous les juifs ne sont pas Israéliens, et tous les Israéliens ne sont pas juifs." L'amalgame est si courant qu'il est très important de le rappeler.

Le dernier livre que je vais vous présenter complète le précédent. Dico des signes et symboles religieux est une curiosité que j'ai feuilleté avec plaisir! Les signes et symboles religieux sont regroupés par thème (le corps, les couleurs, l'arbre, le ciel, les animaux, les indémodables, les tabous) et sont présentés avec un court texte.

Ce que j'ai beaucoup aimé, et c'est valable pour les trois bouquins, c'est que Patrick Banon va à l'essentiel, pas de longs discours alambiqués, c'est très clair et rapide à lire, un vrai plaisir de lecture! Plaisir qui est accentué par les magnifiques illustrations-concept d'Olivier Marboeuf et Anne-Lise Boutin

En résumé, de très bons livres, de très beaux livres, indispensables aux CDI et bibliothèques! Leurs messages positifs, leurs explications claires, leurs plongées dans l'histoire des mythes humains en font des curiosités intelligentes et des outils pédagogiques de premier choix. Certes, les textes sont volontairement pro-égalitaires, on sent chez Patrick Banon un amour de l'être humain dans toute sa diversité, une volonté de prôner l'égalité et la compréhension entre les gens de différentes cultures, couleurs ou sexes. Des livres donc peut-être biaisés, mais comment ne pas être de son côté? En bref, une excellente initiative des éditions Actes Sud junior que je suis ravie d'avoir découverte, même un peu tard!


vendredi 29 mai 2015

"It's cold where I am and so lonely..."


Cela faisait longtemps que je n'avais pas flippé comme une folle après avoir lu un livre au milieu de la nuit. Mes insomnies remercient donc Emily Carroll, une artiste accomplie dans les thèmes de l'horreur et du fantastique, méconnue dans nos contrées mais très prisée des anglophones. Je vous parle aujourd'hui de Through the woods, le recueil de cinq contes macabres que j'ai acheté lorsque j'étais à Londres, et qui fout les miquettes.

Les cinq récits qui composent ce roman graphique ont plusieurs points communs : la mort y est omniprésente, les personnages principaux sont toujours aux prises avec des situations qui leur échappent, l'histoire a toujours lieu en huis clos... Thèmes et motifs certes récurrents du récit fantastique, mais toujours terriblement efficaces!

L'angoisse qui monte en vous au fur et à mesure que vous avancez dans votre lecture est aussi le résultat d'un savant dosage entre mots, images et couleurs. Le texte oscille entre voix off, dialogues réalistes et comptines enfantines telles que les chérissent les anglophones, si bien que l'on finit par avoir envie, presque, de lire à voix haute pour saisir tous les effets sonores. 

"I married my love in the springtime
But by Summer he'd locked me away
He'd murdered me dead by the Autumn
And by Winter I was naught but decay."

Le dessin quant à lui, très clair tout en donnant un petit effet brouillon, est d'une justesse effrayante. Un regard, un gros plan sur des doigts, un pincement de lèvres et on saisit tout d'un changement de situation ou de l'apparition d'une tension. Les couleurs sont volontairement soit fades, soit très vives, et le contraste entre les deux est saisissant, servant efficacement le propos de l'auteur. Si j'ai d'abord été un peu rebutée par le côté très "photoshop" des aplats de couleurs, j'ai fini par me laisser séduire.


Le découpage fluide, très cinématographique, aide beaucoup à créer une ambiance angoissante. Je ne connaissais pas Emily Carroll avant de lire ce livre, mais après quelques recherches, j'ai découvert que ses récits avaient pour la plupart d'abord été publiés sous forme de webcomics, dans un format différent, tout en longueur. Cela ne se ressent pas du tout dans la mise en page classique du livre, au contraire, cela confère à l'ensemble un dynamisme qui aide à susciter chez le lecteur des émotions intenses.


En résumé, une excellente découverte qui ravira tous les amateurs de frissons et de paranormal. Fantômes, cadavres, mystères, planchers qui craquent, ombres dans la nuit, tout y est pour vous effrayer et vous fasciner. Je ne sais pas si une sortie française est prévue, mais je vous tiens au courant si c'est le cas.

Je vous laisse avec le portrait d'un des personnages les plus choupis du recueil.

De rien. C'est gratuit. <3

mardi 26 mai 2015

10 livres que je vais lire cet été - {TTT}

Pour des tas de raisons que je vous exposerai plus tard, j'aurais touuuut le temps du monde cet été pour faire baisser ma pilalire, et je me suis promis d'attaquer du lourd, du vieux, du qui-traîne-depuis-bien-trop-longtemps. Je fais donc un serment avec l'Internet via ce Top Ten Tuesday: d'ici fin septembre, j'aurai avalé ces dix pavés! (Cliquez sur les couvertures pour en savoir un peu plus).

Les suites que je n'ai pas encore lues et que j'en peux plus!

J'ai adoré les tomes 1 et 2, et le troisième m'attend sur son étagère depuis le salon de Montreuil de décembre dernier! Une honte quand on sait que le cinquième tome sort en juin! Que de retard à rattraper!

J'ai englouti les deux premiers tomes en quelques jours, et vu que je n'ai pas le temps de lire des suites (priorité aux nouveautés-premiers-tomes), j'ai dû mettre celui-là de côté. Pourtant j'en suis folle, j'adore l'univers d'Autre-Monde et j'ai hâte de savoir ce qui arrive à nos petits héros!

Le premier tome s'est fait dévorer, j'ai acheté le second tout de suite après, et puis ensuite bah... Voilà. Donc Hollow City se fera dévorer tout bientôt aussi!


Les classiques indispensables que j'aurais dû lire depuis longtemps

Bon je triche un peu, celui-là n'est pas dans ma pilalire depuis longtemps puisque je l'ai ramené de Londres il y a deux semaines, mais je voulais le lire depuis des lustres! Il s'agit d'un grand classique chez nos amis anglophones, et c'est le roman sur lequel Disney s'est basé pour faire Merlin l'enchanteur. Une belle brique!

Oui, c'est l'intégrale, oui, elle est en anglais et oui, je me la traîne depuis près de quatre ans sans oser mettre le nez dedans. C'est mon gros défi de cet été, mais j'ai foi et je vaincrai!

J'ai beaucoup aimé découvrir le travail de Jane Austen dans Pride and Prejudice il y a de cela quelques temps, et je pense que l'été est la meilleure période pour replonger dans l'Angleterre délicieusement surannée de ses romans! Je sais déjà quel thé je vais boire pendant ma lecture!


Les autres qui m'ont fait de l’œil et pour lesquels j'ai craqué trop facilement

Je sais à peine de quoi ça parle, tout ce que je sais c'est que les lecteurs sont unanimes... Vivement que je mette le nez dedans!

Quoi de mieux, à lire au soleil, que l'histoire d'une ado qui part vivre son rêve, celui de travailler trois semaines dans un ranch du midwest américain?

Oui, je sais, j'ai une tendance à la monomanie! Encore un livre de l'auteur de Wicked et de Lost... Je l'ai acheté il y a bien cinq ans (!) de cela, il est grand temps qu'il passe à la casserole!


Voici donc les dix bouquins (minimum) que je dois lire cet été. En avez-vous lu certains? Par lequel devrais-je commencer? Lesquels aurais-je dû éviter comme la peste? N'hésitez pas à me laisser un petit commentaire que je sache m'y retrouver!

Le Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et repris en français sur le blog de Iani.

dimanche 24 mai 2015

Découverte du Dimanche : les éditions des éléphants

Je vous ai déjà parlé de mon amour pour les éléphants, et si vous traînez ici depuis un moment vous devez aussi connaître mon amour pour la littérature jeunesse et les jolis albums. Et bah PAF! Pas plus tard que cette année ont débarqué Les éditions des éléphants. Leur maxime? "Des livres forts et intelligents pour les enfants". Tout un programme!


Je vais vous présenter trois très chouettes albums publiés chez ces pachydermes, que vous devriez retrouver dans n'importe quelle librairie digne de ce nom.




L'amie de Sarah Stewart et David Small
Adapté de l'anglais par Fenn Troller

Cet album d'où s'exhalent la magie du quotidien d'antan et la douceur de la nostalgie d'enfance est une déclaration d'amour. Une petite fille de grande famille passe ses journées avec sa gouvernante, à faire la lessive, briquer le parquet et prendre le goûter devant la plage, jusqu'au jour où, gonflée d'indépendance, elle décide d'aller se baigner seule. Une parenthèse de vie touchante, où les illustrations délicates de Small respirent la tendresse et la mélancolie. Une jolie découverte!







Microbscopique de Nicola Davies et Emily Sutton
Traduit de l'anglais par Ilona Meyer (la pachyderme en chef!)

Expliquer ce qu'est un microbe - une bestiole vivante invisible à l'oeil nu qui n'est ni un animal ni une plante et qui n'est pas forcément mauvais - peut être un vrai casse-tête! Cet album est là pour nous aider : un texte drôle qui va à l'essentiel, des illustrations précises, colorées et parfois cocasses qui servent merveilleusement bien le propos, Microbscopique a tout pour plaire aux scientifiques en herbe!








La roulotte de Zoé de Claude Clément et Magali Dulain

Zoé est une fermière qui aime les choses simples, et lorsqu'on vient lui annoncer que sa petite maison va être détruite pour faire passer une autoroute, une longue période d'errance commence. Heureusement, elle peut compter sur l'aide de ses animaux, et se contente de choses simples. Et si le bonheur, c'était simplement le plaisir d'être ensemble? Une petite merveille de poésie, aux illustrations colorées, qui se lit doucement avec plaisir et tendresse.






Outre ces trois titres, les éditions des éléphants ont également publié deux titres relatant les escapades deux enfants, Igor et Souky, dans la ville de Paris!

Je vous invite à jeter un œil à la toute jeune production de cette toute jeune maison d'édition, dont j'attends de nouvelles publications avec impatience!

vendredi 22 mai 2015

"Fantoccio, tu n'as pas de nombril!"

Je vais finir par me dire que j'ai une obsession pour les réécritures de contes. J'aime découvrir les contes originaux, voir les adaptations (parfois pourries) qu'on nous propose au cinéma, et j'adore découvrir les différentes versions que peuvent nous livrer les auteurs contemporains à propos d'histoires que l'on pense connaître. Après Wicked, Beauty et Lost, je vous parle aujourd'hui d'un petit nouveau venu chez Medium à l'Ecole des Loisirs, Fantoccio, où Gilles Barraqué revisite le classique Pinocchio de Carlo Collodi.


Une nuit, dans la campagne de Toscane, sur la table d'une demeure crasseuse, un grand pantin de bois s'éveille à la vie. Voilà Fantoccio soudain tiré du néant et doté des facultés de penser, de ressentir et d'agir. Magie!C'est Giuseppe Taddei, dit Geppetto, qui en a décidé ainsi. Lui, le maître marionnettiste sans le sou, pourra alors proposer un numéro extraordinaire et faire enfin fortune.Fantoccio est donc né sous le signe du mensonge. Mentir, mentir... Pour exaucer le rêve du maître, il faut apprendre à jouer le pantin, à tromper le monde dans l'artifice des fils et à tous les instants du quotidien. A n'être qu'une chose!Mais il y a la vie, la force de la vie. Mais il y a la ville de Sienne, qui bouillonne, qui appelle. Sienne et ses bas-fonds, ses petites crapules, ses mystères, ses rites, comme la Palio, cette course de chevaux. Il y a aussi la musique, les livres, le théâtre. Et surtout, il y a la belle Livia, qui danse avec Fantoccio sur scène.Jusqu'où tiendra le mensonge? Comment s'empêcher de vivre? Comment contenir cette voix qui dit, chaque jour un peu plus fort, "je suis un homme"?



Il m'a fallu du courage pour lire la quatrième de couverture alléchante, car la photo qui s'étale sur le devant de l'objet est tout bonnement terrifiante! Je m'attendais à une histoire d'horreur, un conte macabre où les poupées prennent vie pour étrangler leurs propriétaires... Heureusement, j'ai pu passer outre, et j'espère que vous en ferez de même, car ce roman est un petit chef d'oeuvre.

On y retrouve les éléments de l'oeuvre originale, ils sont tous là : le grillon, les mensonges, Mange-Feu, la sorcière (ou est-ce une fée?), le renard et le chat, la tanière des plaisirs, le ventre marin de la baleine... Mais Gilles Barraqué a fait le choix d'un récit où le fantasque et le merveilleux se dissimulent dans les détails, subtils et discrets, au lieu d'exploser dans une joyeuse cacophonie de sons et d'images comme dans l'oeuvre originale. Là où Pinocchio se veut une farce rocambolesque où le jeune pantin, aussi voyou que méchant, traverse des aventures fabuleuses le menant peu à peu à découvrir ce qui fera de lui un vrai petit garçon, Fantoccio met en scène un jeune pantin obéissant, plein de questions sur la vie et sa raison d'être, qui crève d'envie de découvrir le vaste monde.

Fantoccio s'éveille, et sa tête de bois résonne de questions. Il s'émerveille de petites choses, affronte seul les longues heures de solitude où son maître dort, à écouter le grillon de la cheminée. Ce personnage de pantin magiquement amené à vivre est d'abord perturbant : le lecteur ne peut s'empêcher de sentir qu'il y a quelque chose de monstrueux chez lui. Fantoccio en est peu à peu conscient, notamment lorsque ses fibres de bois réagissent violemment au contact d'une jeune et belle actrice, Livia, avec laquelle il doit feindre de n'être qu'un pantin très habilement manié. C'est le début du doute, du désir, du manque et de la soif qui mèneront notre petit personnage de l'enfance à l'âge adulte.

Et les autres personnages servent parfaitement le propos de l'auteur : Geppetto, charpentier brisé par un drame, tente malgré la boisson et le désespoir de retrouver goût à la vie grâce à son pantin enchanté ; Mange-feu est loin d'être le tortionnaire de marionnettes que l'on imagine ; le chat et le renard deviennent Micio et Le Roux, deux gamins des rues plus malicieux que méchants ; la baleine devient le grand réseau de sous-terrains fluviaux de Sienne, refuge d'un instant pour Fantoccio le fauteur de troubles ; et les ânes les plus stupides sont loin d'être ceux que l'on croit!

Gilles Barraqué s'est emparé du pantin Pinocchio et d'une plume exquise, délicate et mélancolique, il nous a livré un merveilleux roman d'apprentissage où les tableaux s'enchaînent comme au théâtre, où rien n'est tout blanc ni tout noir, où le mensonge peut sauver comme détruire, où la vie finit par éclater avec joie, légèreté et optimisme. Vous aurez compris, un énorme coup de coeur pour moi!

Je veux juste préciser que la lecture de ce roman est, malgré son héros, déconseillée aux plus jeunes (car réfléchissez, que manque-t-il de crucial à un pantin de bois en pleine crise d'ado qui veut séduire une jolie fille?).

mercredi 20 mai 2015

"Mon atelier et son contenu t'appartiendront, si tu arrives à le trouver."

Avec mes comparses brillantes que sont Camille et Cleox, nous nous sommes retrouvées un jour dans une librairie pour choisir une lecture commune, et notre dévolu s'est jeté sur Lucas et les machines extraordinaires de Lissa Evans, publié chez Bayard. Ce qui m'a personnellement attirée? La couverture de Temujin Doran au style vintage, les arabesques, les engrenages, le rideau de théâtre... On nous promet dès lors une aventure dans le monde du spectacle, de la machinerie, avec des escapades temporelles. On ne nous a pas menti! Voilà ce que disait la quatrième de couverture.

"Lucas Hutin n'est pas content. Ses parents ont décidé de déménager sans lui demander son avis. Le voici errant dans les rues de Beeton, berceau de la famille paternelle. Au cours d'une promenade, il apprend l'existence de son grand-oncle Tony, un magicien disparu dans des circonstances mystérieuses, pendant la Seconde Guerre mondiale. Lucas retrouve également une tirelire que Tony avait remise à son père avant de disparaître. En la manipulant, il actionne un mécanisme et découvre un double-fond, qui contient un message..."

Et nous voilà entraînés, en compagnie de Lucas, dans un jeu de piste à travers les époques, une véritable chasse au trésor pour revenir sur les traces du célèbre illusionniste Tony Hutin. Tout est là pour tenir le lecteur en haleine et l'empêcher de lâcher son bouquin : des indices distillés au compte-gouttes qu'on a peur de rater, des énigmes qu'on veut résoudre, des personnages hauts en couleurs auxquels on s'attache vite, d'autres qui s'amusent à nous mettre des bâtons dans les roues... Il y a aussi toutes ces vieilles machines désuètes que l'on ne voit plus guère qu'au détour d'un musée, comme la balance publique ou le distributeur de kits pour pneus de vélo crevés! De fil en aiguille, petit à petit, on nous fait quitter le monde réel pour entrer dans celui de l'illusion, puis, enfin, dans celui de la vraie magie... 

Tous ces éléments se complètent pour nous livrer un roman d'aventure et d'enquête délicieux et addictif, porté par la plume drôle, précise et enjouée de Lissa Evans. Je me suis surprise plusieurs fois dans ma lecture à me dire que ce roman donne envie de se lancer à son tour dans les enquêtes du quotidien, les mystères généalogiques et la découverte des petites villes, car c'est certain que c'est par la curiosité que débutent les grandes aventures!

Petite note positive, un second tome existe en anglais, reprenant les aventures de Lucas là où elles se sont arrêtées. Je n'ai pas trouvé de date de sortie française pour le moment, mais il est certain que je vais suivre ça de près!

mardi 12 mai 2015

10 livres à lire à Londres - {TTT}

Je suis à Londres jusque demain soir! Je vais visiter les studios Harry Potter (hiii) et faire du shopping de thé, de livres et de t-shirts (hiiiiiiiii). Du coup petit Top Ten Tuesday à thème aujourd'hui : voilà 10 bouquins que vous devriez lire pendant que vous visitez la belle Albion (en V.O. tant qu'à faire!). Cliquez sur les couvertures pour en savoir plus!


Sur ce, je vous dis à dans quelques jours pour vous montrer mon butin londonien! Bisous bisous!

lundi 11 mai 2015

"Tandis que l’intelligence se divise aisément, la bêtise, malheureusement, a tendance à se multiplier..."

J'essaie de lire un maximum de titres destinés à la tranche "8-12 ans" parce que c'est vrai que dans tout ce marasme éditorial, il est parfois difficile de reconnaître les bonnes histoires des torchons commerciaux. Et voici le lauréat de la moisson du mois d'avril, un coup de cœur drôle et intelligent dont je vais vous parler tout de suite!

Caprices? C'est fini! fut d'abord pour moi un jeu de mots un peu maladroit. Je doute que le public cible soit familier de la chanson d'Hervé Vilard. Et puis je n'adhérais pas beaucoup à la couverture criarde. Mais bon, parfois il faut plonger dans une oeuvre pour en saisir l'essence.

Et pour plonger, j'ai plongé! Il est ici question d'une princesse qui n'a que ses caprices à la bouche, d'un roi paresseux et colérique qui lui cède sans cesse pour avoir la paix, d'un concours impossible pour essayer de marier la donzelle et s'en débarrasser, et d'un jeune bûcheron d'abord un peu simplet qui se révélera malin, drôle et plein de ressources.

Le récit a donc la forme du conte traditionnel (épreuves, morales, personnages types, rebondissements, rythme ternaire), mais pour mieux la détourner et servir des principes on ne peut plus contemporains : un jeune bûcheron sorti de sa forêt demande à un roi de lui embrasser les fesses, une princesse colérique et pourrie-gâtée finit par devoir prouver sa valeur, un homme mystérieux dissimule ses pouvoirs magiques dans les poils gras de sa barbe... Pierre Delye joue avec nous, nous prépare à voir débarquer une bonne fée et nous livre à sa place un ermite/clochard/foldingue, on s'attend à ce que la princesse soit une récompense quand, en fait, ses soucis ne font que commencer... C'est fin et bien mené, j'ai adoré! J'ai également beaucoup aimé voir s'affairer toutes les petites gens qui font tourner un château, une capitale ou une auberge, tous les cuisiniers, gouvernantes, soldats et autres petites souris discrètes souvent évincés de la scène principale et sans qui pourtant tout ce beau monde ne pourrait mener la belle vie.

Et puis, le texte est un délice. Emprunt de modernité et d'oralité, il donne envie de lire le livre à voix haute. Les paragraphes sont complétés de notes de bas de page qui ajoutent du piment au récit, le narrateur intervenant sans cesse pour faire des clins d’œil au lecteur. C'est rafraîchissant et donne à ce conte qui pourrait avoir tout de classique un air de spectacle littéraire qu'on suit avec plaisir.

Je n'ai d'ailleurs capté qu'après-coup que l'auteur de ce chouette roman était l'auteur d'un tas d'albums devenus des classiques du genre, des incontournables tels que Le Petit Bonhomme des Bois, Sssi j'te mords, t'es mort! ou encore La grosse faim de P'tit Bonhomme. Belle petite claque.

Premier roman de Pierre Delye, Caprices? C'est fini! est une réussite qui revisite avec brio les clichés du conte traditionnel, portée par un texte où s'exprime tout le talent du conteur. Entre fable sociale et farce merveilleuse, un fantastique petit roman à mettre entre toutes les mains.

samedi 9 mai 2015

10 phrases à ne pas dire à votre libraire

Cela fait maintenant un peu plus d'un an que j'ai mis les orteils de l'autre côté du miroir et que j'exerce avec bonheur et passion le métier de libraire *soupir d'aise*. Cependant, si j'ai surtout pu côtoyer des clients adorables, curieux, passionnés, j'ai aussi eu droit plusieurs fois à des remarques ou des questions qui ont eu le don de me faire grincer des dents.

J'ai pesé le pour et le contre, et puis j'ai décidé de vous parler de dix petits phrases qui énervent ou attristent les libraires. Toutes les questions et remarques listées ci-dessous m'ont bel et bien été adressées plusieurs fois au cours de ma première petite année de travail. Et bien sûr, je ne parle qu'en mon nom, mais je pense que pas mal de mes collègues se retrouveront dans mes propos! C'est parti.

~¤~

"Arrête de lancer/jeter/mordre/déchirer/torturer/malmener ce livre, sinon la dame va se mettre en colère!"
Nous sommes en présence d'un parent qui trimbale un gamin chahuteur. Le petit ange, âgé généralement de 0 à 6 ans, n'a qu'une piètre expérience du livre, ignore souvent que c'est fragile, que ça s'arrache ou que ça ne se jette pas au sol comme un jouet en plastique (enfin en tous cas, on n'a pas dû le lui dire à la maison). Le petit ange est aussi souvent dans ces cas-là un sale gosse qui s'ennuie, en a marre de faire les courses et veut partir le plus vite possible. Le parent (mère, père, grand-père, grand-mère, tonton, nounou, cousine) est démuni. Au lieu de faire les gros yeux et de menacer l'enfant d'une correction sévère mais juste si jamais il ne cesse pas son holocauste, voire de profiter de l'occasion pour une petite leçon ludique sur la fragilité du papier, il tente un clin d’œil envers la libraire qui n'a rien demandé et lui demande implicitement, à elle, d'exercer son autorité pour arrêter le massacre.
Non seulement c'est de la démission pédagogique pure, mais c'est vicieux : notre travail n'est pas de faire peur aux enfants, ni de leur apprendre qu'un livre ne se regarde que de loin. Aux clients de faire en sorte que leurs enfants ne bousillent pas la moitié d'un rayon sur un coup de tête.


"Vous savez s'ils l'ont chez [insert nom d'un concurrent]?"
Bon déjà on pourrait débattre de la portée éthique d'une telle question. Mais surtout, avec cette question, on met le vendeur mal à l'aise: s'il connaît la réponse, il a des scrupules à la donner et rend un mauvais service au client : s'il ne sait pas, il passe pour le vendeur qui veut absolument qu'on achète dans son magasin... Éviter donc de poser des questions sur le stock des autres librairies. C'est plus sympa!


"Je vais vous demander directement, ça m'évitera de chercher!"
Nous, libraires, savons très bien que la moitié du temps, quand un client s'adresse à nous, c'est qu'il ne trouve pas le livre qu'il cherche, qu'il ne sait pas où chercher, ou qu'il est pressé. Nous vous servons avec plaisir de GPS livres : après tout, on connaît les rayons comme notre poche et on aime vous rendre service. Mais nous jeter à la figure notre statut de chien renifleur pour faire gagner du temps, c'est manquer de tact. Je sais très bien que derrière cette phrase, on cherche juste à nous signifier qu'on est un peu paumé et qu'on a besoin d'aide, mais je préfère qu'on le dise autrement. "J'ai besoin de votre aide", "Je cherche un livre", c'est plus neutre et plus sympa.


"Pourtant sur Amazon il est moins cher!/On va aller à la FNAC c'est moins cher..."
Les livres neufs sont au même prix partout, c'est la loi, c'est comme ça depuis des années. La seule différence de prix que l'on peut avoir sur le livre est à hauteur de 5%, et les librairies appliquent différemment cette petite baisse tarifaire: chez certains, elle s'applique au bout d'un certain nombre d'achats, chez d'autres, il faut avoir la carte de fidélité, d'autres encore l'appliquent directement. Mais 5% c'est vraiment pas grand chose et vous trouverez vos livres en librairies au même prix. Sur Internet, en revanche, on peut revendre ses livres d'occasion au prix que l'on veut (des bouquinistes mais aussi des particuliers revendent des livres de seconde main à des prix très intéressants). Cela reste du livre d'occasion.
Ces remarques sur le prix du livre sont épuisantes, car malgré le fait que la Loi Lang soit appliquée en France depuis 34 ans(!), les clients restent persuadés que les libraires fixent des prix différents, qu'ils peuvent faire des ristournes facilement et qu'on peut marchander le prix d'un livre avec le libraire. Non. On ne peut pas. C'est très très réglementé, et c'est grâce à ça qu'il reste malgré tout une multitude de librairies indépendantes en France. Le même livre, neuf, sera à peu de choses près au même prix partout. C'est dit.


"Je cherche un livre pour quelqu'un que je ne connais pas, n'importe quoi, je m'en fiche."
Tu t'en fiches? Ah donc en fait tu veux que j'offre un cadeau à ta place? On n'est pas au drive, ici, et un livre ça ne se choisit pas comme une barquette de fraises. Donc bon si généralement je me débrouille pour proposer un truc passe-partout avec un grand sourire, au fond de moi j'ai envie de pleurer.


"Il ne lit que des mangas/BD/romans illustrés/documentaires, moi j'aimerais qu'il s'intéresse à de vrais livres."
Bon, ça, ça concerne surtout les littératures qui ne sont toujours pas considérées par le grand public comme de l'Art, à savoir presque tout ce qui contient des images. On peut chipoter et dire que techniquement parlant, tout ces genres cités ci-dessus sont des livres et que je pourrais m'amuser à reprendre les clients sur les termes qu'ils emploient. Mais on comprend bien que le parent (c'est souvent un parent méprisant les lectures de son enfant) voudrait que sa progéniture lise de gros livres avec plein de petits caractères, quitte à ce qu'elle abandonne toute relation de plaisir à la lecture pour devenir une PersÔnne cultivée. Je pars du principe que le plus important c'est de lire, peu importe quoi. Le manga, la BD, la littérature jeunesse regorgent tous de trésors narratifs, de bijoux graphiques et d'histoires merveilleuses qui aident à grandir et à trouver ses goûts en matière d'imaginaire. Ils peuvent tous être de merveilleux portails vers d'autres livres plus adultes et moins imagés, tant qu'on laisse le lecteur s'enrichir tout seul de choses qui lui plaisent.

"Comment, vous ne connaissez pas [insert nom d'auteur/titre de livre inconnu]? Et vous vous prétendez libraire!"
Tous les libraires ont leur domaine de prédilection. Quand on sait qu'il y a eu 68000 nouveautés parues en 2014 (et je ne vous parle que des nouveautés! Imaginez avec toutes les rééditions et réimpressions!), on ne peut pas attendre d'un libraire de toutes les connaître et de tout savoir sur leurs auteurs. A ceux qui pensent qu'il n'y a que quelques centaines de livres qui arrivent chaque année et qu'il est possible de se tenir informé de chaque nouveauté, je propose de se rendre au prochain salon du livre, d'acheter un exemplaire de chaque nouveau titre paru et de tous les lire en moins d'un an. Vous allez bien vous marrer.


"Moi je n'achète plus de livres, c'est bien trop cher pour du papier!"
Le livre est un objet de luxe. De petit luxe, mais luxe quand même. On ne peut s'offrir des livres que quand on a payé son loyer, ses factures, ses frais, qu'on a rempli son frigo, qu'on a des chaussures confortables, un manteau chaud pour passer l'hiver... On ne s'offre un livre qu'avec de l'argent qui reste quand le nécessaire est assuré. Je peux comprendre qu'un livre de poche qu'on ne va lire qu'une fois et qui nous coûte 8€, bah ça peut être tendu pour beaucoup de gens. C'est pour cela entre autres que les merveilleux endroits que sont bibliothèques existent. Mais un livre n'est pas que du papier, et son prix est souvent justifié. Je vous invite à lire ce mini-article ici pour mieux vous rendre compte du nombre de gens qu'on doit payer pour la mise en vente d'un livre! Vous n'achetez donc pas que du papier, mais vous payez aussi le travail de l'auteur, de l'éditeur, du maquettiste, du correcteur, de l'imprimeur, du transporteur, du diffuseur et du libraire... Quand on comprend pourquoi les choses sont au prix qu'elles sont, c'est parfois un peu plus facile à accepter, non?


"Les gens ne lisent plus."
Et bien allez-y, prenez mon tendre petit cœur de libraire et découpez-le avec un épluche-légumes émoussé, tant que vous y êtes! Bien sûr que les gens lisent. Il n'y a jamais eu autant de gens qui savent lire et écrire sur Terre depuis l'apparition de l'écriture. Bon par contre les gens lisent souvent n'importe quoi, et le plaisir actif de la lecture peut être fastidieux, considéré comme une perte de temps dans un monde où tout, y compris la détente, doit être immédiat. Mais les gens lisent. Les jeunes lisent aussi, et de plus en plus. Pas tous, pas de la grande littérature forcément, mais ils lisent.


"C'est ça ton plan de carrière? Vendre des bouquins?"
C'est peut-être la pire chose qu'on m'ait dite, et comme vous pouvez l'imaginer, ça n'a pas été dit par un inconnu. On m'a demandé si ce n'était pas un gros gâchis d'avoir fait deux Masters (beu heu) pour finir par vendre de la papeterie. On m'a demandé si je savais que ce n'était pas une carrière où l'on pouvait espérer avoir une résidence secondaire en Camargue. On m'a dit que je voulais être en jeunesse parce que j'avais peur d'être une adulte. On m'a dit que j'étais fainéante et que je voulais juste avoir accès à des livres gratuits (!). On ne fait pas libraire pour faire carrière, on fait libraire par passion et pour partager cette passion. On devient libraire pour aider ceux qui se perdent dans le monde foisonnant de la littérature à trouver un chemin qui leur plaira. Pas pour mettre des sous de côté en attendant la retraite.

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Je serais curieuse de savoir s'il y a des choses qui vous étonnent, qu'il s'agisse des questions des clients que vous trouvez étranges, ou bien de mes petites explications! Je serais également ravie d'avoir des retours de vos propres expériences en tant que client de librairie, habitué(e) de bibliothèque, ou bien professionnel du livre. Avez-vous des choses à ajouter? Voulez-vous rebondir sur certains détails? Continuons la discussion dans les commentaires!

mardi 5 mai 2015

10 livres lus en une journée! - {TTT}

Un nouveau Top Ten Tuesday aujourd'hui : 10 bouquins que j'ai lus en l'espace d'une journée! Alors j'aurais pu tricher, ne vous parler que d'albums et de bandes dessinées, et bien NON, chers lecteurs, je vais vous parler de romans, de vrais, des avec des pages et sans images! Petit article court sur lequel je ne vais pas m'étaler : sachez juste que s'ils ont été lus en une journée, c'est qu'ils étaient vraiment, vraiment bien (cliquez sur les couvertures pour en savoir plus). C'est parti!

 
 

Et vous, quels bouquins avez-vous dévorés en une seule après-midi? Lesquels vous ont ensorcelés au point que vous ne pouviez plus les lâcher?

(Oui bon ok j'ai triché, dans le dernier c'est plein d'images, mais quelles images! Oui pis bon il y a un tiers de photos dans Miss Peregrine... Oh ça va hein!)

Le Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et repris en français sur le blog de Iani.