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dimanche 13 décembre 2015

"...aussi longtemps que les enfants seront joyeux, innocents et sans cœur."

Je sais, je sais. Je commence à doucement vous gonfler avec retours perpétuels vers Peter Pan (, ici, de ce côté ou encore là). Je sais. Mais là, il fallait que je vous parle. Parce qu'il y a un petit bijou qui vient de sortir chez Milan, et le travail sur cette adaptation est tellement remarquable que je ne pouvais pas ne pas vous en parler. Je vous le promets, ça vaut le coup. Jugez plutôt!

Peter Pan enlève Wendy et ses frères. Il les conduit au Pays Imaginaire où il règne en maître sur les enfants abandonnés. La lutte contre le Capitaine Crochet est sans merci. La jalousie de la fée Clochette est sans pitié pour Wendy... Et le dévouement de Wendy pour les enfants sans mère est sans limite.

Bon, on va commencer par parler de l'adaptation du texte, réalisée par Maxime Rovere qui a fait un excellent travail. Toutes les scènes clés du roman Peter & Wendy s'y trouvent, ponctuées par des phrases reprises quasiment telles quelles du texte original. C'est rafraîchissant et très agréable de voir que l'adaptation en album ne s'est pas faite au détriment de scènes importantes au récit comme c'est parfois le cas!

Mais la richesse de ce magnifique livre réside dans ses illustrations. Alexandra Huard a fait des merveilles. Les couleurs sont chaudes, vives et pleines, on sent le travail traditionnel de la peinture sur le papier. Ça foisonne de détails, c'est un véritable régal pour les yeux. 

Mais le talent d'Alexandra Huard ne s'arrête pas là, car elle s'est énormément documentée sur la genèse de Peter Pan et les différentes versions qu'il y eut pour réaliser ses illustrations. Elle a véritablement voulu faire apparaître les petits détails laissés de côté dans l'adaptation du texte pour que l'image complète le récit le plus fidèlement possible. En croisant le texte du roman et ceux, antérieurs, de la pièce de théâtre et de Peter Pan in Kensington Gardens, elle a pu rendre toute la complexité et la richesse d'un récit dont la profondeur est trop souvent méconnue. Ainsi, l'île du Jamais a des airs d'île des Caraïbes où les micro-climats se côtoient, l'auteur ayant lu des récits de navigateurs et les fictions de Stevenson. 


La boucle que forment les différentes communautés vivants sur l'île du Jamais, se chassant les uns les autres dans une espèce de ronde perpétuelle, est merveilleusement représentée sur cette double-page, où Alexandra Huard a voulu ajouter un détail qui n'apparaît pas dans le roman mais dans la pièce de théâtre : celui selon lequel les saisons occupent chacune une zone de l'île. Admirez plutôt.


Ou encore, l'album s'ouvre non pas sur une scène dans la nursery des enfants Darling comme il est très souvent le cas, mais sur une scène de jeux et de promenade dans Kensington Gardens, le parc où Barrie rencontra la famille Davies en promenant son énorme chien Portos, lieu où naquirent Peter, Crochet et tout l'univers de Peter Pan.


Ajoutons à tout cela que Peter ne sourit quasiment pas sur aucune des illustrations, le visage couvert de peintures de guerre lui conférant l'air féroce et malicieux qui lui sied à merveille, que Crochet a parfois les yeux rouges (et le crochet au bras droit, merci!), et il ne m'en fallait pas plus pour tomber amoureuse. 

Cet album merveilleux est l'outil idéal pour découvrir une version courte mais riche, fidèle au texte original, agrémentée d'illustrations soignées et, comme vous avez pu le constater, grouillant de clins d’œil et de détails. Un petit bijou à glisser sans aucun remords au pied du sapin.

Je vous invite expressément à découvrir les trois articles réalisés par Alexandra Huard sur son blog, ici, ici et , où elle raconte en détails l'origine de Peter Pan et le travail réalisé autour de l'illustration de cet album. C'est fascinant! Merci pour ce trésor!

mercredi 9 décembre 2015

"Chaque jour, mille idées fleurissent..."

Un nouveau petit album vient de sortir aux éditions Frimousse, et vu qu'il parle de différence, d'originalité et d'anticonformisme, j'ai trouvé que c'était le bon moment pour vous en parler! Aujourd'hui, je vous présente La lumière allumée de Richard Marnier et Aude Maurel.

"Dans mon quartier, 
chaque maison a une porte,
deux fenêtres et un toit rouge bien régulier.

Chaque porte a une poignée et une serrure bien huilée.
Chaque fenêtre est encadrée de deux volets gris bien épais.

Chaque soir, les volets sont convenablement fermés.
Et au petit matin, ils s'ouvrent tous en même temps, comme cela doit être fait.

Mais une nuit... quelqu'un a laissé la lumière allumée!"


Dans cet album, nous avons une vue complète d'une ville où l'absence de perspective et les formes simples des maisonnettes rappellent les dessins d'enfants (un carré pour la maison, un triangle pour le toit, l'indispensable cheminée et les fenêtres jumelles). La monotonie et la répétition des maisons toutes semblables a tout de la banlieue résidentielle, où les habitations toutes identiques sortent de terre comme des champignons.

Et puis un soir, c'est le scandale:  quelqu'un dans le voisinage a l'idée saugrenue de laisser la lumière allumée en pleine nuit et de fermer ses volets toute la journée! Les commérages vont bon train, l'intrus est poussé à partir et sa maison, abandonnée, finit par être détruite.

Lorsque l'intrus revient de ses voyage, il ne trouve plus qu'un emplacement vide là où était sa maison: alors il décide de s'en construire une, faite du bric et du brac qu'il a rapporté de ses voyages.

Petit à petit, les voisins, d'abord étonnés, vont commencer à donner de petites touches personnelles à leurs maisons. Des volets bleus, une véranda, des toilettes à ciel ouvert... Et puis chacun finit par vouloir la maison la plus personnelle possible.

L'album s'ouvre alors sur deux immenses doubles pages où l’œil ne peut se rassasier de toutes les couleurs, de toutes les formes et de toutes les maisons improbables qu'on y voit!

Album subtil et intelligent sur la richesse qui émerge de la différence, La Lumière allumée est un régal pour les yeux, où la monotonie finit par se transformer en enchantement. Pari réussi pour le superbe duo que forment Richard Manier et Aude Maurel! Un album qui pousse à l'inventivité sur fond d'altruisme et de tolérance. Bravo!

mardi 1 décembre 2015

"Je perds tout, mes mots, mes clés, mon portefeuille, ma vie."

J'avais adoré Les Petites Reines de Clémentine Beauvais, alors j'ai voulu découvrir un autre roman de la collection Exprim' de chez Sarbacane, Quelqu'un qu'on aime de Séverine Vidal, sorti quelques mois plus tard. 

Matt a un projet fou : refaire avec son grand-père Gary la tournée d’un crooner mythique des années 50, Pat Boone. Un road-trip pour rattraper au vol les souvenirs qui s’échappent…

Mais rien ne se passera comme prévu ! Peu avant le départ, Matt apprend qu’il est le père d’une petite Amber de 18 mois – et qu’il doit s’en occuper pour quelques semaines. À l’aéroport, une tornade s’annonce : les avions ne décollent plus. Matt, Gary et le bébé grimpent à bord d’un van de location… et, ultime surprise, deux personnes les rejoignent : Luke, ado en fugue, et Antonia, trentenaire prête à changer de vie.

Tous ensemble, ils font cap vers l’Ouest du pays. Arizona, Californie, Nevada, sur la piste du passé, des souvenirs et autres histoires bien vivantes. On les suit, d’étape en étape, tandis qu’ils commencent à former une tribu bancale, une petite famille folle et joyeuse, réunie autour de Gary.

J'embarquais avec plaisir en compagnie de cette tribu hétéroclite pour un road-trip loin des clichés, avec des heurs, des drames, des mauvaises surprises et de belles rencontres. On s'attache vite à chacun de ces personnages un peu brisés, un peu perdus, qui se retrouvent ensemble par hasard et qui finissent par former une vraie famille. C'est joli, c'est touchant, c'est tour à tour drôle et larmoyant.

Parce qu'entre un vieux atteint d'Alzheimer, un jeune à qui on a arraché sa vie, une trentenaire qui sort d'une relation violente, et une aventure qui ne se passe pas du tout comme prévu, Séverine Vidal nous fait voyager du rire aux larmes. Le cœur tressaute, on s'attend à ce que tout se passe comme sur des roulettes et on finit par se prendre de belles raclées...

Je regrette juste un peu le cadre de l'Amérique profonde qui, s'il permet aux personnages de revenir sur la mythique tournée de Pat Boone, n'est à mon sens pas suffisamment exploité. J'aurais aimé que le décor accompagne davantage l'histoire, mais après tout, ce sont les personnages la vraie force de ce roman. Cela se passerait en Europe qu'il n'en serait pas moins touchant.

Un très joli roman sur les surprises que nous réserve la vie, sur le pouvoir de l'optimisme et sur le bonheur qui naît du fait d'être ensemble. 

vendredi 27 novembre 2015

"Tout le monde mérite une ovation au moins une fois dans sa vie, parce que nous triomphons tous du monde."

Petite lecture qui a bouclé mon cycle de "romans pour ados à sujets difficiles", Wonder fut une jolie découverte ensoleillée.

Je m'appelle August. 

Je ne me décrirai pas. 

Quoi que vous imaginiez, c'est sans doute pire.

Né avec une malformation faciale, Auggie n'est jamais allé à l'école. 

A présent, pour la première fois, il va être envoyé dans un vrai collège... 

Pourra-t-il convaincre les élèves qu'il est comme eux, malgré tout?

Nous rencontrons August, qui rentre en sixième. C'est la première fois qu'il va à l'école. Jusqu'ici, ses multiples opérations l'avaient conduit à être scolarisé à la maison. Mais là, c'est le grand bouleversement. Il se retrouve dans un grand collège prestigieux, et même s'il a l'habitude qu'on le dévisage et qu'on le pointe du doigt, ça reste une expérience désagréable. Dans son voisinage, tout le monde le connaît et s'est habitué à son visage particulier ; à l'école, il doit repartir de zéro et encaisser les blagues cruelles et les regards effrayés. Heureusement, il peut compter sur une famille aimante, un principal compatissant et ses deux nouveaux amis, Summer et Jack, pour essayer de s'intégrer.

Le petit plus de ce roman, c'est qu'il est à plusieurs voix : le visage d'August a attiré autour de lui des gens aux passés et personnalités très différentes. Chacun des narrateurs - sa sœur, le copain de sa sœur, ses amis à l'école - a eu une approche différente de la bizarrerie d'August, avec leurs failles et leurs défauts, ce qui rend la narration très humaine et réaliste. Si l'on aimerait tous penser, en lisant, que nous serions le type de personnes qui iraient spontanément vers quelqu'un affublé d'un tel handicap, il faut être réaliste et se dire qu'une bonne partie d'entre nous réagirait d'abord avec répulsion. C'est de cela que parle Wonder, de notre rapport à la différence, de l'empathie, de la générosité, de l'injustice.

J'ai notamment beaucoup apprécié les différents tons qu'adopte Palacio lorsqu'elle prend le point de vue de chacun des personnages différents. Lorsqu'on est avec August, il a réellement les réflexions d'un enfant de dix ans un peu capricieux. Lorsqu'on est avec Miranda, l'amie de sa sœur à la famille explosée, on a le discours d'une ado de quinze ans un peu paumée. On se glisse dans la peau des différents personnages avec une facilité étonnante. C'est vraiment très agréable!

Wonder est un charmant petit roman solaire qui met du baume au cœur et nous pousse à l'altruisme. A mettre entre toutes les mains!

lundi 23 novembre 2015

"There is a kind of happiness and wonder that makes you serious. It is too good to waste on jokes."

Allez, j'attaque un gros morceau! Je vous avais dit qu'il traînait sur mes étagères depuis des années, c'est un immense classique incontournable, je commençais même à me dire que pour une libraire jeunesse amoureuse des classiques britanniques c'était inadmissible de n'y avoir jamais mis le nez... Alors lors de mes dernières vacances loin de la civilisation, ni une, ni deux, j'ai embarqué l'un des plus gros pavés de ma bibliothèque et je l'ai lu d'une traite : sept tomes en une semaine. Mesdames et Messieurs, aujourd'hui, nous allons parler des célébrissimes Chroniques de Narnia.

Doit-on vraiment vous présenter cette saga? Bon allez, j'essaie. Les chroniques de Narnia est un ensemble de sept romans pour la jeunesse écrits dans les années cinquante par Clive Staples Lewis, éminent professeur d'Oxford (et ami proche de l'autre célébrissime, J.R.R.Tolkien). Ces romans mettent en scène les aventures de plusieurs enfants dans le monde fantastique de Narnia, un monde où certains animaux parlent, où les faunes et les dryades dansent au clair de lune et où des enfants de notre monde peuvent gouverner des royaumes. Vous connaissez peut-être les enfants Pevensie et le Prince Caspian grâce aux films réalisés dans les années 2000, adaptés de trois titres de la saga. Si vous avec soupiré devant les mèches rebelles de Ben Barnes dans son armure, sachez que vous n'êtes pas seul(e)s.

Mais bref, là n'est pas le sujet! J'avais des réticences à m'attaquer au texte original, car si l'aventure et les morales passaient relativement bien en film, j'avais peur d'assister à l'étalement exhaustif des valeurs chrétiennes et à des réécritures à peine déguisées de passages bibliques. Ce qui m'a fait changer d'avis, c'est la lecture du roman Un visage pour l'éternité dont je vous ai parlé il y a quelques mois, où j'ai pu découvrir la plume de Lewis et son amour pour les mythes. 

Et je dois dire que j'ai été agréablement surprise. Je me suis laissée porter par les multiples aventures, j'ai beaucoup aimé découvrir les différents personnages et j'ai adoré l'univers de Narnia. Sa géographie, cette nature colorée, joyeuse et vive, sa faune bigarrée et attachante, ses trésors magiques issus de pépins de pomme ou de lampes torche abandonnées... On se retrouve très vite à l'aise dans cet univers beaucoup plus vaste que ce que les films ont pu nous laisser deviner. 

Si les personnages principaux sont, aux yeux du lecteur actuel, vite agaçants par leur bonté d'âme et leurs naïveté parfois grossière, on oublie très vite leurs personnalités insipides pour les considérer comme ils doivent l'être : il sont de parfaits réceptacles pour le lecteur avide d'aventures que nous sommes et nous permettent de voyager dans ce pays magique avec aisance. 

Certains passages - voire des romans entiers - sont généreusement inspirés de la bible, notamment le dernier, La dernière bataille, une longue scène d'apocalypse où les bons sont récompensés et les méchants punis. Mais loin de m'agacer, ces passages s'insèrent parfaitement dans la mythologie de Narnia et aident à forger un ensemble cohérent. Il est un peu perturbant d'assister dans Le Neveu du Magicien à la naissance de Narnia pour se rendre compte qu'en quelques centaines de pages on aura vécu toutes les grandes aventures d'un monde voué à disparaître, mais au final, c'est une très jolie métaphore de la vie elle-même.

C'est d'ailleurs l'une des deux choses que j'ai le plus aimées dans Narnia, cette facilité avec laquelle Lewis parle de la naissance, de la mort, du sacrifice, de la trahison, de la fatalité, du néant et de l'immensité avec des mots clairs, simples, accessibles aux jeunes lecteurs. J'ai lu que beaucoup de gens avaient trouvé le ton pompeux voire condescendant, et je pense que cela est dû à de mauvaises traductions. Ayant lu le texte en anglais, c'est vraiment le style qui m'a enchantée. Lewis s'adresse à ses lecteurs avec intelligence, sincérité et tendresse. 

Mais la première chose qui m'a fait beaucoup aimer Narnia, c'est tout ce qui transparaît de l'Angleterre so british dans son univers fantastique : des petits déjeuners à rallonge enrichis de moult descriptions qui mettent l'eau à la bouche, l'extrême politesse des protagonistes, l'amour pour la simplicité d'un joli buisson de roses ou les piques-niques au bord des rivières, l'humour pince-sans-rire, quelques créatures aux raisonnements absurdes digne d'un Chapelier fou, l'admiration du courage, de la noblesse de cœur et de la chevalerie, ce fourmillement d'animaux qui parlent et vivent dans des terriers trop confortables pour vouloir les quitter... Tous ces petits détails donnent aux Chroniques de Narnia un air de famille avec Winnie l'Ourson, Le Vent dans les Saules, Mary Poppins, Bilbo le Hobbit, Peter Pan... 

En résumé, Les Chroniques de Narnia furent pour moi une très belle découverte qui m'a donné l'impression de visiter un endroit qui ressemble à d'autres que j'ai beaucoup aimés. Si certaines faiblesses pourraient rebuter certains lecteurs modernes (l'omniprésence de références bibliques, les histoires qui se terminent généralement très bien, les héros gentils, courageux et naïfs qui manquent de profondeur, et surtout la fin que je juge traumatisante pour le lecteur), j'encourage tout de même à découvrir ce texte plus profond qu'il n'en a l'air, intelligent, narrant des aventures à un rythme entraînant qui vous empêche de poser le livre avant d'avoir au moins encore lu un chapitre. Oh, allez, encore un. Un dernier, après c'est tout.

Un classique à découvrir pour tous les amoureux de la langue anglaise et des histoires qui ont forgé notre littérature d'aujourd'hui.

mardi 10 novembre 2015

Tag : La séduction livresque

Une fois n'est pas coutume, j'ai été taguée par Eole! Le principe de ce tag est assez simple, jugez-en par vous-même.

PHASE 1: ATTRACTION INITIALE
Un livre que j’ai acheté pour sa couverture…
Le truc drôle c'est qu'au début, de loin, j'ai cru que tous les petits boudins c'était des papillons :D
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PHASE 2: PREMIERES IMPRESSIONS
Un livre que j’ai acheté pour son résumé…
C'est Malika Ferdjoukh, ça parle d'Hitchcock et de l'Hollywood des années 50/60, et en filigrane il y a une pièce de James M. Barrie. Alors je l'ai lu.
*
PHASE 3: CONVERSATION AGREABLE
Un livre avec une superbe écriture…
En plus d'être superbement écrit, il est superbement dessiné. Si si.
*
PHASE 4: PREMIER RENDEZ-VOUS
Le premier tome d’une saga qui a fait que tu voulais lire tout le reste de la saga…
Je me suis tapé trois saisons de Once Upon a time qui étaient de pire en pire, et puis je me suis réconciliée avec les réécritures de contes urbaines américaines en lisant Fables, que j'adore.
*
PHASE 5: APPELS JUSQU’A TARD DANS LA NUIT 
Un livre qui t’a tenu éveillée toute la nuit…
Je l'ai commencé un soir et je l'ai fini dans la nuit, vers 4h du matin, après l'avoir lu d'une traite. Une très belle expérience de lecture.
*
PHASE 6: TOUJOURS DANS MA TETE
Un livre auquel je ne peux m’arrêter de penser…
Je sais, je vous SAOULE avec ce bouquin mais c'est pour une bonne raison! Si, si! Je vous jure!
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PHASE 7: PASSAGE A L’ACTE
Un livre dont tu aimes l’odeur, le toucher…
Ma dernière rencontre "sensuelle" avec un livre c'est celle-ci, elle date de l'an dernier, c'est l'édition classe de chez Hachette de L'Histoire sans fin. La couverture rigide, le vernis sélectif, les illustrations, les passages qui changent de couleur en fonction de si l'on est du point de vue de Bastian ou d'Atreju... Aaaaah...!
*
PHASE 8: RENCONTRE AVEC LA FAMILLE 
Un livre que tu recommanderais à ta famille et tes amis…
C'est ma cousine Chloé qui me l'a prêté, je l'ai lu, ensuite je l'ai acheté, relu, fait dédicacer à Quai des Bulles puis relu. Vous ne l'avez pas lu? Il faut.
*
PHASE 9: PENSER AU FUTUR 
Une série que tu vas relire plusieurs fois…
Sans conteste le manga pour lequel j'ai eu le plus gros coup de cœur de toute ma vie (avec en deuxième presque ex-aequo Fullmetal Alchemist quand même).

Je ne taguerai personne en retour, mais si jamais ça vous dit, n'hésitez pas à dire que ça vient de moi ;)

lundi 2 novembre 2015

"Les personnes qui ne s'expriment pas meurent à petit feu."

Je suis actuellement dans ma phase "ohmondieujedoistuermapilalire", du coup je lis mes romans par thématique. En ce moment, je suis dans les romans parlant d'adolescents traversant des périodes plus ou moins difficiles dans leurs vies. Aujourd'hui, je vous parle de Vous parler de ça que j'ai lu aux éditions La belle colère.

En 1998, Laurie Halse Anderson, jusque-là auteur pour enfants, est réveillée par les sanglots d'une jeune fille. Dans la maison, ses enfants dorment à poings fermés; c'est un cauchemar qui a réussi à la tirer du sommeil. Répondant au besoin de se vider l'esprit des pensées sombres qui s'y agitent, Laurie attrape un carnet et y couche le brouillon d'une histoire, celle d'une jeune fille qui ne parle plus depuis un terrible crépuscule d'été. 

Vous parler de ça est un texte qui secoua beaucoup la Young Adult anglo-saxonne depuis la fin des années 90 mais qui n'arriva en France qu'en 2014, grâce au regain d'intérêt amené par John Green et d'autres auteurs américains pour des textes forts, plein de véracité et de sujets profonds traités avec sérieux et tendresse.

On ouvre le livre sur Melinda, une jeune fille de quatorze ans qui entre au lycée (avec toutes les horreurs qui suivent l'entrée dans un lycée américain, les clans, la popularité, l'argent, les fringues), et qui trimbale derrière elle une mauvaise réputation. En effet, tout le monde sait qu'elle a gâché la fête de l'année l'été dernier en appelant la police en plein milieu des festivités, obligeant tout le monde à détaler comme des lapins. Ses amies du collège ne lui parlent plus. Elle-même ne parle plus tellement. Et plus elle nous raconte ses journées, plus on comprend que quelque chose de grave s'est passé.

Au fur et à mesure du récit, Melinda se replie sur elle-même puis décide de sortir de son cocon, elle panse ses blessures et prend peu à peu la parole. Elle tente d'abord d'oublier, d'enterrer ses souvenirs, avant de se laisser contaminer par l'angoisse et tenter de la surmonter. Accompagnée par un prof d'arts plastiques compréhensif, elle apprend doucement à respirer, à survivre puis à vivre. 

C'est un texte sincère, tout en simplicité et en phrases coups de poing. On s'attache vite à Melinda et on comprend son incapacité à parler. On a envie de lui faire des câlins et de l'aider à se réparer. C'est un excellent roman qui parle de guérison, de plaies invisibles, du pouvoir qu'ont les mots et de la difficulté à se faire comprendre par ses pairs. A lire absolument.

mardi 27 octobre 2015

"Quand le cœur est rempli, ça déborde par les yeux."

Susie Morgenstern est sans doute l'une des auteures les plus positives que j'ai lues, et lorsque j'ai acheté Comment tomber amoureux... sans tomber sur le stand de l'Ecole des Loisirs au Salon du Livre Jeunesse de Montreuil l'an dernier, je savais que j'allais passer un bon moment. Jugez plutôt.

Annabelle a décidé que son cœur était hors-service et sous les ordres exclusifs de son cerveau. En terminale S, rien n'existe en dehors de son travail. Et pas question pour elle de se limiter à l'obtention du bac, il faut qu'elle soit la meilleure. Les garçons ? De simples copains. Et ce n'est pas Samuel, le fils de l'ambassadeur des États-Unis parachuté dans sa classe, qui y changera quelque chose. Annabelle est d'accord pour consacrer deux heures par jour à parler français avec lui, à condition qu'il ne la ralentisse pas dans sa course vers l'excellence. Annabelle est ambitieuse et passionnée, comme les autres femmes de la famille. Sa mère, Lulu, est obsédée par ses recherches universitaires. Sa grand-mère, Marguerite, ne lâchera pas ses fourneaux avant d'avoir obtenu la deuxième étoile pour son restaurant. Elles risquent toutes trois de tomber de haut, de très haut. De tomber... amoureuses !

Nous avons donc trois femmes d'une même famille, Annabelle l'ado, Lulu la mère et Marguerite la grand-mère, qui se retrouvent toutes les trois à un moment charnière de leurs vies. Annabelle prépare son bac et désire entrer dans une prépa prestigieuse ; Lulu n'arrive plus à conjuguer son amour de la recherche et l'amour qu'elle porte à son mari, au risque de le perdre ; et Marguerite, veuve, est à deux doigts de sa retraite et refuse de partir sans avoir gagné une étoile de plus pour son restaurant. Et ces trois femmes font la rencontre de trois hommes, Samuel, Sydney et Charles, eux aussi issus de la même famille, de classieux mecs américains habitués des ambassades et qui tutoient Barack Obama (enfin, on ne tutoie pas en anglais mais vous saisissez l'image, hein, z'êtes pas crétins).

Ces rencontres vont changer leurs vies, mais pas dans le sens épique du terme. Non, aller vers l'autre va changer de petites choses dans leurs quotidiens, leur faire comprendre ce qu'il y a de plus important, recadrer leurs vies un peu trop mono-centrées pour en faire des histoires riches et pleines d'amour. 

D'autres personnages ce greffent à ce triple duo : Léonard le mari délaissé, Anatole le frère qui cueille le jour, les grands-parents juifs détruits par la Shoah, les petits vieux que Samuel et Annabelle essaient de sortir de leur solitude, Julie la jolie copine un peu collante, Dounia la jeune fille qui sent bon le miel... Les histoires se croisent et se mêlent dans une sympathique fresque colorée et très humaine qui, si certains la trouveront mièvre, m'a surtout donné l'impression de vouloir sortir le lecteur du marasme morose dans lequel il patauge la plupart du temps.

On sourit, on sent son cœur battre plus vite, on se prend d'amitié pour ces personnages un peu trop bons qui nous poussent à devenir meilleurs. On pardonne la rapidité du récit et l'intensité de sentiments très récents, les retournements de situations un peu romanesques et les happy endings à répétition. Car Susie Morgenstern nous offre un panorama de l'amour, dans sa diversité et sa complexité, pour nous faire comprendre que rien n'a plus d'importance. C'est joli, c'est frais, et on regrette presque d'avaler si vite ces 302 pages.

lundi 12 octobre 2015

"La vie ainsi tournait rond, de saison en saison..."

C'est la semaine des albums on dirait. Celui-là est une nouveauté, une jolie découverte et un livre que je feuillette presque tous les jours. Aujourd'hui, je vous présente Le Meunier Amoureux d'Alice Brière-Haquet et Amélie Videlo, paru en août dernier aux éditions Sarbacane.

Au moulin, les saisons se suivent et la vie tourne rond. Le meunier sème, récolte, mouline, pétrit et retourne semer. Mais un matin, des chardons bleus ont poussé dans son beau champ de blé blond ! Et le jour suivant, du liseron blanc, puis des pissenlits, des marguerites… Le meunier se poste à sa fenêtre et dans les rayons de lune, il découvre le pot aux roses : une fille profite de son sommeil pour semer des mauvaises graines… Vite, un plan ! Le meunier tend un piège à la fille : sauf que tel est pris qui croyait prendre !

Cet album est un livre dont l'apparente simplicité regorge de trésors de significations et de niveaux de compréhension. Alice Brière-Haquet nous livre un texte plein de poésie, tout en rimes et finesses, pour nous parler d'un brave travailleur acharné dont le quotidien est peu à peu chamboulé par une douce rêveuse et ses grains de folie. Au-delà d'un message conseillant un peu de fantaisie dans un train-train parfois envahissant et aliénant, c'est également une jolie métaphore de l'amour naissant, qui sème ses petits grains partout dans le cœur avant de fleurir et d'envahir la poitrine.

Mais les illustrations d'Amélie Videlo vont encore plus loin. Le plan est toujours le même : le champ, le moulin et en arrière plan, la forêt. Page après page, on voit le meunier s'occuper de son champ parfait, qu'il pleuve, qu'il neige ou qu'il vente, le visage dur et concentré. Et plus les pages se tournent, plus le temps passe et plus le paysage change...


Le temps passe, les saisons se succèdent, le crépuscule, le jour, la nuit. Tous les petits détails (les animaux, les feuilles des arbres, les étoiles) donnent à chacune des doubles pages une atmosphère bien particulière que l'on reconnaît pourtant au premier coup d’œil, car nous nous sommes tous un jour promené dans la nature en fleurs ou extasié devant un coucher de soleil. Le temps passe aussi sûrement que les ailes du moulin tournent, amenant avec lui petits changements et grandes révélations, intrus discrets et jolie jardinière.

C'est un superbe album sur le temps qui passe, le monde qui change petit à petit, l'amour qui naît graine par graine, les jours qui se répètent à l'identique tout en apportant chaque matin une petite surprise, les jolies choses simples du quotidien qu'il faut apprendre à voir et apprécier.

mercredi 7 octobre 2015

"Un petit bêêê, deux gazouillis, trois piétinements assourdis."

Avec mon cher Lapin Blanc, nous nous sommes promenés dimanche dernier au petit salon Folie des Livres qui avait lieu à Thorigné-Fouillard, un salon présentant les travaux de petites maisons d'édition. Comme toujours dans ces salons, il y avait de tout, du très amateur à du très professionnel. Et là je vous parle d'un petit coup de cœur, paru aux éditions Les Minots, La nuit des doudous.

Quand vient la nuit... Grand-père serre contre lui des doudous moutons, maman et papa ont des canetons plein les bras... Quant à tante Alberte, elle ronfle, bouche ouverte, enfouie dans ses pingouins! Quelle histoire! D'autant plus que les doudous réveillés vont s'embarquer avec l'enfant de la maison pour un voyage mouvementé... à travers les étoiles!

Sur un texte très poétique d'Hélène Suzzoni, on suit un jeune garçon qui malgré le nombre de nuages qu'il compte ne parvient pas à s'endormir. Il découvre alors sa maison la nuit et les jolis doudous qui accompagnent les membres de sa famille dans leur sommeil, avant de s'embarquer avec eux dans une folle équipée à travers le ciel.

Ce qui a attiré mon œil, évidemment, ce sont les illustrations de Lucie Vandevelde, colorées, délicieusement détaillées, tout au crayon de couleurs. J'ai eu un véritable coup de cœur pour son travail et sa façon de répondre avec onirisme, tendresse et humour au texte de Suzzoni. Je pense aller la voir au Salon du livre jeunesse de Montreuil pour lui bafouiller à quel point j'ai craqué.


La nuit des doudous est une invitation au rêve, où l'on suit les yeux grands ouverts, page après page, le voyage d'un enfant aux portes du sommeil voguer sur des océans d'étoiles et de rêves colorés. Un petit bijou de chez Les Minots à découvrir pour tous ceux fascinés par la porte qui sépare la réalité et le rêve.

Les images et extraits sont tirées du blog de Lucie Vandevelde.

mardi 6 octobre 2015

"Je lis : la carafe a un long cou."


La rentrée est l'occasion de sortir de nouveaux titres dans des collections pour les apprentis lecteurs. J'en lis beaucoup, même si j'en parle peu ici, mais celui-là me tenait à cœur... Voilà J'ai peur de savoir lire par Olivier de Solminihac.

Le CE2, c’est sérieux. Il y a ceux qui sont forts en calcul, comme Sofia, qui a avalé une calculatrice quand elle était petite. Il y a ceux qui sont forts en tout, comme Georges- Louis, qui va bientôt donner des cours à la maîtresse. Et il y a Stéphane, qui a envie d’avoir de bonnes notes, qui est d’accord pour bien faire ses devoirs, pour devenir fort en calcul, pour apprendre la signification de mots aussi compliqués que « cobalt » et « tungstène », et pour lire tous les livres qui sont sur son étagère. D’accord pour tout cela, oui, mais pas sans sa maman.

L'Ecole des Loisirs n'est plus à présenter, notamment pour ses romans abordables et merveilleusement utilisables en classe pour développer la lecture chez les plus jeunes, notamment avec les collections Mouche et Neuf. Dans J'ai peur de savoir lire, Olivier de Solminihac traite d'un sujet peu abordé et qui pourtant fait rage lors de l'apprentissage de la lecture : lire seul, c'est grandir, et grandir ça fait peur.

Stéphane a huit ans, et s'il connaît son alphabet et peut déchiffrer seul des textes simples, c'est loin d'être facile pour lui. A l'entrée en CE2, les girafes deviennent des carafes, et petit à petit, ses 8/10 se transforment en 3. Sa maman est inquiète, sa maîtresse aussi, mais il ne sait pas comment faire pour remonter la pente. Les lettres se mélangent sous ses yeux, alors que pour Sofia et Georges-Louis tout cela semble si facile!

C'est le récit d'un enfant qui découvre le plaisir de lire grâce au soutien de sa maman, pour qui ce n'est pas non plus un passe-temps très reposant. Il découvre la richesse du vocabulaire, mais également qu'apprendre à lire, c'est apprendre à être seul.

Ce petit roman est également truffé de jolie poésie et d'images cocasses, que l'enfant ne comprendra peut-être pas complètement, mais qui, comme pour Stéphane, titilleront son imagination et lui donneront envie de lire plus pour mieux comprendre. 

J'ai peur de savoir lire est une petite bulle utile et subtile sur le difficile passage de la lecture à deux à la lecture seul, pleine de tendresse et de véracité, à mettre dans les mains des enfants mais aussi des parents déboussolés.

vendredi 18 septembre 2015

"What the devil is wrong with you, men?!"



C'est un livre que j'avais dans mes étagères depuis 2010, c'est un livre qui raconte comment Peter Pan est devenu Peter Pan (et vous savez comme j'aime Peter Pan!), c'est un livre en anglais... Et pourtant, voilà ma chronique de Peter and the Starcatchers (Peter et la poussière d'étoiles chez Albin Michel) de David Barry et Ridley Pearson, ou le récit d'une déception.

Orphelin des rues de Londres, Peter est embarqué de force sur le Never Land, un navire miteux convoité par le cruel pirate Black Stache. À bord, la jolie Molly lui confie le secret du Never Land : dans un coffre gardé jour et nuit repose un merveilleux pouvoir, la poussière d'étoiles, qui permet de voler. Fasciné par ce mystère, Peter ne sait pas encore qu'il deviendra grâce à elle le plus grand héros du Pays imaginaire...

Bon, avant toute chose, passons sur le fait que l'auteur de Peter Pan avait déjà écrit l'origine du personnage dans la merveilleuse nouvelle mélancolique Peter Pan dans les jardins de Kensington, et que cela n'a absolument rien à voir avec ce que l'on trouve dans ce roman de 2008. Mais soit, la réappropriation d'un récit bien connu de tous est toujours intéressante, plongeons-nous donc dans ce récit qui sent bon les embruns, la poudre à canon et le manque d'imagination.

Le jeune Peter et ses copains de l'orphelinat sont embarqués sur le navire miteux qu'est le Never Land, destinés à être offerts comme serviteurs à un exotique prince au-delà des mers. A bord, une malle mystérieuse intrigue le jeune garçon, qui découvre rapidement qu'elle contient de la poussière d'étoile, une denrée rare et magique pour laquelle deux sociétés secrètes s'entretuent depuis la nuit des temps. Une représentante de l'une de ces sociétés, les Starcatchers (chasseurs d'étoiles, alias "les gentils") est à bord : c'est la jolie Molly, fille de l'ambassadeur, devant qui Peter ne reste pas indifférent. Seulement, cette malle aurait dû être à bord d'un autre navire, et en plus, il y a le terrible Black Stache, pirate sanguinaire à l'haleine putride, qui a entendu parler d'un trésor à la valeur incommensurable et a pris en chasse le Never Land. C'est alors une grande course-poursuite à travers les mers qui a lieu entre le Never Land, le Wasp (le navire où se trouve l'ambassadeur et où devrait se trouver la malle) et le Sea Devil, le bateau de Black Stache.

Et si au bout d'un moment les trois navires s'échouent sur une île habitée par un crocodile énorme et des autochtones dangereux, le schéma ne change pas. Le récit n'est qu'une longue course-poursuite où les trop nombreux rebondissements s'enchaînent à une vitesse indigeste, ne donnant qu'une envie au lecteur : poser le roman et ne plus jamais y jeter un œil. Car le problème d'une préquelle, c'est qu'on connaît la fin. On sait que Peter va finir par rester sur cette île et s'approprier d'une manière ou d'une autre la magie de la malle, lui conférant le pouvoir de voler et de rester éternellement jeune. Alors la multiplication des suspenses à deux ronds et des retournements de situations qui n'ont de spectaculaires que leur offensante simplicité rend la lecture ennuyeuse et donne le mal de mer.

Reprendre une histoire connue est difficile et délicat, notamment lorsqu'on se réapproprie des personnages au charisme si rayonnant qu'il est impossible de trop les changer. Du coup, Barry et Pearson se sont faits plaisir : la galerie de leurs personnages est fade, insipide, une bande de marionnettes suivant le fil de l'action sans réels motifs ni personnalités propres. Les seuls qui se détachent un peu du lot sont les personnages inventés pour servir l'intrigue, comme le second Slank et son homme de main Little Richard, ou encore le chef des Mollusks, la tribu qui vit sur l'île. Peter, Black Stache (le futur Crochet), Mouche, les autres orphelins, Molly (alias "l'autre Wendy"), tous ne sont que des coquilles vides sans âme. On ne s'attache aux personnages que parce qu'on y est déjà attachés. Très peu d'efforts de ce côté, donc.

Pourtant, il y a de bonnes idées dans Peter and the Starcatchers : on sent l'envie de donner une origine quasi-scientifique à la magie du Pays de Nulle Part avec cette histoire de poussière d'étoiles dotée de pouvoirs exceptionnels, on admire l'ingéniosité avec laquelle Peter s'allie avec les sirènes pour combattre les pirates, les thèmes de l'amour, de la jeunesse, de l'avarice sont en filigrane mais utilisés avec finesse... 

Dommage, donc, que cette expérience littéraire soit un tel échec. Je possède le second tome en français, et j'y jetterai un œil rapidement pour voir si les auteurs ont su donner plus de corps à leur travail, mais globalement, c'est une oeuvre dispensable, d'autant plus si vous connaissez déjà d'autres superbes travaux comme Les Terribles aventures du Capitaine Crochet ou la bande dessinée de Régis Loisel.

vendredi 11 septembre 2015

Coup de coeur vidéo - The March Family Letters

Je ne vous ai pas parlé de ma lecture de Little Women (plus connu sous le nom de Les Quatre Filles du Docteur March en français) de Louisa May Alcott, que j'ai lu il y a maintenant plus d'un an. Ce fut pour moi une découverte absolue, je ne connaissais de l'histoire que les bribes que j'en avais saisies à droite et à gauche à la télé ou dans des revues. J'ai beaucoup aimé suivre les aventures de cette fratrie de sœurs aux caractères tous bien trempés, dans une Amérique entre deux âges, essayant comme elles le peuvent de trouver leur place dans un monde qu'elles ne connaissent pas. Leurs petites aventures du quotidien, leurs disputes et leurs grandes joies m'ont émue et j'ai même pardonné le ton parfois trop moralisateur de certains épisodes tant je me suis attachée à Meg, Jo, Beth et Amy. Les voir grandir et mûrir est un véritable plaisir.

Mais aujourd'hui, je ne vais quasiment pas vous parler de ce livre. En effet, c'est d'une chaîne vidéo sur Youtube que je souhaite vous parler. Et pas n'importe laquelle : Pemberley Digital. Tenez bon, je vous explique!

Pemberley Digital est une chaîne américaine (avec de très bons sous-titres, parfois en français) qui s'est spécialisée dans l'adaptation de classiques littéraires sur ce nouveau support qu'est le vlog. Les personnages des romans tant aimés prennent vie devant la caméra dans notre monde moderne et les intrigues sont transposées dans notre monde occidental du vingt-et-unième siècle. 

J'avais déjà A-DO-RE leur première adaptation, celle d'Orgeuil et Préjugés de Jane Austen : The Lizzie Bennet Diaries. Elisabeth Bennet est une jeune étudiante en communication et marketing et se lance dans une chaîne de vlogs pour un projet universitaire. Elle y raconte sa vie, se grimant pour représenter ses amis, sa famille et son nouveau voisin, William Darcy, cet arrogant prétentieux et riche. C'est frais, c'est drôle, c'est addictif : je tombais amoureuse du concept et je dévorais l'intégralité des cinquante épisodes en deux nuits.

Ensuite, j'ai regardé Frankenstein MD, où la jeune Victoria Frankenstein, brillante interne en médecine aux ambitions démesurées, tient une chaîne de vulgarisation scientifique où elle espère pouvoir démontrer que redonner la vie à un cobaye mort est possible. C'est sombre, c'est glauque, c'est crédible et ça respecte l'oeuvre originale d'une façon surprenante. Je décidais de surveiller les nouveautés de Pemberley Digital.

Et là, j'ai dévoré en une soirée leur dernière série, The March Family Letters. Meg, Jo, Beth et Amy sont quatre sœurs coincées entre l'après-lycée et l'avant-vie-d'adulte. Leur mère a dû quitter la maison, elle a été déployée à l'autre bout du monde (elle est dans l'armée), alors les filles décident de lui envoyer régulièrement des vidéos pour lui raconter comment se passe la vie dans leur maison au fin fond du Canada. Première vidéo pour vous donner l'eau à la bouche:


J'étais un peu sceptique au début, notamment à cause de l'actrice qui joue Jo, qui a une bouche IMMENSE et on ne voit que ça, mais au final, j'ai été profondément touchée par cette série. Les créateurs se sont réappropriés ces quatre personnages d'une façon intelligente, moderne et drôle.
  • Meg, l'aînée, est à l'origine une jeune fille qui rêve de bals, de robes qui tournent et d'un chevalier servant aisé. Ici, c'est une étudiante en ingénierie qui sacrifie tout son confort et son bien-être dans l'espoir d'avoir un travail bien payé, et elle finit par découvrir que le bonheur est loin de se mesurer à la taille d'un compte en banque.
  • Jo est dans l'oeuvre originale une jeune fille libérée, qui n'hésite pas à se couper les cheveux courts et à réclamer de porter des pantalons, quitte à faire scandale dans le voisinage. Elle joue de son pseudo unisexe pour proposer à des journaux ses textes, dans l'espoir d'être publiée. Chez Pemberley Digital, elle est une fana de films d'action et travaille sur des courts-métrages en espérant les voir acceptés lors de festivals. Elle a des tatouages, elle est bruyante, elle se fiche des conventions filles/garçons et se complaît dans son rôle de garçon manqué.
  • Beth reste une jeune fille timide à la santé fragile, qui aime la musique et sait jouer de la guitare (elle joue du piano dans le roman). Mais c'est aussi un personnage qui souffre énormément d'anxiété, qui n'aime pas rencontrer des étrangers et qui essaie de vivre avec cette peur permanente dans les tripes.
  • Amy, enfin, la benjamine, est dans le roman comme dans la série une jeune fille qui fait tout pour briller dans l'ombre de ses sœurs. Elle conserve ici, dans la série de Pemberley Digital, son talent pour le dessin et son goût pour les mots improbables et le français, mais elle s'efforce également de se faire une place sur Youtube avec une chaîne de vlogs à elle et de devenir quelqu'un d'intéressant.
Et ça marche. Des sujets délicats et polémiques sont abordés sans tabous : la possibilité de l'amitié fille-garçon, l'homosexualité, l'anxiété, l'agoraphobie, l'introversion, la reconnaissance, la question du genre, la réussite sociale face à la réussite personnelle, la maladie... Si c'est parfois un peu téléguidé, ça reste drôle et frais, on s'attache éperdument à ces jeunes filles pleines de ressources, on apprend plein de choses en même temps qu'elles, et peut-être même qu'on les accompagne sans le savoir sur le chemin de l'âge adulte.

Je vous encourage chaudement à vous intéresser à cette série. Les sous-titres sont en anglais uniquement pour le moment, mais c'est assez accessible pour tout débutant un peu lacunaire!

N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, et à très vite!

dimanche 6 septembre 2015

Dessin du mois - Le Petit-déjeuner parfait

Bon ce mois-ci je triche un peu, je vous met une illustration que je n'ai pas faite spécialement pour le blog... Mais c'est tiré d'un livre! Et pas n'importe lequel : Harry Potter! Donc ça passe? Vous me pardonnez? Voilà le bébé:

Aquarelle, feutres et crayons de couleur, format A4.

Et oui! Ce sont Minerva McGonagall et Albus Dumbledore profitant d'un chouette petit déjeuner dans la tour du directeur, sous le regard paisible de Fumseck. J'imagine la scène pendant les vacances d'été, quand le château est vide et qu'on peut s'y promener en robe de chambre.

Ce dessin est le premier d'une série sur laquelle nous avons décidé de travailler avec mon amie Agatha. Nous voulions mettre à l'honneur les belles histoires d'amitié dont la saga est remplie. Nous nous sommes donc donné chacune dix paires de potes potteriens (dites-le de plus en plus vite) dessiner, avec, à chaque fois, cinq éléments à caser par dessin. Ici, je devais absolument inclure Fumseck, des bonbons au citron, une souris mécanique, une théière et une grande plume.

Agatha avait déjà réalisé un premier dessin il ya trois ans, c'est vous dire à quel point je suis en retard. Je lui avais imposé Lavande Brown et Parvati Patil en pleine soirée pyjama, voilà ce qu'elle avait fait:

Cliquez pour voir en plus grand!

Voilà donc ma première participation. Qu'en pensez-vous? y a-t-il des personnages que vous adorez et dont vous regrettez qu'on ne les voie pas plus souvent sous le crayon des fanartistes? Quelles amitiés préférez-vous dans la saga?

jeudi 3 septembre 2015

Swap Victorien avec Raka

J'ai fait il y a quelques mois un autre swap, cette fois-ci avec Ra Ka sur le forum Livraddict! Le thème: l'époque victorienne. Ra Ka et moi partageons beaucoup de choses, comme notre amour de la langue de Shakespeare et le thé, ce fut un plaisir de se découvrir l'une l'autre et de concocter les petits paquets que nous nous sommes envoyés.

Enfin, "petits" paquets... En fait Ra Ka est une grande tarée et j'ai reçu trois fois mon poids en cadeaux, à peu près. Je me suis sentie tellement nulle en ouvrant un à un toutes les petits trésors qu'elle avait choisis pour moi! J'espère un jour pouvoir lui rendre la pareille...

Allez, sans plus attendre, je m'en vais vous faire baver et vous faire un petit reportage photo!

Le paquet m'a fait un peu peur, déjà, il était énorme, mais aussi, il était un peu cabossé. J'espérais que tout serait nickel dedans et que rien n'aurait coulé/explosé/cassé!



A l'ouverture, du papier de soie violet et une petite lettre... J'ai eu une liste d'indices pour deviner ce qui se trouvait dans chaque paquet et pour que Ra Ka m'explique pourquoi elle avait choisi ces cadeaux-là! J'ai aussi eu une superbe carte que j'avais déjà repérée plusieurs fois dans des papeteries et que je n'avais pas. Un éléphant, du thé, un gilet avec montre à gousset... Tout pour me plaire!

Regardez-moi un peu touuuuus ces paquets!!! Ils étaient numérotés pour que je les ouvre dans un ordre précis, et je me suis prêtée au jeu avec plaisir... C'est parti maintenant, je vous montre tous mes trésors!

Tellement de bonnes choses à manger et à boire que j'en ai encore! Du chocolat, des gaufres (Ra Ka vit à Bruxelles :p), des bonbons, du thé... De quoi me faire de superbes tea times pendant longtemps!

Des marques-page magnétiques tout doux aux motifs délicieusement surannés, des post-it tout mignons en forme de lapins, une petite carte faite main citant Peter Pan ( <3 ) et mon prénom en Arabe.

Des produits de beauté, des trucs qui sentent bons, de l'encens, des boucles d'oreille faites maison (!), un baume pour le corps... Bref, Ra Ka a vraiment voulu me faire un petit kit complet pour des soirées relaxation détente.

Et bien sûr, ce qui vous intéresse le plus, des LIIIIIIVRES AAAAH! Elle a choisi pour moi deux titres à me faire découvrir: A great and terrible beauty de Libba Bray, et Black Beauty d'Anna Sewell, que je ne connaissais pas du tout. Et puis dans ma wish-list, elle a pioché The Clockwork Scarab de Colleen Gleason (une enquête menée par des descendantes de Sherlock Holmes et Bram Stoker!), et surtout, surtout, le merveilleux Miss Charity de Marie-Aude Murail, que je veux lire depuis tellement d'années que je ne les compte même plus...! Je vous laisse imaginer ma tête en déballant tout ça, et oui, je l'avoue, il y eu un peu de gloussements et de bave.

Mais ce n'est pas tout! Ra Ka m'a aussi fait un petit "paquet dans un paquet" avec une sélection de choses délicieuses pour me faire partager son amour pour son pays d'origine, le Maroc. Deux thés (qui sont SUCCULENTS), une bougie, de l'huile d'argan et un roman, Sur ma mère de Tahar Ben Jelloun. Une excellente surprise!

Enfin, Ra Ka a également pensé aux deux êtres qui partagent ma vie, mon choubidou (avec un gel douche et un masque hyper virils) et mon petit chat (avec des pâtées et une boîte de douceurs irrésistibles). Quand je vous dis que cette fille est folle!

Voilà à quoi ressembla mon canapé une fois que j'eus tout déballé. Impressionnant, n'est-ce pas? :D

Merci encore à LecturesenB pour avoir organisé ce swap, et surtout à Ra Ka pour toutes ces merveilles. Je suis vraiment ravie d'avoir pu faire ta connaissance et j'espère continuer à papoter avec toi encore longtemps!

mercredi 2 septembre 2015

"Tant de bonheur, ça ne peut pas durer."


Il y a des bouquins dont on retarde la lecture pendant des mois, parce qu'on sent qu'on va adorer, qu'il faut le conserver pour un moment magique, une bulle de temps précieuse où on pourra déguster les pages... Et puis en fait, une fois le livre terminé, on se retrouve presque déçu. L'histoire d'une jolie désillusion avec Jonah de Taï-Marc Le Thanh, édité chez Didier Jeunesse.

"Depuis que je te connais Jonah, je sais que tu es un enfant exceptionnel." M. Simon, le directeur de l'orphelinat, ne croit pas si bien dire. Arrivé à l'adolescence, les qualités surnaturelles de Jonah vont susciter l'intérêt d'une mystérieuse société secrète... Quand le jeune garçon disparaît soudainement, Steve, Fillipus, Robert et Alicia décident de s'enfuir pour retrouver leur ami.

Jonah est une aventure étrange et poétique, mélange de road-trip, de course-poursuite à l'américaine et de conte de fées, au style éthéré et poétique, avec des scènes d'action spectaculaire, dans un univers très flou. 

Si l'on se laisse volontiers séduire par les personnages - M.Simon, le directeur de l'orphelinat tendre et mélancolique, Steve, Robert et Fillipus, les trois copains de Jonah attachants, drôles et baroudeurs, ou Alicia, la douce jeune fille muette qui brille par ses sourires - il est difficile de suivre le fil de l'intrigue.

Tout débute avec la naissance de Jonah, un petit garçon orphelin, né sans mains, qui décide dès son premier souffle de refuser le malheur et la tristesse. Sa présence à l'orphelinat est quasiment magique, car le bâtiment qui pourrait être lugubre et glauque est un véritable concentré de rires, de chansons et de bonne humeur. Il s'attire la sympathie de tout le monde par sa curiosité, son intelligence, et par son adresse à vivre sans mains. Mais Jonah a aussi un secret : deux petites voix dans sa tête, autonomes, l'aident, le conseillent et le protègent, et découvrent peu à peu qu'elles existent car Jonah a des pouvoirs particuliers. Après un accident qui le mènera à l'hôpital faire un scanner, le jeune garçon se retrouvera poursuivi par une organisation secrète qui repère les jeunes gens comme lui. Ses amis partent à sa recherche, Jonah s'enfuit, il y a des tas de rebondissements et des surgissements de nouveaux personnages... Et on s'y perd.

Je crois que ce roman divise les gens. D'un côté, ceux qui ont adoré ce ton de conte pour traiter d'une histoire de fantasy contemporaine sur fond d'enquêtes et de sociétés secrètes. De l'autre, ceux qui ont eu du mal à s'y retrouver dans le mélange des genres, et je fais partie de cette seconde moitié de lecteurs. Pourtant, j'avais vraiment envie d'adorer! Mais le charme n'a pas pris.

Certaines scènes d'action sont gratuites et trop longues, les explications à certains événements complètement what-the-fuckesques, Jonah si incroyable et parfait qu'il m'en apparût presque fade, l'univers trop flou et l'aller-retour incessant entre le ton du conte et celui de la course-poursuite de série télé indigeste. 

Mais j'ai aussi adoré les personnages secondaires, l'écriture poétique et pleines d'images qui font gonfler le cœur, le contrepied pris face aux romans pour ados du même genre.

Du coup, j'ai déjà acheté le tome 2, histoire de donner une seconde chance à cette série et peut-être enfin comprendre ce qui a fait de Jonah un petit phénomène dans la littérature jeunesse contemporaine.

Et vous, avez-vous lu Jonah? Qu'en avez-vous pensé? Me conseillez-vous d'autres séries du même genre?

mardi 1 septembre 2015

Back on track!

J'ai pris le temps de m'installer dans mon nouveau nid douillet, de voir mes amis, ma famille, de prendre le soleil... Il est grand temps de se mettre en mode rentrée! J'ai un planning bien rempli pour quelqu'un qui cherche du travail... Parlons-en un peu!

Tout d'abord, je m'en vais aujourd'hui même démarcher toutes les librairies de Rennes dans l'espoir de trouver quelque part une petite place pour moi... Croisons les doigts et gardons espoir! Et puis si ça n'aboutit pas, j'ai prévu d'élargir mes recherches... Si jamais vous avez des conseils ou un bon plan, je prends.

Ensuite, je commence sérieusement à monter un projet qui traîne dans ma tête depuis des mois maintenant... Vous devriez en savoir plus d'ici quelques semaines. Un indice? Vous allez finir par en avoir marre de ma tronche.

J'ai bien avancé sur la pilalire de l'été, je me donne jusque fin septembre pour l'avoir terminée! Il me reste la moitié à lire, je ne sais pas trop si je vais y arriver... Je vous tiens au courant.

Dans les jours qui viennent, je vais surtout vous parler de mes lectures BD de l'été, dont de grands coups de cœur!

Je serai présente les 12 & 13 septembre prochains au Festival Harajuku à Paris Bercy avec mon stand Obscurus Presse. Le collectif de dessin auquel je participe, Mutatis Mutandis, y sera également (je sors un petit artbook, des badges et des illustrations!). Je vous invite donc à venir dans le coin si vous voulez papoter de livres, découvrir mes dessins ou mon travail dans le monde magique d'Harry Potter!

Et enfin, je tiens à dire que j'ai réussi à faire lire toute ma petite famille cette année! Ma maman avec le premier tome du Paris des merveilles de Pierre Pevel, mon papa avec Hunger Games, et mes sœurs avec Hunger Games, Peter Pan et Le Trône de Fer. J'ai l'impression d'avoir réussi à accomplir une mission difficile.


A demain pour le retour des chroniques!

mercredi 5 août 2015

"Prends les insultes qu'on te jette et fabrique-toi des chapeaux avec."

J'ai fait un petit détour en descendant ma pilalire pour l'été en craquant enfin pour ce roman coloré lors de l'un de mes passages dans ma librairie préférée. Des semaines que je voulais enfin comprendre le phénomène Boudins, et ça y est, ma lanterne est éclairée!

Mireille Laplanche est élue Boudin d’Or de son lycée de Bourg-en-Bresse depuis trois ans. Cependant, cette année, elle est seulement Boudin de Bronze. Heureuse déception! Elle rencontre Hakima et Astrid, respectivement Boudin d’Argent et Boudin d’Or, et les trois jeunes filles s’aperçoivent qu’elles ont quelque chose en commun. Quelque chose qu’il faut aller chercher le 14 juillet, à la garden-party du palais de l’Elysée, à Paris…

Pour se simplifier la vie, autant y aller à vélo, en vendant du boudin, avec le grand frère vétéran de guerre d’Hakima, non?

Un road-trip déjanté et comique, 100% made in France, avec de la vraie cuisine du terroir et des colorants naturels.

Alors que dire sur Les petites reines? On se retrouve dans la tête de Mireille, gamine intelligente, fine et drôle, qui joue presque l'affront lorsqu'elle apprend qu'elle n'est que troisième sur le podium des Boudins. Avec ses deux nouvelles copines moches, elles découvrent que le destin ne les a pas réunies tout à fait par hasard, mais qu'elles ont toutes les trois une excellente raison de rejoindre la garden-party de l'Elysée. Et vu qu'elles n'ont pas le permis mais une inventivité débordante, elles décident d'y aller en vélo, et de financer leur trajet grâce à de la vente de boudins.

Elles ne sont pas seules, un adulte majeur et responsable veille sur elle: Kader, le grand frère d'Hakima, surnommé "le Soleil" par la romantique Mireille qui sent son cœur s'emballer quand elle le voit faire tourner les grandes roues de son fauteuil roulant.

Trois Boudins et un mec sans jambes s'élancent donc de Bourg-en-Bresse vers Paris, remorquant un stand de vente de boudins ambulant, non sans avoir prévenu la presse locale de leur épopée aussitôt relayée sur Twitter et autres joyeusetés sociales. Cette situation complètement déjantée prend forme tout naturellement au fur et à mesure d'une lecture pétillante et rafraîchissante. Car Mireille n'a pas la langue dans sa poche, elle a un sacré caractère, et chaque page est propice à un déferlement d'adjectifs improbables, de métaphores saugrenues ou de mots d'esprit décalés.

On se MARRE, ça fait un bien fou! Et c'est loin d'être de l'humour gratuit, car c'est un humour qui dénonce, en vrac : la dictature des médias, l'image de la femme-objet, la folie du buzz... Mais qui parle aussi de valeurs profondes sans jamais verser dans le larmoyant, comme la solidarité, la confiance, le dépassement de soi, le besoin de devenir qui l'on veut être et pas qui l'on nous dit d'être. 

Et même si l'héroïne est clairement issue de la couche supérieure des classes moyennes, le ton parfois un peu bobo du roman ne fait que lui ajouter de l'authenticité. Et puis, il y a Hakima et Kader, qui vivent dans la cité de Bourg-en-Bresse, et Astrid, qui vit avec une maman artiste un peu baba cool, donc il y en a vraiment pour tous les goûts. Les quelques petits clichés sociaux qu'on retrouver parci, parlà permettent de s'y retrouver face à tous ces autres clichés sur lesquels Clémentine Beauvais tire à bout portant (les grosses sont des feignasses, les gens sont méchants, on peut rien faire face aux institutions, ceux qui sont tout en haut sont inatteignables...).

Je déplore juste que le nombre de références à notre époque hyper-contemporaine (Facebook, Twitter, Tinder, la folie du #hashtag) puisse très vite faire de cet excellent roman un ringard qui dans cinq, dix ans parlera d'un monde qui n'existe plus. Parce qu'il y a tout, dans Les petites reines, pour faire de ce texte quelque chose d'incontournable à lire toutes générations confondues.

Oui bon, je ne suis peut-être pas très objective pour parler de Les petites reines, c'est ptête l'intello grossémoche que j'étais au lycée qui parle pour moi, car j'aurais aimé lire le roman de Clémentine Beauvais, qui met en scène des filles comme moi qui se battent contre les préjugés, plutôt que les romans mettant en scène des filles comme moi "finissant par s'en sortir" (=par maigrir) que je lisais à l'époque.

Une bouffée d'air frais qui sent bon le boudin grillé, que je vous conseille de lire tant qu'il fait beau, si possible au bord d'une piscine ou après une chouette randonnée! Il se dévore d'un coup et vous laisse un agréable goût de bonheur. A vous procurer immédiatement!

Petit bonus, le blog de Clémentine Beauvais est également un véritable puits d'humour et d'intelligence, jetez-y un oeil!

Vous pouvez aussi lire ce qu'en pensent Bob et Jean-Michel et ma copine Camille!